je mourrai
je mourrai d’un excès de sucre
jus d’abeilles et danse de caresses
cerises au sirop et melons confits
liqueur de cassis et meringues
barba papa et bastringue
caramel petit filet et douce liesse
vin de pêche et lacrima christi
appuyé sur des cannes
je mourrai d’un excès de sucre
mais je mourus d’un excès d’alcool
et je ressuscitis aussitôt
et je ressuscitos au City
et je ressuscitas au guignol
et je ressuscitol en petit tas
je mourrai
je mourrai d’un excès de sel
prairie de salines et suc de Gomorrhe
liqueur de mer morte et bœuf en croûte
bouillon cube et réduction de consommé
viande en saumure et petit lard fumé
goûte goûte sale et sale encore
concentré de sodium et salpêtre sans doute
décharné dans le désert
je mourrai d’un excès de sel
mais je mourus d’un excès d’alcool
et je ressuscitis aussitôt
et je ressuscitos au City
et je ressuscitas au guignol
et je ressuscitol en petit tas
je mourrai
je mourrai d’un excès de vitesse
sortie de route et mur du son
liqueur de bielles et carlingue en miettes
année lumière et cervelle vitrifiée
chute libre et vol de martinet
nerfs en pelote et neurones pris d’ivresse
embardée du cœur et voltige des poumons
catapulté dans le ciel
je mourrai d’un excès de vitesse
mais je mourus d’un excès d’alcool
et je ressuscitis aussitôt
et je ressuscitos au City
et je ressuscitas au guignol
et je ressuscitol en petit tas
je mourrai
je mourrai d’un excès de zèle
richesse du protocole et sombre répétition
cumul aveugle et frustration sourde
noir ravissement et froid éblouissement
fleurs fauchées et coupe de sentiments
diagnostic forcené et funeste obsession
fierté en bidon et bêtise en gourde
ficelé dans les mots d’ordre
je mourrai d’un excès de zèle
mais je mourus d’un excès d’alcool
et je ressusciti aussitôt
et je ressuscito au City
et je ressuscita au guignol
et je ressuscitol en petit tas
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
14 novembre 2010
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dimanche 14 novembre 2010
jeudi 7 octobre 2010
l'empreinte d'une comète
dans le plâtras de mon ventre
l’empreinte d’une comète
d’une vipère des sables
d’un marabout
ou d’un sentiment à vif
va savoir
ce matin clairet
quand le froid s’esquive
le monde se montre à sa fenêtre
une voilette un mouvement
j’ai cru voir un sourire tomber sur le trottoir
dans la poussière de mon ventre
l’empreinte d’une étoile
d’un loup de la taïga
d’un balbuzard
d’un amour nouveau-né
tu parles
ce midi en plein vacarme
des galeries marchandes
le monde fait quelques pas
une causette un tutoiement
j’ai cru entendre un rire cogner aux vitres
dans le limon de mon ventre
l’empreinte d’un météore
d’un bison des steppes
d’une gélinotte
ou d’une émotion acérée
va savoir
cette fin d’après-midi
sous un soleil d’automne
le monde fait ses commissions
une emplette un foisonnement
et je l’ai bien vu bâfrer le menu du jour
dans le sable de mon ventre
l’empreinte d’une planète
de l’orignal des grands lacs
du serpentaire
ou d’un pardon avorté
tu parles
cette nuit froide
sous le candélabre
le monde danse une gavotte
un musette un ravissement
et je l’ai bien entendu chanter des gaudrioles
le monde me salue
va savoir
avec un grand éclat de rire
tu parles
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
7 octobre 2010
l’empreinte d’une comète
d’une vipère des sables
d’un marabout
ou d’un sentiment à vif
va savoir
ce matin clairet
quand le froid s’esquive
le monde se montre à sa fenêtre
une voilette un mouvement
j’ai cru voir un sourire tomber sur le trottoir
dans la poussière de mon ventre
l’empreinte d’une étoile
d’un loup de la taïga
d’un balbuzard
d’un amour nouveau-né
tu parles
ce midi en plein vacarme
des galeries marchandes
le monde fait quelques pas
une causette un tutoiement
j’ai cru entendre un rire cogner aux vitres
dans le limon de mon ventre
l’empreinte d’un météore
d’un bison des steppes
d’une gélinotte
ou d’une émotion acérée
va savoir
cette fin d’après-midi
sous un soleil d’automne
le monde fait ses commissions
une emplette un foisonnement
et je l’ai bien vu bâfrer le menu du jour
dans le sable de mon ventre
l’empreinte d’une planète
de l’orignal des grands lacs
du serpentaire
ou d’un pardon avorté
tu parles
cette nuit froide
sous le candélabre
le monde danse une gavotte
un musette un ravissement
et je l’ai bien entendu chanter des gaudrioles
le monde me salue
va savoir
avec un grand éclat de rire
tu parles
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
7 octobre 2010
samedi 14 août 2010
je fais défaut
je m’écris de Provence
des chemins de lavande
des lits de miel et de serpolet
je m’écris des ciels de Provence
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de l’alpe
des chemins de caillasse
des lits de gentiane et de rhododendron
je m’écris des rochers de l’alpe
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la cuisine
des chemins de daube
des lits de salades et de petit salé
je m’écris du buffet de la cuisine
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de Camargue
des chemins de sable
des lits de flamands et de salicorne
je m’écris des roubines de Camargue
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la prairie
des chemins de pâture
des lits de fromage et de luzerne
je m’écris des barbelés de la prairie
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la cave
des chemins de victuailles
des lits de confitures et de légumes
je m’écris des dédales de la cave
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la mer
des chemins d’écume
des lits de marée et de méduses
je m’écris des tourbillons de la mer
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la vigne
des chemins de sulfate
des lits de mildiou et d’étourneaux
je m’écris des murets de la vigne
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la chambre
des chemins de moustiquaires
du lit de satin et de pervenches
je m’écris des secrets de ta chambre
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
14 août 2010
des chemins de lavande
des lits de miel et de serpolet
je m’écris des ciels de Provence
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de l’alpe
des chemins de caillasse
des lits de gentiane et de rhododendron
je m’écris des rochers de l’alpe
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la cuisine
des chemins de daube
des lits de salades et de petit salé
je m’écris du buffet de la cuisine
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de Camargue
des chemins de sable
des lits de flamands et de salicorne
je m’écris des roubines de Camargue
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la prairie
des chemins de pâture
des lits de fromage et de luzerne
je m’écris des barbelés de la prairie
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la cave
des chemins de victuailles
des lits de confitures et de légumes
je m’écris des dédales de la cave
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la mer
des chemins d’écume
des lits de marée et de méduses
je m’écris des tourbillons de la mer
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la vigne
des chemins de sulfate
des lits de mildiou et d’étourneaux
je m’écris des murets de la vigne
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écris de la chambre
des chemins de moustiquaires
du lit de satin et de pervenches
je m’écris des secrets de ta chambre
je m’écris
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
je m’écrie
sans aucun bruit je cherche noise
sans fausse note je fais défaut
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
14 août 2010
dimanche 27 juin 2010
dans mon chapeau
j’ai caché dans mon chapeau
des wagons de réfugiés
toute la honte sans frontières
un sac de riz blanc
et du mépris
j’ai bien caché dans mon chapeau
