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vendredi 30 décembre 2011

des hommes en vestes rouges

des hommes en vestes rouges
remontent le couloir plein sud
on dit qu’ils recherchent un prêtre
ou un enfant
ou une enfant
des vieux au bistrot
boivent plus que d’habitude
des femmes allument des bougies
à l’autel de Sainte Thérèse
le car postal est stoppé par des congères

une tête de cochon et des couennes
cuisent dans une marmite
c’est un écœurement et une tristesse

des hommes en vestes rouges
boivent du thé au vin rouge
et se taisent
et se taisent
le commandant dit des banalités
à la journaliste d’une radio locale

puis une chanson
parle de moutonniers d’Ukraine
et de femmes disparues ou vendues

une publicité pour des chaussettes intelligentes
et pour des légumes qui tuent le cancer et la bêtise

le village dormira mal cette nuit
rotant d’amertume
et de fricassée aux choux

les disparitions sont trop grasses
et trop salées

les hommes en vestes rouges
repartent dans des camions mal chauffés
et bruyants d’essieux gelés

30 décembre 2011

dimanche 27 novembre 2011

je te laisse au soleil

je te laisse au soleil
sous les décombres du froid
un vent de fausse neige
et le gel qui monte de l’étang

je te laisse au soleil
aux senteurs de novembre
celle des feuilles acides
et celle des fruits fermentés

je te laisse au soleil
sous le ciel métallique
le vol lourd d’une buse
et les vignes en sommeil

il pleut des certitudes
à la gazette des morts
le cheval du manège
mâche un ennui d’avoine
il pleut une vieille habitude
sous le poirier du dimanche
le cheval du manège
rote une envie de meurtre


je te donne l’incendie
des bannières imbéciles
les lettres de l’huissier
et le bouquet d’immortelles
 
je te donne l’incendie
des farandoles trisomiques
la langueur des siestes
et la musique du vin pétillant

je te donne l’incendie
des souvenirs malsains
les amas de factures
et les devis des prothésistes

il tonne des violons
sur la place publique
le coq de mon hameau
s’inscrit au guignol’s band
il tonne des promesses
sur le saule vaincu
le coq de mon hameau
décompose ses gammes


je charrue ton jardin
sous le contrôle de l’étoile
l’horloge du laitier
et la vanité des réclames
 
je charrue ton jardin
pour le plaisir du merle
l’avance sur le semainier
et le vacarme des semences
 
je charrue ton jardin
au profond de l’amour
la chansons des rideaux
et la soutane des corneilles
 
il gèle un collier de source
dans les draps de Norvège
la frégate fuit le nord
sur la piste des céréaliers
il gèle des libellules
dans les chaumes de givre
la frégate fuit le nord
sur la portée des chants marins
 
27 novembre 2011





samedi 5 novembre 2011

ce vent fait barrage

maintenant un vent
sombre et teigneux
martèle aux tempes
renfrogne et mâche

à défaut de pluie
c’est une mine de charbon
qui s’abat sur le pays

la vigne s’éprend d’une danse mortuaire
la grive est soûle d’ennui et de vermine
la ville se bougonne et s’anthracite


ce vent fait barrage à la pluie
aux deuils et aux agapes
lève une armée de feuilles
de chants glaciaires et mercenaires

Ötzi m’emmène au bal
un tuba serpent une caisse une trompe
un harmonica toundra
un triangle épineux

le lac est pris d’angoisse
dans la pourriture des joncs et des nénuphars
le merle fiente de l’argousier et du gratte-cul
et je sais le renard qui ronfle
sous un ressaut de tuf


ce vent démonte le meccano
des sentiments et des révoltes
la balayeuse de la voirie
emporte le tout et la notice

c’est un vent de samedi
qui déchante et déroute
chauds les marrons et vin nouveau

une corneille sur le clocher
un ciel de chocards et de dettes


c’est un vent qui dégoûte
et qui ravine la cervelle
c’est un vent abortif
et qui corrode la ventraille