les tambours des révoltés
le chant des cerises
au poing levé
au poing levé
j’ai rangé dans mon chapeau
des carrousels de princesses
tous les corsages sans frontières
et de l’envie
j’ai bien rangé dans mon chapeau
les tangos des amants
le jus des groseilles
aux mains ouvertes
aux mains ouvertes
j’ai perdu dans mon chapeau
les barques des trépassés
tous les souvenirs sans frontières
un chapelet de cailloux blancs
et du chagrin
j’ai bien perdu dans mon chapeau
les orgues des églises
le sang des roses
sous les ongles
sous les ongles
j’ai oublié dans mon chapeau
les trajets des gens de bien
toutes les promesses sans frontières
une allée de drapeaux blancs
et un pet de lapin
j’ai bien oublié dans mon chapeau
les clairons des discours
l’eau des navets
sur les mains blêmes
sur les mains blêmes
j’ai balayé de mon chapeau
les cargos des infortunes
tous les orages sans frontières
des cailloux noirs dans les lentilles
et du pardon
j’ai bien balayé de mon chapeau
les rengaines désuètes
le jus de chélidoine
sur les verrues
sur les verrues
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
27 juin 2010
des wagons de réfugiés
toute la honte sans frontières
un sac de riz blanc
et du mépris
j’ai bien caché dans mon chapeau
les tambours des révoltés
le chant des cerises
au poing levé
au poing levé
j’ai rangé dans mon chapeau
des carrousels de princesses
tous les corsages sans frontières
et de l’envie
j’ai bien rangé dans mon chapeau
les tangos des amants
le jus des groseilles
aux mains ouvertes
aux mains ouvertes
j’ai perdu dans mon chapeau
les barques des trépassés
tous les souvenirs sans frontières
un chapelet de cailloux blancs
et du chagrin
j’ai bien perdu dans mon chapeau
les orgues des églises
le sang des roses
sous les ongles
sous les ongles
j’ai oublié dans mon chapeau
les trajets des gens de bien
toutes les promesses sans frontières
une allée de drapeaux blancs
et un pet de lapin
j’ai bien oublié dans mon chapeau
les clairons des discours
l’eau des navets
sur les mains blêmes
sur les mains blêmes
j’ai balayé de mon chapeau
les cargos des infortunes
tous les orages sans frontières
des cailloux noirs dans les lentilles
et du pardon
j’ai bien balayé de mon chapeau
les rengaines désuètes
le jus de chélidoine
sur les verrues
sur les verrues
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
27 juin 2010
lundi 24 mai 2010
j'ai dans le flanc gauche
j'ai dans le flanc gauche
une sacoche en toile de bâche
où sont consignés
tous les documents indispensables
les accouchements les agonies
les invitations les testaments
tous les actes et toutes les minutes
les certificats les justificatifs
les visas et les tickets d'embarquement
tous les carnets de santé et les autorisations
tous les documents indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
une capsule de verre opaque
où sont mis en réserve
tous les plasmas indispensables
les globules les gamètes
les vitamines les dopamines
tous les tanins et toutes les humeurs
les sucres et les acides
les vaccins les anticorps
toutes les saignées et tous les coagulants
tous les plasmas indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
un gousset en cuir de porc
où sont contenues
toutes les monnaies indispensables
les pistoles les traveller's
les billets à ordre les obligations
toutes les verroteries et tous les bakchichs
les lettres de créance et les pots-de-vin
les lingots et les diamants
toutes les cédules et toutes les hypothèques
toutes les monnaies indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
une boîte en fer blanc
où sont empilés
tous les moments indispensables
les fiançailles les adultères
les trahisons les serments
toutes les lettres d'amour tous les mots d'adieu
les mariages les voyages
les fidélités les noces d'acier
toutes les nuits d'amour et tous les matins de bonheur
tous les moments indispensables
pour être vivant
et reconnu
et surtout reconnu
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
24 mai 2010
une sacoche en toile de bâche
où sont consignés
tous les documents indispensables
les accouchements les agonies
les invitations les testaments
tous les actes et toutes les minutes
les certificats les justificatifs
les visas et les tickets d'embarquement
tous les carnets de santé et les autorisations
tous les documents indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
une capsule de verre opaque
où sont mis en réserve
tous les plasmas indispensables
les globules les gamètes
les vitamines les dopamines
tous les tanins et toutes les humeurs
les sucres et les acides
les vaccins les anticorps
toutes les saignées et tous les coagulants
tous les plasmas indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
un gousset en cuir de porc
où sont contenues
toutes les monnaies indispensables
les pistoles les traveller's
les billets à ordre les obligations
toutes les verroteries et tous les bakchichs
les lettres de créance et les pots-de-vin
les lingots et les diamants
toutes les cédules et toutes les hypothèques
toutes les monnaies indispensables
pour être vivant demain
et reconnu
j'ai dans le flanc gauche
une boîte en fer blanc
où sont empilés
tous les moments indispensables
les fiançailles les adultères
les trahisons les serments
toutes les lettres d'amour tous les mots d'adieu
les mariages les voyages
les fidélités les noces d'acier
toutes les nuits d'amour et tous les matins de bonheur
tous les moments indispensables
pour être vivant
et reconnu
et surtout reconnu
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
24 mai 2010
vendredi 21 mai 2010
incendier l'angoisse
devant la mer
devant le mur
devant le fer
devant le dur
rebrancher le courant
et resserrer les tringles
incendier l'angoisse
quand j'ai quitté la ville
j'ai souhaité la gare
quand j'ai détruit la gare
j'ai pénétré la halte
quand j'ai fermé la halte
je me suis dit au revoir
sous le manteau
sous le couvert
sous le corbeau
sous le mystère
désarticuler le temps
éteindre la bastringue
dégoupiller l'angoisse
quand j'ai maudit l'espoir
j'ai tricoté du doute
quand j'ai chassé le doute
j'ai déroulé la carte
quand j'ai brûlé la carte
je me suis salué
face au rideau
face au miroir
face au drapeau
face au comptoir
relever le gant
et retirer l'épingle
fusiller l'angoisse
quand j'ai expulsé dieu
j'ai accueilli l'alcool
quand j'ai renié l'alcool
j'ai accepté l'humain
quand j'ai lâché l'humain
je me suis dit bonjour
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
21 mai 2010
devant le mur
devant le fer
devant le dur
rebrancher le courant
et resserrer les tringles
incendier l'angoisse
quand j'ai quitté la ville
j'ai souhaité la gare
quand j'ai détruit la gare
j'ai pénétré la halte
quand j'ai fermé la halte
je me suis dit au revoir
sous le manteau
sous le couvert
sous le corbeau
sous le mystère
désarticuler le temps
éteindre la bastringue
dégoupiller l'angoisse
quand j'ai maudit l'espoir
j'ai tricoté du doute
quand j'ai chassé le doute
j'ai déroulé la carte
quand j'ai brûlé la carte
je me suis salué
face au rideau
face au miroir
face au drapeau
face au comptoir
relever le gant
et retirer l'épingle
fusiller l'angoisse
quand j'ai expulsé dieu
j'ai accueilli l'alcool
quand j'ai renié l'alcool
j'ai accepté l'humain
quand j'ai lâché l'humain
je me suis dit bonjour
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
21 mai 2010
dimanche 2 mai 2010
ça rajoute
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
une barrière
un champ de veaux
des trembles fatigués
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
le matin donne
le jour ajoute
le soir rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le semi-remorque de misère
pourquoi dites-vous priorité
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
une abreuvoir
une vache pleine
un sureau
je suis présent à toute présence
comme un pivoine sous la pluie
le journal donne
la radio ajoute
la télévision rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le poids-lourd de souffrance
priorité dites-vous
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
un tracteur
une jument suitée
une colline d'épicéas
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
la rosée donne
la pluie ajoute
l'orage rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le train routier de détresse
priorité
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
une bétaillère
un taureau excité
un grand chêne
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
le père donne
la mère ajoute
des cousines rajoutent
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
de droite sûr
le quarante-tonnes de chagrin
oui
monsieur
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
2 mai 2010
une barrière
un champ de veaux
des trembles fatigués
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
le matin donne
le jour ajoute
le soir rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le semi-remorque de misère
pourquoi dites-vous priorité
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
une abreuvoir
une vache pleine
un sureau
je suis présent à toute présence
comme un pivoine sous la pluie
le journal donne
la radio ajoute
la télévision rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le poids-lourd de souffrance
priorité dites-vous
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
un tracteur
une jument suitée
une colline d'épicéas
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
la rosée donne
la pluie ajoute
l'orage rajoute
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
venu de droite
le train routier de détresse
priorité
monsieur l'agent
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
j'ai posé mon regard sur le vide du monde
une bétaillère
un taureau excité
un grand chêne
je suis présent à toute présence
comme une pivoine sous la pluie
le père donne
la mère ajoute
des cousines rajoutent
la nuit s'ajoute
je ne retiens rien et ça fait division
de droite sûr
le quarante-tonnes de chagrin
oui
monsieur
ça rajoute
je ne retiens rien et ça fait division
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
2 mai 2010
samedi 20 mars 2010
l'écheveau des mémoires
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires difformes
la tige de rhubarbe rongée sur le chemin de l'école
le coup de canif sur la rambarde
le vol des billes dans la poche d'un blouson
l'odeur des filles dans le couloir interdit
les petits chats noyés pour une paire de patins
le feu de sciure derrière la grange
la tête d'un petit veau sur le billot
le vélo torpédo tombé dans la vigne
le mercurochrome et le bleu de méthylène
la décongestine et la fleur de foin
les flocons d'avoine grillés et la soupe aux légumes
les ris et la cervelle du veau bouchoyé
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires inertes
le caillou dans la vitre de l'école
le vol du vin de messe à la sacristie
les cigarettes mendiées aux militaires
le goût du sang après une bagarre
le décolleté de la boulangère
le premier baiser volé à la voisine
la séance de cinéma aux semblants de caresses
les histoires de garçons fantasmant sur les filles
les mensonges pour le confessionnal
les stratégies de triche et les punitions collectives
les regards douteux des frères marianistes
la gifle injuste et le poids de la honte
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires infâmes
le motocycle emprunté sur le chemin de campagne
les photos découpées dans le dico de grand-père
les jurons écrits au crayon sur les livres de messe
la resquille du tramway à la ville voisine
l'argent de la resquille pour acheter Baudelaire
les fioles d'alcool de menthe à l'automate de la gare
le premier tétin frôlé sous les abricotiers
un émoi pour de vrai sur une photo sépia
le premier bal et la première cuite
les taches de cinzano sur le pull-over
le premier slow aux senteurs de laque et de bière
le sourire gêné le lendemain à l'église
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires imparfaites
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
20 mars 2010
défaire l'écheveau
des mémoires difformes
la tige de rhubarbe rongée sur le chemin de l'école
le coup de canif sur la rambarde
le vol des billes dans la poche d'un blouson
l'odeur des filles dans le couloir interdit
les petits chats noyés pour une paire de patins
le feu de sciure derrière la grange
la tête d'un petit veau sur le billot
le vélo torpédo tombé dans la vigne
le mercurochrome et le bleu de méthylène
la décongestine et la fleur de foin
les flocons d'avoine grillés et la soupe aux légumes
les ris et la cervelle du veau bouchoyé
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires inertes
le caillou dans la vitre de l'école
le vol du vin de messe à la sacristie
les cigarettes mendiées aux militaires
le goût du sang après une bagarre
le décolleté de la boulangère
le premier baiser volé à la voisine
la séance de cinéma aux semblants de caresses
les histoires de garçons fantasmant sur les filles
les mensonges pour le confessionnal
les stratégies de triche et les punitions collectives
les regards douteux des frères marianistes
la gifle injuste et le poids de la honte
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires infâmes
le motocycle emprunté sur le chemin de campagne
les photos découpées dans le dico de grand-père
les jurons écrits au crayon sur les livres de messe
la resquille du tramway à la ville voisine
l'argent de la resquille pour acheter Baudelaire
les fioles d'alcool de menthe à l'automate de la gare
le premier tétin frôlé sous les abricotiers
un émoi pour de vrai sur une photo sépia
le premier bal et la première cuite
les taches de cinzano sur le pull-over
le premier slow aux senteurs de laque et de bière
le sourire gêné le lendemain à l'église
il faut parfois oser
défaire l'écheveau
des mémoires imparfaites
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
20 mars 2010
dimanche 14 mars 2010
quel est le poids
ciel démesuré
vol de corbeaux dans le matin
la montagne veille
bruits de l'air et du torrent
quel est le poids de la certitude de vivre
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des globules d'envies
je m'en balance je m'emballe
ciel perforé
des avions militaires dans le soleil
la montagne vibre
bruits des réacteurs et des camions
quel est le poids de la guerre inutile
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des cortex stratégiques
je m'en balance je m'emballe
ciel dilué
des cumulus vers le col sud
la montagne se drape
bruits du vent et des chiens
quel est le poids d'une nichée de merles
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des crues de bronches
je m'en balance je m'emballe
ciel morcelé
charter de vacances sur l'alpe nord
la montagne se dénude
bruits de froufrous et d'acryliques
quel est le poids d'un acte de naissance
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids d'un certificat de bonnes mœurs
je m'en balance je m'emballe
ciel rassemblé
querelles de chats dans le jardin
la montagne gronde
bruits de griffes et de crachats
quel est le poids d'une messe de pâques
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids d'un remords malsain
je m'en balance je m'emballe
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
vol de corbeaux dans le matin
la montagne veille
bruits de l'air et du torrent
quel est le poids de la certitude de vivre
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des globules d'envies
je m'en balance je m'emballe
ciel perforé
des avions militaires dans le soleil
la montagne vibre
bruits des réacteurs et des camions
quel est le poids de la guerre inutile