c’est un vent qui dessoude la raison
c’est un vent qui dissout le rêve

c’est un vent

5 novembre 2011

lundi 31 octobre 2011

on parle de pécheurs

on parle de pécheurs et d’humiliation
la peine du jour
le pain sombre
le salut vient de la montagne
les rocs qui se délitent
la source qui gicle
et la chorégraphie des tricholomes

on parle de pèlerins et de résignation
une bonne action
les saintes huiles
le salut vient du torrent
le broutard sous les vernes
l’arole qui prie
et la rapille des chocards

on parle des colporteurs et de rémission
le recul de la honte
le pain partagé
le salut vient du couloir
le glacier qui craque
la lampe du bivouac
et le gypaète qui veille

on parle des exilés et de béatitude
le rosaire inutile
le gigot de l’agneau
le salut vient de la ligne de crête
l’étoile qui salue
la falaise qui monte la garde
et le repos de la gélinotte

on parle des morts et d’abandon
le culte de l’héritage
le fromage sironné
le salut vient du ventre de la servante
une voilette qui efface
une larme qui sale l’émotion
et la plainte de l’épervier

31 octobre 2011


les bruits de la vie

les bruits de la vie dans un marteau-piqueur
les bruits de l’habitude
dans une turbine inquiète
les bruits de l’Amérique
dans un nuage acide
les bruits de fin de mois
dans le carnet du lait
les bruits de la pénombre
bien au fond de la poche

et le poème comme une clameur d’étoile


les bruits de la naissance
dans un vieux caméscope
les bruits de l’allégresse
dans une tirelire
les bruits des longitudes
dans le nez de l’avion
les bruits des cinq-à-sept
dans l’hôtel des luzernes
les bruits des sépultures
dans une voilure de rêve

et le poème comme une danse païenne


tous les bruits du travail
dans une buse de paie
les bruits de l’ivresse
sur le zinc du comptoir
les bruits des matelots
à cheval sur les quais
les bruits des vendredis
dans les transports publics
les bruits du pain rassis
trempé dans le potage

et le poème comme une promesse de bal


les silences vendus
aux perrons des mairies
les silences donnés
au vent de la Camargue
les silences qu’on prend
aux naseaux du cheval
et tous ceux qu’on installe
les soirs de demi-brume
et le silence enfin
devant le catafalque

et le poème comme une euthanasie mauve

31 octobre 2011


samedi 22 octobre 2011

pays chanté

pays des ponts jetés sur les torrents
bientôt soulevés déchiquetés et mangés par la ravine
pays des chiens de chasse aboyant dans les vernes
et des braconniers trinquant le vin des glaciers
pays des désespérés qui vont au Rhône
comme leurs veuves iront à la messe
pays des confesses
et des urnes jetées dans les précipices
pays de chœurs d’hommes de sociétés d’hommes
et de servants de messe
pays des régents catholiques
et des évêques germanophones
pays des sommelières piémontaises
et des bergers du Val d’Aoste
pays des vignes arrimées aux rocs
et des alpages voguant plein ciel
pays du gypaète
et de la gélinotte

je chante la rèze
et la bénédiction des fromages
je chante le pain de seigle
et les rogations de février
je chante la reine de l’alpage
et les testaments tirés du chapeau
je chante les fêtes patronales
et les bagarres des bals populaires
je chante les crimes passionnels
et les vignes maudites et la guerre du fluor


pays des hôtels des glaciers
et des fanfares partisanes
pays des porte-drapeaux fiers et benêts
et des rapts de bétail
pays des maquignons d’eau de neige et de vent
et des gardes du pape
pays de musique d’avalanches et de contrebande
pays fanfaron et rustre
pays fier-à-bras et rebelle
pays de retables de chapelles
et de reposoirs à rhododendrons
pays des cimetières sobres
et de partage du pain de Pâques

je chante le veau femelle
et le mariage consanguin
je chante la forêt privée
et la source commune
je chante la croix des missions
et la vinasse des conscrits
je chante un yodle bédouin
et une berceuse cosaque
je chante les amours adultères
les vignes interdites
et la deuxième guerre des pylônes

je chante les amours interdites
et les vignes adultères
et la deuxième guerre des pylônes