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des cortex stratégiques
je m'en balance je m'emballe
ciel dilué
des cumulus vers le col sud
la montagne se drape
bruits du vent et des chiens
quel est le poids d'une nichée de merles
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids des crues de bronches
je m'en balance je m'emballe
ciel morcelé
charter de vacances sur l'alpe nord
la montagne se dénude
bruits de froufrous et d'acryliques
quel est le poids d'un acte de naissance
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids d'un certificat de bonnes mœurs
je m'en balance je m'emballe
ciel rassemblé
querelles de chats dans le jardin
la montagne gronde
bruits de griffes et de crachats
quel est le poids d'une messe de pâques
je m'emballe je m'en balance
quel est le poids d'un remords malsain
je m'en balance je m'emballe
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
14 mars 2010
mercredi 10 mars 2010
à saute-coeur
seule l'aile du nez a frémi
elle a reçu le message comme un trait d'arbalète
six mots pour solde de tout compte
une porte de granit sur sa terrine de fleurs
une insulte grotesque
un adieu avec faute d'orthographe
elle a mordu sa langue
et toisé la rue entière
elle a fumé une cigarette
dans le café aseptisé
elle a maudit la ville et ses hommes
et méprisé le fonctionnaire de banque
elle a chanté elle a dansé
elle a chanté elle a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un léger mouvement de mâchoire sous les tempes
il a reçu le diagnostic comme une pellée de braises
six mots trop compliqués dont un au goût de sang
un rideau de fer sur sa vitrine de jouets
une insulte grotesque
un traitement comme une enseigne de luna-park
il a ravalé une absence de salive
et défié le jardin de la clinique
il a bouffé un chocolat
et jeté le papier sur la pelouse
il a maudit la ville et ses blouses blanches
et méprisé la marchande de chrysanthèmes
il a chanté il a dansé
il a chanté il a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un regard qui se brise et bascule vers l'horizon
elle a cueilli la confidence comme un boulet de canon
six mots comme un avis de catastrophe
la terre qui s'ouvre sur son enfer
une insulte grotesque
un réquisitoire après un jugement
elle a mâché un goût de bile
et toisé la cathédrale et son couvent
elle a mis un tango dans le juke-box
et dansé seule dans la salle à manger
elle a maudit le bréviaire et ses confiteor
et méprisé le jeune vicaire adolescent
elle a chanté elle a dansé
elle a chanté elle a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un pli plus froncé sur le bas du front
il a cueilli le verdict comme une salve de mitrailleuse
six mots comme un avis de recherche
le bruit de la serrure de sa prison
une insulte grotesque
un lynchage et un arrêt de mort
il a serré les poings
et défié l'opinion publique et les lieux communs
il a mangé un chien chaud
à la cafétéria du tribunal
il a maudit la cour et ses hermines
et méprisé le greffier à deux jours de la retraite
il a chanté il a dansé
il a chanté il a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
on chante on danse
on chante on joue
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
elle a reçu le message comme un trait d'arbalète
six mots pour solde de tout compte
une porte de granit sur sa terrine de fleurs
une insulte grotesque
un adieu avec faute d'orthographe
elle a mordu sa langue
et toisé la rue entière
elle a fumé une cigarette
dans le café aseptisé
elle a maudit la ville et ses hommes
et méprisé le fonctionnaire de banque
elle a chanté elle a dansé
elle a chanté elle a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un léger mouvement de mâchoire sous les tempes
il a reçu le diagnostic comme une pellée de braises
six mots trop compliqués dont un au goût de sang
un rideau de fer sur sa vitrine de jouets
une insulte grotesque
un traitement comme une enseigne de luna-park
il a ravalé une absence de salive
et défié le jardin de la clinique
il a bouffé un chocolat
et jeté le papier sur la pelouse
il a maudit la ville et ses blouses blanches
et méprisé la marchande de chrysanthèmes
il a chanté il a dansé
il a chanté il a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un regard qui se brise et bascule vers l'horizon
elle a cueilli la confidence comme un boulet de canon
six mots comme un avis de catastrophe
la terre qui s'ouvre sur son enfer
une insulte grotesque
un réquisitoire après un jugement
elle a mâché un goût de bile
et toisé la cathédrale et son couvent
elle a mis un tango dans le juke-box
et dansé seule dans la salle à manger
elle a maudit le bréviaire et ses confiteor
et méprisé le jeune vicaire adolescent
elle a chanté elle a dansé
elle a chanté elle a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
un pli plus froncé sur le bas du front
il a cueilli le verdict comme une salve de mitrailleuse
six mots comme un avis de recherche
le bruit de la serrure de sa prison
une insulte grotesque
un lynchage et un arrêt de mort
il a serré les poings
et défié l'opinion publique et les lieux communs
il a mangé un chien chaud
à la cafétéria du tribunal
il a maudit la cour et ses hermines
et méprisé le greffier à deux jours de la retraite
il a chanté il a dansé
il a chanté il a joué
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
on chante on danse
on chante on joue
à saute-mouton
à croche cœur
à croche mouton
à saute-cœur
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
10 mars 2010
jeudi 25 février 2010
mes petites lâchetés
il errait dans l'allée marchande
sous sa capuche il faisait faim
il narguait la vie
il toisait la mort
mais la vie est hors de portée
mais la mort est hors de prix
un petit geste une rapine
une petite haine une fêlure
il errait dans l'allée marchande
sous sa capuche il faisait peur
peur de la vie
peur de la mort
et j'ai détourné le regard
au pays des petites bassesses
je suis le maître sur mon trône
elle régnait sur le trottoir
sous sa jupe il faisait froid
elle cajolait la vie
elle caressait la mort
mais la vie est en résille
mais la mort est sans gaine
un petit pas une œillade
une petite moue une invite
elle régnait sur le trottoir
sous sa jupe il faisait vide
vidée la vie
vidée la mort
et j'ai baissé les yeux
au pays des petites faiblesses
je porte la plus belle couronne
il campait dans le square
dans sa bouteille il faisait soif
il buvait la vie
il buvait la mort
mais la vie est au fond de la barrique
mais la mort est noyée dans les lies
une petite gorgée une amnésie
une petite lampée une blessure
il campait dans le square
dans sa bouteille il faisait honte
honte de la vie
honte de la mort
et j'ai détourné le regard
au pays des petites veuleries
je m'agrippe à mon sceptre
elle vivait dans le grand parc
dans son caddie il faisait noir
elle poussait la vie
elle poussait la mort
mais la vie moisit sous la pluie
mais la mort roidit sous la neige
une petite bougie une lueur
plus qu'une allumette une rupture
elle vivait dans le grand parc
dans son caddie il ne faisait plus rien
rien pour la vie
rien pour la mort
et j'ai baissé les yeux
au pays des petites lâchetés
je suis le maître en mon royaume
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
sous sa capuche il faisait faim
il narguait la vie
il toisait la mort
mais la vie est hors de portée
mais la mort est hors de prix
un petit geste une rapine
une petite haine une fêlure
il errait dans l'allée marchande
sous sa capuche il faisait peur
peur de la vie
peur de la mort
et j'ai détourné le regard
au pays des petites bassesses
je suis le maître sur mon trône
elle régnait sur le trottoir
sous sa jupe il faisait froid
elle cajolait la vie
elle caressait la mort
mais la vie est en résille
mais la mort est sans gaine
un petit pas une œillade
une petite moue une invite
elle régnait sur le trottoir
sous sa jupe il faisait vide
vidée la vie
vidée la mort
et j'ai baissé les yeux
au pays des petites faiblesses
je porte la plus belle couronne
il campait dans le square
dans sa bouteille il faisait soif
il buvait la vie
il buvait la mort
mais la vie est au fond de la barrique
mais la mort est noyée dans les lies
une petite gorgée une amnésie
une petite lampée une blessure
il campait dans le square
dans sa bouteille il faisait honte
honte de la vie
honte de la mort
et j'ai détourné le regard
au pays des petites veuleries
je m'agrippe à mon sceptre
elle vivait dans le grand parc
dans son caddie il faisait noir
elle poussait la vie
elle poussait la mort
mais la vie moisit sous la pluie
mais la mort roidit sous la neige
une petite bougie une lueur
plus qu'une allumette une rupture
elle vivait dans le grand parc
dans son caddie il ne faisait plus rien
rien pour la vie
rien pour la mort
et j'ai baissé les yeux
au pays des petites lâchetés
je suis le maître en mon royaume
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
25 février 2010
mardi 23 février 2010
des chagrins suffisants
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins différents
les voisins les voisines
en chapelets en familles
les cousines les cousins
en pagaille en rangées
une poignée de main
une embrassade
un mot de compassion
une banalité
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins apparents
les amis les aminches
en cravate en costume
les guinches les ribotes
en chemise en sabots
que faire du goupillon
poser la gerbe de travers
sourire plein de gêne
se moucher bruyamment
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins suffisants
les chefs les collègues
en délégation obligée
la clique la fanfare
bannière en berne
une chaussure qui grince
un reniflement qui chuinte
un mouchoir qui tombe
un soupir qui tangue
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins encombrants
les notables les paroissiens
par devoir par habitude
les contemporains l'amicale
un de moins sur la liste
une pensée profonde
un poème de petite-fille
un bouquet de jonquilles
une offrande de messe
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins conquérants
une fille de rue un ivrogne
bras dessus bras dessous
une nièce un homme de couleur
en amour bouche en cœur
une vraie larme à peine fausse
un bon mot dit trop fort
une prière chuchotée
un silence tenace
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins tolérants
une autre veuve une autre peine
en robe noire en voilette
une inconnue une étrangère
et son parfum reconnu
une bougie qu'on souffle
un secret dans le linceul
deux femmes qui pleurent
sincères condoléances
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
mesurer les chagrins différents
les voisins les voisines
en chapelets en familles
les cousines les cousins
en pagaille en rangées
une poignée de main
une embrassade
un mot de compassion
une banalité
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins apparents
les amis les aminches
en cravate en costume
les guinches les ribotes
en chemise en sabots
que faire du goupillon
poser la gerbe de travers
sourire plein de gêne
se moucher bruyamment
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins suffisants
les chefs les collègues
en délégation obligée
la clique la fanfare
bannière en berne
une chaussure qui grince
un reniflement qui chuinte
un mouchoir qui tombe
un soupir qui tangue
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins encombrants
les notables les paroissiens
par devoir par habitude
les contemporains l'amicale
un de moins sur la liste
une pensée profonde
un poème de petite-fille
un bouquet de jonquilles
une offrande de messe
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins conquérants
une fille de rue un ivrogne
bras dessus bras dessous
une nièce un homme de couleur
en amour bouche en cœur
une vraie larme à peine fausse
un bon mot dit trop fort
une prière chuchotée
un silence tenace
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
j'aime dans les grands deuils
mesurer les chagrins tolérants
une autre veuve une autre peine
en robe noire en voilette
une inconnue une étrangère
et son parfum reconnu
une bougie qu'on souffle
un secret dans le linceul
deux femmes qui pleurent
sincères condoléances
ceci est mon mort
prenez et mangez
ma douleur est la plus digne
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
23 février 2010
jeudi 11 février 2010
la gardienne d'enfants
la gardienne d'enfants
a mis un gros ceinturon
avant de baisser les pantalons
elle aime les enfants
comme une bergère
comme une petite sœur de charité
elle bande les yeux
pour arpenter les reins
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
a glissé un loup de velours
avant de pincer les fesses
elle aime les enfants
comme on aime la semoule au sirop
les papillons jaunes et le mille-pattes
elle regarde le ciel
pour savourer les peaux de lait
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
a mis un nez rouge
avant le guiliguili des devants et des derrières
elle aime les enfants
comme on aime la fièvre
la peur et les orties
elle ferme les yeux
pour humer le sommeil et l'urine
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
joue de la boîte à musique
pour assécher les larmes
elle aime les enfants
comme on gratte une croûte
comme on lèche une goutte de sang
elle grimace des yeux
pour mimer le pardon
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
referme le dortoir
avant d'aller au marché
elle aime les enfants
comme on aime les cerises
les pleurotes et les groseilles
si elle a les yeux rouges
c'est à cause des pollens
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
dort avec ses peluches
les deux mains sur son ventre
elle aime les enfants
comme un chant de malheur
une blessure infinie
elle se frotte les yeux
ça fait des petites lueurs
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
a mis un gros ceinturon
avant de baisser les pantalons
elle aime les enfants
comme une bergère
comme une petite sœur de charité
elle bande les yeux
pour arpenter les reins
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
a glissé un loup de velours
avant de pincer les fesses
elle aime les enfants
comme on aime la semoule au sirop
les papillons jaunes et le mille-pattes
elle regarde le ciel
pour savourer les peaux de lait
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
a mis un nez rouge
avant le guiliguili des devants et des derrières
elle aime les enfants
comme on aime la fièvre
la peur et les orties
elle ferme les yeux
pour humer le sommeil et l'urine
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
joue de la boîte à musique
pour assécher les larmes
elle aime les enfants
comme on gratte une croûte
comme on lèche une goutte de sang
elle grimace des yeux
pour mimer le pardon
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
referme le dortoir
avant d'aller au marché
elle aime les enfants
comme on aime les cerises
les pleurotes et les groseilles
si elle a les yeux rouges
c'est à cause des pollens
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
la gardienne d'enfants
dort avec ses peluches
les deux mains sur son ventre
elle aime les enfants
comme un chant de malheur
une blessure infinie
elle se frotte les yeux
ça fait des petites lueurs
après tant de kilomètres de bonté
il est temps de faire la vie d'ange
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
11 février 2010
dimanche 17 janvier 2010
et la chienne
des nuages en caravane
de la pluie en dentelles
et la chienne du sourcier
donnez-moi une pomme
et je serai serpent
donnez-moi une flèche
et je serai caïn
des peupliers en escale
de l'avoine à marée haute