22 octobre 2011


lundi 10 octobre 2011

si tu traverses

un message dévoyé
sur la peau d’une orange
un remords distingué
sur un deuil porcelaine
le décompte des fautes
sur le missel des dimanches
et l’œil de la conscience
dans le tiroir du prothésiste

si tu traverses
traverse dans les clous
si tu croises la comète
salue bien bas et mords la queue


une réponse promise
sur le bord du précipice
une corde de rappel
pour le chamois sparadrap
le décompte des os
pour les yeux du bouillon
et l’œil de la justice
sur le poids du destin

si tu traverses
traverse dans les clous
si tu croises la rame omnibus
salue bien bas et sonne l’arrivée en gare


un mot de bienvenue
écrit à la craie bleue
un prénom de fleur
en sanscrit dans le texte
le carnet des moussons
à signer par le père
et l’œil de la charité
dans une sébile en fer blanc

si tu traverses
traverse dans les clous
si tu croises le fleuve
salue bien bas et remercie le gué


une lettre d’adieu
sur un bouquet de violettes
un vent de liberté
sur le lit défait
la chaise des supplices
devant la porte close
et l’œil de la défaite
dans le trou de serrure

si tu traverses
traverse dans les clous
si tu croises le vide
salue bien bas et accroche-toi à l’ange

10 octobre 2011

dimanche 9 octobre 2011

si l'abeille


si l’abeille sait qu’elle va mourir

des pissenlits timides
fleurissent à ras le sol
une gaillarde rebelle
somnole contre le mur
un massif de bruyères
jouit d’un soleil maigre

si l’abeille sait qu’elle va mourir

encore un peu de sucre jaune
encore un peu de jus de fleurs
encore un peu d’épargne et d’espérance

si l’abeille sait qu’elle va mourir

de l’alpe descend un vent mauvais
la bourrasque secoue la giboulée
le soleil meurt bouffé par les nuages

si l’abeille sait qu’elle va mourir

encore un peu de sucre
encore un peu de jus
déjà le froid paralyse

si l’abeille sait qu’elle va mourir

9 octobre 2011


dimanche 2 octobre 2011

cueilleuses de lune

il reste une trace dans le pré
des pas marqués dans l’herbe
une caresse de tissu dans la rosée
et le parfum de la chasse

le sang chaud
la peur et la poudre
l’urine et la tourbe

les cueilleuses de lune sont passées


il reste une braise dans le brasero
un lumignon dans le patio
un frisson de chandail dans le soir
et le parfum de l’automne

la châtaigne grillée
le vin et le fromage
le rire et les chants

les cueilleuses de lune sont passées


il reste une musique dans la chambre
un abandon sur l’oreiller
un frémissement de dentelle sous les doigts
et le parfum de l’amour

le plaisir brûlant
la lavande et le benjoin
le musc et la liqueur

les cueilleuses de lune sont passées


il reste une respiration
le silence

une cueilleuse de lune est restée

2 octobre 2011


samedi 1 octobre 2011

une insulte de carnaval

une insulte de carnaval lancée sur les tréteaux
toute la corrosion dans le regard
du fiel de bœuf
du soufre et de l’antimoine

un éclat de rire trompette
sur la terrasse ahurie
tout l’absurde dans la cervelle
une cravate farce attrape
un cassoulet et une fanfare

un vol d’étourneaux ivres
dans la rue de la soif
toute la dérision dans le biceps
du verjus de raisin rouge
du cuivre et des cordes

une logique d’usurier
sur l’ordonnance des lundis
toute l’incompréhension dans l’artère
du sirop de bruyère
du plasma et des gamètes