et la chienne du meunier
donnez-moi un moulin
et je serai le vent
donnez-moi une roue
et je serai petit matin
des vignes en transit
une guérite en torchis
et la chienne du caviste
donnez-moi un sarment
et je serai promesse
donnez-moi une rafle
et je serai milice
des forêts en déroute
une souche au combat
et la chienne du bûcheron
donnez-moi des racines
et je serai étranger
donnez-moi des papiers
et je serai frontière
des prairies en grand-voile
un talus en brûlis
et la chienne du vacher
donnez-moi une ombelle
et je serai vinaigre
donnez-moi une cardère
et je serai beau temps
un verger en carafe
un potager en oubli
et la chienne du jardinier
donnez-moi une pomme
et je serai savoir
donnez-moi un serpent
et je serai talon
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
de la pluie en dentelles
et la chienne du sourcier
donnez-moi une pomme
et je serai serpent
donnez-moi une flèche
et je serai caïn
des peupliers en escale
de l'avoine à marée haute
et la chienne du meunier
donnez-moi un moulin
et je serai le vent
donnez-moi une roue
et je serai petit matin
des vignes en transit
une guérite en torchis
et la chienne du caviste
donnez-moi un sarment
et je serai promesse
donnez-moi une rafle
et je serai milice
des forêts en déroute
une souche au combat
et la chienne du bûcheron
donnez-moi des racines
et je serai étranger
donnez-moi des papiers
et je serai frontière
des prairies en grand-voile
un talus en brûlis
et la chienne du vacher
donnez-moi une ombelle
et je serai vinaigre
donnez-moi une cardère
et je serai beau temps
un verger en carafe
un potager en oubli
et la chienne du jardinier
donnez-moi une pomme
et je serai savoir
donnez-moi un serpent
et je serai talon
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
17 janvier 2010
vendredi 15 janvier 2010
passé la porte
passé la voie de chemin de fer
la poignée de l'aiguillage
le ballast rouillé
et le talus d'herbes brûlées
passé la voie de chemin de fer
je déchirerai le plan-horaire
l'ordonnance et la posologie
je jetterai un regard tiède
sur les vitrines des lingeries et des prothèses
je boirai un café fade
au bar des voyageurs jamais partis
toujours perdus et de plus en plus enivrés
et j'écrirai une chanson
sur la vitre du juke-box
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le fleuve gris et froid
la dernière pile du pont
la berge aux pêcheurs
et la péniche abandonnée
passé le fleuve gris et froid
je déchirerai le carnet d'adresses
le contrat d'assurance et celui du don d'organe
je jetterai un regard sombre
sur les épaves de voitures sur le chemin de halage
je boirai un soda glacé
au bar des marins d'eau douce
amarrés au bastingage d'un fût de bière
et j'écrirai un poème
sur la porte des water
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le poste-frontière
les barbelés et les chiens
les écrans de contrôle
et les avis de recherches
passé le poste-frontière
je déchirerai le passeport
l'itinéraire et les recommandations
je jetterai un regard d'acier
sur le parking des camions-citernes et des semi-remorques
je boirai une lampée d'eau métallique
au campement des chauffeurs
en attente de prostituées et de permis de transit
et j'écrirai une épopée
sur un rapport de douane
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le col sud
le dernier cairn
le couloir d'avalanche
et les ex-voto sur la croix
passé le col sud
je déchirerai la carte d'état-major
le permis de chasse et les directives
je jetterai un regard bleu
sur le motoneige près de la bergerie en tôle
je boirai du lait de brebis
à la buvette panorama du moutonnier
qui fermente sa solitude et sa peur du loup
et j'écrirai un refrain
sur la mer de brouillard
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé la ligne de l'horizon
les dangers inconnus
la trouée sur le vide
et la chute du monde
passé la ligne de l'horizon
je déchirerai l'atlas universel
l'horoscope et le manuel de survie
je jetterai un regard de feu
sur les territoires non conquis
je boirai un tonneau de ciel
à l'hôtel de l'étoile
et des comètes assoiffées
et je déposerai mon texte
sur les ailes d'un satellite
passé la porte le présent est passé
ce soleil d'hiver est trop jaune
je passe mon tour
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
la poignée de l'aiguillage
le ballast rouillé
et le talus d'herbes brûlées
passé la voie de chemin de fer
je déchirerai le plan-horaire
l'ordonnance et la posologie
je jetterai un regard tiède
sur les vitrines des lingeries et des prothèses
je boirai un café fade
au bar des voyageurs jamais partis
toujours perdus et de plus en plus enivrés
et j'écrirai une chanson
sur la vitre du juke-box
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le fleuve gris et froid
la dernière pile du pont
la berge aux pêcheurs
et la péniche abandonnée
passé le fleuve gris et froid
je déchirerai le carnet d'adresses
le contrat d'assurance et celui du don d'organe
je jetterai un regard sombre
sur les épaves de voitures sur le chemin de halage
je boirai un soda glacé
au bar des marins d'eau douce
amarrés au bastingage d'un fût de bière
et j'écrirai un poème
sur la porte des water
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le poste-frontière
les barbelés et les chiens
les écrans de contrôle
et les avis de recherches
passé le poste-frontière
je déchirerai le passeport
l'itinéraire et les recommandations
je jetterai un regard d'acier
sur le parking des camions-citernes et des semi-remorques
je boirai une lampée d'eau métallique
au campement des chauffeurs
en attente de prostituées et de permis de transit
et j'écrirai une épopée
sur un rapport de douane
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé le col sud
le dernier cairn
le couloir d'avalanche
et les ex-voto sur la croix
passé le col sud
je déchirerai la carte d'état-major
le permis de chasse et les directives
je jetterai un regard bleu
sur le motoneige près de la bergerie en tôle
je boirai du lait de brebis
à la buvette panorama du moutonnier
qui fermente sa solitude et sa peur du loup
et j'écrirai un refrain
sur la mer de brouillard
passé la porte le présent est passé
ah pouvoir passer son tour
passé la ligne de l'horizon
les dangers inconnus
la trouée sur le vide
et la chute du monde
passé la ligne de l'horizon
je déchirerai l'atlas universel
l'horoscope et le manuel de survie
je jetterai un regard de feu
sur les territoires non conquis
je boirai un tonneau de ciel
à l'hôtel de l'étoile
et des comètes assoiffées
et je déposerai mon texte
sur les ailes d'un satellite
passé la porte le présent est passé
ce soleil d'hiver est trop jaune
je passe mon tour
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
15 janvier 2010
mercredi 23 décembre 2009
sur le bord
sur le bord de la table
un verre de café froid
une biscotte et de la margarine
un vieux programme télé
la lettre d'un ami
et quelques factures oubliées
sur le bord du lit
une canette de bière
des bonbons et des fruits secs
des revues et des kleenex
la carte postale d'une femme
et l'agenda d'une année oubliée
sur le bord de la fenêtre
une bouteille de lait
du suif pour les moineaux
un rosier sec un basilic
le cache-pot d'une sœur
et quelques pommes oubliées
sur le bord du fleuve
un tonneau de fuel
une pizza froide et un concombre
des tôles et des gravats
le roman volé à la gare
et un air de valse oublié
sur le bord de la vie
une fiole d'ammoniaque
une noix et une hostie
un costume de funambule
le poème sur le fil à repriser
et un quelconque destin oublié
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
23 décembre 2009
un verre de café froid
une biscotte et de la margarine
un vieux programme télé
la lettre d'un ami
et quelques factures oubliées
sur le bord du lit
une canette de bière
des bonbons et des fruits secs