1 octobre 2011

vendredi 30 septembre 2011

bondé bouché

la vie est affaire de questions
la réponse est un pas vers la mort

une souris traquée trahie
un corridor bondé bouché
une serrure sans projet sans clef
un tournesol à genoux en guenilles

suffit-il d’un regard ténu
d’une promesse
d’une boîte à lettres
d’un patronyme mis aux archives


la vie est en question
la réponse est un faux pas

un papillon cramé sans carrière
un ciel-de-lit bondé bouché
un rideau déchiré déchirant
un pissenlit soufflé soulagé

suffit-il d’une carotide alerte
d’un prie-Dieu
d’un remords
d’un judas à la porte


la vie hors de question
sans droit de réponse

une grenouille sans queue sans corne
un deuil bondé bouché
une famille sans heurt sans chef
un coquelicot sans feu sans maquillage

suffit-il d’un pansement sur l’œil
d’un chagrin orienté
d’un chemin
d’un amour à la petite semaine


la vie quelle question
la vie sans réponse

30 septembre 2011

jeudi 22 septembre 2011

à quoi pense

à quoi pense la clef
au bout de la cordelette
à l’angélus
au musée
au tabou
il y avait les choses faites
et les choses à faire
jouir du temps posé là
détricoter du rêve
et simplement dire qu’on l’aime
et dire qu’on est bien
à quoi pense la clef

à quoi pense la boîte de clous
sur le bord de la poutre
aux obsèques
au portail
aux portraits
il y avait les choses tues
et les choses à dire
couver la marmaille
compter les cloches
et simplement saluer les mariages
et dire que c’est bien
à quoi pense la boîte de clous

à quoi pense la fourche
plantée dans le fumier
au grand soir
à la choucroute
au loto de la paroisse
il y avait les choses reçues
et les choses à donner
profiter de la pluie
graisser les outils
et simplement payer les ouvriers
et dire que c’est rien
à quoi pense la fourche

à quoi pense le tire-bouchon
sur l’encadrement de la porte
aux baptêmes
à carnaval
au commissaire
il y avait les choses sans prix
et les choses à vendre
solder les maléfices
brader la mitraille
et simplement renouer contact
et dire qu’il est temps
à quoi pense le tire-bouchon

à quoi pense le contrat
sur la table de la cuisine
aux étrennes
au sommeil
à la promesse
il y avait les choses pensées
et les choses à vivre
essorer le destin
sourire à la fortune
et simplement lui dire qu’on l’aime
et dire que c’est bien
à quoi pense le contrat

22 septembre 2011

vendredi 16 septembre 2011

et le poème au carré

et puis c’est ainsi
les soleils mis en boîte
les cartouches de sel
la soif quotidienne
le pas d’un cheval qui boite
et le poème au carré

les femmes en vendanges
portugaises capverdiennes
enrubannées de couleurs et de vent
chantent des refrains traditionnels
un figuier dans sous le muret
un faucon éparpille une récréation de grives


et puis c’est ainsi
des soleils en caissettes
l’épée de noisetier
la peur et les rires
le jappement d’un renard surpris
et le poème au carré

les femmes au marché
artisanes bonimenteuses
corolles ouvertes et patchouli
font des œillades exagérées
le réverbère se retient de pisser
un pigeon bouffe un reste de pizza


et puis c’est ainsi
les soleils en papier bulle
l’escopette en carton
la fringale du goûter
la trompette étranglée du crapaud amoureux
et le poème au carré

les femmes en dentelles
basanées et maquillées de trop
offertes à vendre offertes en pâture
font des promesses qui gonflent
le lumignon rouge sifflote un gigue
une chouette harfang couine bref


et puis c’est ainsi
les soleils glissés sous le lit
l’arbalète distendue
le sommeil par rafales
le feulement d’un fantôme en ribote
et le poème au carré

le poème au carré
le poème dans l’angle
dans l’angle de tir

16 septembre 2011

samedi 10 septembre 2011

jour d'éternité

jour des lavandes et des libellules
jour des paiements et des prises d’urine
jour des réverbérations
jour de lessive et de conciliabule
jour des Amériques et du désert
jour de traversée
jour des Amériques et du désert
oui jour de traversée

jour des chairs nues et des caresses
jour du poisson et du marché aux fleurs
jour des calendules
jour du ménage et des lanternes
jour d’examen et de promenade
jour de procréation
jour d’examen et de promenade
oui jour de procréation

jour des frivolités et des sucreries
jour du tapis rouge et des œillets
jour des accolades
jour de migraine et de congé
jour de transport et de halte
jour d’académie
jour de transport et de halte
oui jour d’académie

jour des fioles et des menstruations
jour de raccommodage et de conserves
jour des amulettes
jour de la courge et des moissons
jour de chasse et de tombola
jour de sorcellerie
jour de chasse et des moissons
oui jour de sorcellerie

jour des crêpes et du sureau noir
jour de la noix et de la pomme d’api
jour des amours neuves
jour de brocante et de rogations
jour d’épouvante et de pluie
jour de clôture
jour d’épouvante et de pluie
oui jour de clôture

jour de la chanson et du vin
jour de l’école et des comptes
jour de vendanges
jour de parole et d’accueil
jour de présence
jour de parole et d’accueil
jour de présence

jour de fête et de déclaration
jour de chambre et de fièvre
jour de soleil
jour d’abandon et de plaisir
jour de salive et de jus
jour d’éternité
jour de salive et de jus
oui jour d’éternité

10 septembre 2011

lundi 5 septembre 2011

septembre s'agenouille

un espace attendu
entre l’herbe et le vent
une respiration
au ventre du bourdon
septembre s’agenouille
devant les linaigrettes
je passe sous le pont
qui mène à l’allégresse
je tends la déconvenue
aux vieilles musaraignes

un miracle lié
au dos des barricades
un ressort qui se casse
au rostre des tortues
septembre dégringole
le long du dévaloir
je franchis la moraine
qui mène à la quiétude
je donne un tambourin
au cœur des bartavelles

un mensonge de plus
au creuset des orages
un faux conciliabule
à table les complots
septembre s’éberlue
aux contes de la lune
je longe les séracs
qui mènent à l’orient
je tends des indulgences
au bouquetin aveugle

un linceul de gentianes
juste avant le désert
un noir effondrement
de rocs et de mystères
septembre se béquille
vers le renoncement
je gravis la montagne
qui mène au sacrifice
je perds la rédemption
dans la chute des pierres

5 septembre 2011

samedi 3 septembre 2011

comme une abeille hémiplégique

comme un abeille hémiplégique
sur un œillet bellâtre
comme un cerceau voilé
comme une plumée de merle
le chemin est futile et éberlué
un poteau muet
une borne inquiète
et la croix des missions
viendrez-vous danser sur les quais
au son des tubas et des horloges

comme un lucane sur le dos
au milieu de la route
comme un puits soudoyé
comme une pêche véreuse
la halte est de dalles et de ronces
un signal de traviole
un carrefour angoissé
et la fontaine tarie
viendrez-vous danser à la station de taxi
au son des clavecins et des tachygraphes

comme une rosalie neuve
sous l’écorce déchirée
comme une scie qui rouille
comme une gerbe de sarments
l’âtre est humide et boréal
un soufflet crevé
un allume-feu somnifère
et le refuge hanté
viendrez-vous danser à la télécabine
au son des fifres et des sonnailles

comme une sauterelle en panne
dans les épilobes
comme un cerf-volant déchiré
comme une gélinotte perdue
l’itinéraire est brisé d’étoiles
un cairn foudroyé
un chamois aveugle
et la crevasse qui prie
viendrez-vous danser dans le pierrier
au son du vibraphone et du dégel

comme un papillon de nuit
attiré par la lune
comme une lampe-tempête folle
comme un météorite qui fume
le bivouac est sacré et minéral
un jus de racines amères
un choucas qui renonce
et le piton qui vacille
viendrez-vous danser dans la voie lactée
au son des hautbois et des satellites

viendrez-vous danser vraiment

3 septembre 2011

jeudi 1 septembre 2011

les souvenirs sont carnassiers

les souvenirs sont carnassiers
d’illusions et d’ambitions
les matins flamboyants
les cerisiers en fleurs
les amours en bouton
et le monde à ma portée

la mémoire salive, déglutit et rote

les souvenirs sont détrempés
d’averses et d’orages
les midis lourds et dangereux
les vernes enchevêtrées
les amours en ravine
et le monde à ma source

la mémoire mâche, remâche et rote

les souvenirs sont en jachère
d’abandons et de fuites
les soirs douteux
les rosiers malades
les amours parasites
et le monde à mon compost

la mémoire rumine un rogaton et rote

les souvenirs sont brûlés
de colères et de vanités
les nuits incendiées
les forêts asséchées
les amours mortes de soif
et le monde à mes cendres