des revues et des kleenex
la carte postale d'une femme
et l'agenda d'une année oubliée
sur le bord de la fenêtre
une bouteille de lait
du suif pour les moineaux
un rosier sec un basilic
le cache-pot d'une sœur
et quelques pommes oubliées
sur le bord du fleuve
un tonneau de fuel
une pizza froide et un concombre
des tôles et des gravats
le roman volé à la gare
et un air de valse oublié
sur le bord de la vie
une fiole d'ammoniaque
une noix et une hostie
un costume de funambule
le poème sur le fil à repriser
et un quelconque destin oublié
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
23 décembre 2009
dimanche 13 décembre 2009
et c'est l'hiver
devant moi de l'autre côté du val
un village qui n'est qu'une rue
l'école et l'église le café et l'épicerie
les maisons des familles
plus loin les fermes les écuries
et les prairies
l'air est jaune et gris
le froid remonte du torrent
et s'inscrit dans les vignes
c'est un après-midi de solitude
c'est l'hiver
un paysan brûle du foin pourri
les planches du vieux poulailler
et des tonnes de sueur inutile
une fumée lourde et acre
enveloppe les granges et le cimetière
le chagrin est immense et brûle mal
l'air est beige et gris
le froid remonte les vernes
et s'inscrit dans les vergers
c'est un après-midi de torpeur
c'est l'hiver
une homme jeune et sombre
brûle des lettres et des photos
des promesses en fagots
des serments secs et tordus
une fumée acide et bleue
enveloppe la chambre et le grenier
la jalousie est une épine et brûle à vif
l'air est gris et gris
le froid remonte le mur de pierre
et s'inscrit dans le cellier
c'est un après-midi d'ennui
c'est l'hiver
un homme sans âge et sans colère
fume une cigarette avec lenteur
sa vie est en cendres et en souvenirs
il s'agrippe à son mégot et à son banc
une fumée blanche et fine
enveloppe sa prière et son adieu
la vie est une brindille et brûle vite
l'air est indigo et gris
le froid remonte les veines
et s'inscrit dans la cervelle
c'est un après-midi du monde
et c'est l'hiver
devant moi de l'autre côté du val
un village allume ses réverbères
l'air est indigo et anthracite
c'est le soir sur le monde
et c'est l'hiver
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
13 décembre 2009
un village qui n'est qu'une rue
l'école et l'église le café et l'épicerie
les maisons des familles
plus loin les fermes les écuries
et les prairies
l'air est jaune et gris
le froid remonte du torrent
et s'inscrit dans les vignes
c'est un après-midi de solitude
c'est l'hiver
un paysan brûle du foin pourri
les planches du vieux poulailler
et des tonnes de sueur inutile
une fumée lourde et acre
enveloppe les granges et le cimetière
le chagrin est immense et brûle mal
l'air est beige et gris
le froid remonte les vernes
et s'inscrit dans les vergers
c'est un après-midi de torpeur
c'est l'hiver
une homme jeune et sombre
brûle des lettres et des photos
des promesses en fagots
des serments secs et tordus
une fumée acide et bleue
enveloppe la chambre et le grenier
la jalousie est une épine et brûle à vif
l'air est gris et gris
le froid remonte le mur de pierre
et s'inscrit dans le cellier
c'est un après-midi d'ennui
c'est l'hiver
un homme sans âge et sans colère
fume une cigarette avec lenteur
sa vie est en cendres et en souvenirs
il s'agrippe à son mégot et à son banc
une fumée blanche et fine
enveloppe sa prière et son adieu
la vie est une brindille et brûle vite
l'air est indigo et gris
le froid remonte les veines
et s'inscrit dans la cervelle
c'est un après-midi du monde
et c'est l'hiver
devant moi de l'autre côté du val
un village allume ses réverbères
l'air est indigo et anthracite
c'est le soir sur le monde
et c'est l'hiver
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
13 décembre 2009
lundi 7 décembre 2009
derrière la vitre
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
reflet de soleil
on ne le voit qu'en courts instants
on ne le voit qu'en bribes
ses mouvements sont décidés
il hésite et s'arrête
on ne sait pas s'il renoue le fil
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
ruissellement de pluie
on ne le voit que déformé
on ne le voit qu'embué
il réfléchit ou il pleure
il abandonne et fuit
on ne sait pas s'il rejoint la rive
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
à contrejour
on ne le voit qu'en silhouette
on ne le voit qu'en fantôme
il est virtuel il disparait
il fait une ombre immense qui s'envole
on ne sait pas s'il touche à terre
on ne sait pas vraiment
s'il fait partie des vivants
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
qui osera pousser l'interrupteur
quelle vie de l'autre côté de la vitre
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
derrière la vitre
reflet de soleil
on ne le voit qu'en courts instants
on ne le voit qu'en bribes
ses mouvements sont décidés
il hésite et s'arrête
on ne sait pas s'il renoue le fil
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
ruissellement de pluie
on ne le voit que déformé
on ne le voit qu'embué
il réfléchit ou il pleure
il abandonne et fuit
on ne sait pas s'il rejoint la rive
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
à contrejour
on ne le voit qu'en silhouette
on ne le voit qu'en fantôme
il est virtuel il disparait
il fait une ombre immense qui s'envole
on ne sait pas s'il touche à terre
on ne sait pas vraiment
s'il fait partie des vivants
quelle est la vie d'un homme
derrière la vitre
qui osera pousser l'interrupteur
quelle vie de l'autre côté de la vitre
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
7 décembre 2009
samedi 31 octobre 2009
sur les trottoirs
sur les trottoirs des défaites
des silhouettes dessinées à la craie
est-ce un massacre
est-ce un décor
petite marelle
petite musique de clarinette
avenue du paradis
l'urgentiste est pantois
l'inspecteur est perplexe
les blessés ont fui
les cadavres ont disparu
quelqu'un a pourtant tracé ces contours
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des migrations
des valises des remorques et des chaises à porteurs
est-ce un exode
est-ce un décor
une barrière de police
un roulement de tambour
impasse de l'espérance
le vigile est confus
le commissaire est confit
les passeurs ont fui
les arrivants ont disparu
quelqu'un a pourtant brûlé des passeports
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des misères
des cabas des caddies et des cadets roussel
est-ce un marché
est-ce un décor
une caisse enregistreuse
une musique d'ambiance
boulevard des vitrines
la caissière a les nerfs
le policier a le bourdon
les mendiants ont fui
les loubards ont disparu
quelqu'un a pourtant sonné l'alarme
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des guerres civiles
des barricades des incendies et des carmagnoles
est-ce une bataille
est-ce un décor
un jet de grenade
une sonnerie de clairon
promenade des brancards
le snipper est soulard
le commandant est junkie
les civils ont fui
les secours ont disparu
quelqu'un a pourtant donné l'assaut
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des insurrections
des chansons des fourches et des spartacus
est-ce une épopée
est-ce un décor
des bâtons de dynamite
le chant des cerises
escalier des tortures
l'ingénieur est docile
le juge est soumis
le droit a fui
le drapeau a disparu
quelqu'un a pourtant parlé démocratie
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des sépultures
une bruyère un mémorial un apatride
est-ce un abandon
est-ce un décor
de l'eau bénite et de l'encens
un requiem tragique
quai des hommages
le servant de messe est hagard
l'évêque est ailleurs
la compassion a fui
le pardon a disparu
quelqu'un a pourtant délivré promesse
qu'est devenu l'unijambiste
quelqu'un a pourtant donné un ex-voto
qu'est devenu l'unijambiste
quelqu'un a pourtant muré la porte de l'église