la mémoire vomit, recrache et rote

les souvenirs lâchent leurs gamètes
la mémoire est un viscère

2 septembre 2011

dimanche 28 août 2011

pitié les rides creuses

pitié les rides creuses
pitié la fringale de soi
pitié les minutes perverses
et la lourde tristesse
des fruits trop mûrs
et des soirs qui fatiguent

je sais des maladies
qui prennent à travers champs
qui fauchent les colchiques
et coursent les nuages
je sais des bonheurs brefs
qui lâchent la bride
qui tintent à la cloche frêle
et se mordent la langue


pitié les yeux qui plissent
pitié les soleils fourbes
pitié les sourires assoiffés
et la tendre quiétude
des liqueurs aux amandes
et des soirs qui s’installent

je sais des musiques tièdes
qui roulent le pavé
qui ouvrent les persiennes
et baisent sur les balcons
je sais des joies tranquilles
qui flûtent sur les tuiles
qui lavent les carreaux
et repassent les cœurs


pitié les faux mensonges
pitié l’étoile vraie
pitié l’oiseau de lune
et le chant violoncelle
des heures consumées
et des soirs qui soupirent

je sais des chevaux rebelles
qui frappent du sabot
qui renoncent à l’avoine
et filent dans la nuit
je sais des libertés nues
qui brisent les miroirs
qui jettent le signal
et brûlent les masques


pitié les feux de la forêt
pitié la soupe qui brûle
pitié l’orage abandonné
et la chanson fermentée
des amours de passage
et des soirs qui reculent

je sais des paroles fières
qui trouent la destinée
qui tissent des drapeaux
et percent les tonneaux
je sais la révolte crue
qui casse les prisons
qui repeint la comète
et tricote l’histoire

28 août 2011

dimanche 14 août 2011

un carré de ciel

un carré de ciel
est tombé dans la maison
un vent décontenancé
une virgule d’orage
des nuages verticaux
et une comète à mon chevet

je bois des fanfreluches
et de sang de sureau
je décompte les rêves
et les chagrins des dimanches
j’écris des étincelles
sur un journal ancien


un carré de jardin
est tombé sur la colline
un vent de semailles
une pluie bienvenue
des merles à l’abordage
et une étoile dans l’arrosoir

je bois du carnaval
et une pressée de sauge
je décompte les repos
et le désespoir des prières
j’écris des chants d’orties
sur le salut du monde


un carré de fanfare
est tombé sur la ville
un vent au pas de l’oie
une brassée d’œillets
des plumes de pigeons
et l’anneau de Saturne à la fille d’honneur

je bois des dzim boum boum
et des tonneaux de bière
je décompte les pavés
et la folie des coquelicots
j’écris des libellules
sur un carnet de fête


un carré d’épilobes
est tombé sur le talus
un vent à bout de souffle
une pierre qui tombe
une fiente de chocard
et une météorite sur le glacier

je bois des brouillards vifs
et du jus de gentiane
je décompte les cairns
et l’abattement des cordées de secours
j’écris des avalanches
sur la cloche de la chapelle

14 août 2011

dimanche 7 août 2011

un soleil appuyé

un soleil appuyé sur le dos du lézard
la palabre des chardons dans le matin
le pinceau camarguais du peintre du dimanche
le chant du romarin sur des lèvres blanches
l’effort de la machine à coudre pour zigzaguer l’amour
j’aime à te regarder
quand tu descends du songe

un soleil à genoux aux marches de l’église
la faux transfigurée d’un bouquet de mensonges
l’ordinateur en panne au calcul des sourires
le chant de l’alouette au chevet des moissons
la peine de la machine à coudre pour repriser l’armure
j’aime à te regarder
quand tu regagnes la rive

un soleil qui se vautre sur la dalle des terrasses
le nougat pour le café les glaçons pour la mauresque
le menu par camion le rosé par bonbonne
le chant de l’heure de chambre de sa serveuse asiate
le vain de la machine à coudre pour coudre un abandon
j’aime à te regarder
quand tu danses le quotidien

1 août 2011