qu'est devenu l'unijambiste
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
31 octobre 2009
des silhouettes dessinées à la craie
est-ce un massacre
est-ce un décor
petite marelle
petite musique de clarinette
avenue du paradis
l'urgentiste est pantois
l'inspecteur est perplexe
les blessés ont fui
les cadavres ont disparu
quelqu'un a pourtant tracé ces contours
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des migrations
des valises des remorques et des chaises à porteurs
est-ce un exode
est-ce un décor
une barrière de police
un roulement de tambour
impasse de l'espérance
le vigile est confus
le commissaire est confit
les passeurs ont fui
les arrivants ont disparu
quelqu'un a pourtant brûlé des passeports
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des misères
des cabas des caddies et des cadets roussel
est-ce un marché
est-ce un décor
une caisse enregistreuse
une musique d'ambiance
boulevard des vitrines
la caissière a les nerfs
le policier a le bourdon
les mendiants ont fui
les loubards ont disparu
quelqu'un a pourtant sonné l'alarme
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des guerres civiles
des barricades des incendies et des carmagnoles
est-ce une bataille
est-ce un décor
un jet de grenade
une sonnerie de clairon
promenade des brancards
le snipper est soulard
le commandant est junkie
les civils ont fui
les secours ont disparu
quelqu'un a pourtant donné l'assaut
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des insurrections
des chansons des fourches et des spartacus
est-ce une épopée
est-ce un décor
des bâtons de dynamite
le chant des cerises
escalier des tortures
l'ingénieur est docile
le juge est soumis
le droit a fui
le drapeau a disparu
quelqu'un a pourtant parlé démocratie
qu'est devenu l'unijambiste
sur les trottoirs des sépultures
une bruyère un mémorial un apatride
est-ce un abandon
est-ce un décor
de l'eau bénite et de l'encens
un requiem tragique
quai des hommages
le servant de messe est hagard
l'évêque est ailleurs
la compassion a fui
le pardon a disparu
quelqu'un a pourtant délivré promesse
qu'est devenu l'unijambiste
quelqu'un a pourtant donné un ex-voto
qu'est devenu l'unijambiste
quelqu'un a pourtant muré la porte de l'église
qu'est devenu l'unijambiste
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
31 octobre 2009
lundi 5 octobre 2009
waldhôtel
la vallée file vers le sud
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
dans les belles années du tourisme alpin
ils avaient construit un hôtel
de luxe et de sérénité
électricité et eau à tous les étages
la calèche amenait
des familles anglaises qui cherchaient
du roc nouveau et de l'herbier rare
d'énamourées allemandes qui réclamaient
du poitrail rupestre et du mollet paysan
des cantatrices italiennes qui soignaient
leur voix de tisanes et d'oxygène
quelques pas dans la neige
du feu dans l'âtre
un bol de lait chaud au miel et aux herbes
une randonnée dans les nuages
du fromage fondu sur du pain
une friction d'alcool de gentiane
une sieste sur la terrasse sud
le rire des casse-noix
et du pain de poires séchées
les touristes riches ont conquis de nouveaux territoires
les paysans sont descendus à la ville
travaillent dans la chimie et l'énergie
les anglaises cultivent l'orchidée dans de châteaux d'asie
les allemandes frottent leur peau à des poitrails basanés
les italiennes chantent au piano-bar des casinos
le waldhôtel a perdu son charme et son confort
il n'y a qu'un wc par étage
la douche est commune et le lavabo de caserne
l'eau tiède geint dans le radiateur
le plancher grince et la fenêtre ferme mal
l'épilobe et la ronce ont envahi le jardin
la vallée file vers le sud
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le waldhôtel a fermé
sombré dans l'oubli
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
l'administration en a fait un foyer de requérants d'asile
quelque part dans un fichier central
une liste exhaustive de noms et prénoms
âges approximatifs et nationalités identifiées
destins sri-lankais, kurdes ou kosovars
météores nigérians, somalis ou afghans
le pays a encore verrouillé ses frontières
la quête de l'asile
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le waldhôtel n'est plus un foyer
un bûcheron batave et sa femme en ont fait une pension de montagne
havre pittoresque où flottent encore les fantômes
des anglaises, allemandes ou italiennes
humer ces parfums de femmes
rêver du grain de leur peau
valser sur leurs chansons
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
quelque part sur un fichier central
destins sri-lankais, kurdes ou kosovars
météores nigérians, somalis ou afghans
gravés à la hâte sur la porte de la chambre 301
quelques mots dans un alphabet nouveau et malhabile
la trace de destins de météores
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
quelque part dans le fichier de l'homme
nous dira-t-on ce qu'ils sont devenus
la vallée file vers le sud
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
4 octobre 2009
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
dans les belles années du tourisme alpin
ils avaient construit un hôtel
de luxe et de sérénité
électricité et eau à tous les étages
la calèche amenait
des familles anglaises qui cherchaient
du roc nouveau et de l'herbier rare
d'énamourées allemandes qui réclamaient
du poitrail rupestre et du mollet paysan
des cantatrices italiennes qui soignaient
leur voix de tisanes et d'oxygène
quelques pas dans la neige
du feu dans l'âtre
un bol de lait chaud au miel et aux herbes
une randonnée dans les nuages
du fromage fondu sur du pain
une friction d'alcool de gentiane
une sieste sur la terrasse sud
le rire des casse-noix
et du pain de poires séchées
les touristes riches ont conquis de nouveaux territoires
les paysans sont descendus à la ville
travaillent dans la chimie et l'énergie
les anglaises cultivent l'orchidée dans de châteaux d'asie
les allemandes frottent leur peau à des poitrails basanés
les italiennes chantent au piano-bar des casinos
le waldhôtel a perdu son charme et son confort
il n'y a qu'un wc par étage
la douche est commune et le lavabo de caserne
l'eau tiède geint dans le radiateur
le plancher grince et la fenêtre ferme mal
l'épilobe et la ronce ont envahi le jardin
la vallée file vers le sud
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le waldhôtel a fermé
sombré dans l'oubli
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
l'administration en a fait un foyer de requérants d'asile
quelque part dans un fichier central
une liste exhaustive de noms et prénoms
âges approximatifs et nationalités identifiées
destins sri-lankais, kurdes ou kosovars
météores nigérians, somalis ou afghans
le pays a encore verrouillé ses frontières
la quête de l'asile
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le waldhôtel n'est plus un foyer
un bûcheron batave et sa femme en ont fait une pension de montagne
havre pittoresque où flottent encore les fantômes
des anglaises, allemandes ou italiennes
humer ces parfums de femmes
rêver du grain de leur peau
valser sur leurs chansons
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
quelque part sur un fichier central
destins sri-lankais, kurdes ou kosovars
météores nigérians, somalis ou afghans
gravés à la hâte sur la porte de la chambre 301
quelques mots dans un alphabet nouveau et malhabile
la trace de destins de météores
SHQH TAR
SIH MEHMET KISNEHT
KNRTDERLI
MARASLILAR
AKSIL SPERLII
quelque part dans le fichier de l'homme
nous dira-t-on ce qu'ils sont devenus
la vallée file vers le sud
cul-de-sac
qui s'arrête devant une muraille de rocs et de glaces
le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre
4 octobre 2009
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