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lundi 13 février 2012

ça vit tant que ça peut

ça descend le tropique
sur une castagnette
ça bivouaque les amours
dedans la grosse caisse
ça remue le ménage
des pattemouilles tristes
ça vit tant que ça peut
au comptoir des tavernes
je consigne de faux regrets
dans un buffet de garde-meubles

ça descend les moulins
dans la dérupe du trombone
ça couche dehors l’amertume
sur le clavier du blizzard
ça débusque à minuit
les saletés du sommeil
ça vit tant que ça peut
dans les tiroirs des merceries
je bas-de-laine un amour filial
dans le tiroir des bobinettes

ça descend le pavé noir
sur les clavettes des hautbois
ça tire la couverture
des mensonges distraits
ça frotte de paille-de-fer
les corridors des secrets familiaux
ça vit tant que ça peut
dans le missel des habitudes
je compile des airs grotesques
sur la boîte-à-musique des petits

ça descend la prairie jaune
sur la furie du cymbalum
ça s’allonge sous les jupes
des femelles en ribote
ça s’astique d’inconscience
les jarrets des rumbas
ça vit tant que ça peut
les nuits des fêtes païennes
je brade mes jambes de bois
à l’étal des farces et des mystères

13 février 2012

samedi 7 janvier 2012

écrire une chanson

devant la boîte à lettres
plantée là une évidence
ce sera un jour qui donnera l’ordre
écrire une chanson
sur l’abstinence
sur la désolation des corneilles
sur la généalogie bancale
sur le gel des vignes

je convoquerai le tambour et le tuba
je ferai danser la femme enceinte
les mots arriveront par sarbacane
et par la fiente des migrateurs


face au pare-choc de la voiture
sur le masque effrayé du piéton
une sommation
écrire une chanson
devant le danger
sur la fulgurance
sur les chapons de décembre
sur la surpopulation
sur l’accouplement des renards

j’inviterai le violoncelle et le triangle
je ferai danser la factrice veuve
les mots viendront en recommandé
par avis de saisie
sur ordre de police


au beau milieu du pré
sous l’ombre d’une ciguë
un devoir une promesse
écrire une chanson
par la racine
sur la grivèlerie du coucou
sur la miséricorde
sur l’abus de l’usurier

je marierai le hautbois et la harpe
je ferai danser la chasseuse de papillons
les mots surgiront des trous de taupes
les yeux ouverts et muets
comme un soleil sous la banquise

7 janvier 2012

lundi 2 janvier 2012

il fait bon

chemin de ronde
un faucon pèlerin guette une tourterelle
il dînera de sang chaud et de graisse jaune
dans une grande chambre froide
une servante lave le cul de sa maîtresse
elle cuira de la soupe aux fèves
c’est Sainte Servitude
et il fait bon se taire

chemin des gardes de nuit
un loup-garou guette une jeune fille
il dînera d’interdit et de luxure
dans une garçonnière borgne
une servante lave le cul d’un jeune puceau
elle cuira des haricots au lard
c’est Saint Cochon Pendu
et il fait bon grogner

montée des arquebusiers
un chat-huant guette une souris folle
il dînera de moustaches et de bas résille
dans sa chambre de bonne
une servante lave le cul de son amant
elle cuira des pets-de-nonnes
c’est Saint Colin Maillard
et il fait bon baiser

2 janvier 2012

lundi 26 décembre 2011

je donne la pièce

l’accordéon s’encouble
cul et coudes, tête et genoux
l’ambre et la nacre
poissent sur les ronds de bière

qui redonnera
le souffle des baptêmes et des épousailles
qui actionnera
le ventilateur à courroies

je donne la pièce
au mendiant muet
et vole sa casquette
au singe savant

la rue est un théâtre dansé


le tambourin fait la circulation
coups de klaxons et coups de freins
la gomme et la colère
poissent l’après-midi

qui redonnera
le rythme et le fluide
qui poussera
les manettes du virtuose

je donne un sucre
à l’enfant aveugle
et vole son avoine
au cheval de manège

la rue est une tragédie à répétition


le hautbois ricane
volaille et grenouille, cane et crapaud
la plainte et l’ironie
poissent les bancs publics

qui redonnera
le sérieux et le formel
qui actionnera
la boîte à rire du dictateur

je donne mon ticket
au nain du cirque
et vole son ballon
au chienchien acrobate

la rue joue à guichets fermés
la rue joue

26 décembre 2011

dimanche 20 novembre 2011

avant que le coq

avant que le coq ne chante souiller les murs de la caserne
éparpiller les gerbes
saluer le pavé
remplir le semainier de graines d’espérance
écrire un hymne neuf
réchauffer le café violoncelle
et ronger les peaux de l’habitude

je descends les ruelles
menant au bord du fleuve
il y a bal sur les quais
c’est la fête à Sainte Tempête
la bière est une fausse blonde
c’est le fantasme de la rousse


avant que le coq n’insémine ses poules
apprivoiser les salles d’attente
délier les glycines
embrasser le pavé
remplir le goutte-à-goutte d’une potion de rire
réanimer un ancien chant
émulsionner un sorbet trompette
et ronger les ongles du remords

je descends les ruelles
menant au pré de foire
il y a marché des viandes et des épices
c’est la fête à Sainte Pucelle
le vin de messe est rouge sang
c’est le fantasme des vierges folles


avant que la poule ne ponde
briser les barreaux de la maternelle
semer du myosotis
défoncer le pavé
multiplier les ordonnances d’herbes du bon dieu
exciter le poème
braiser les pistons du tuba
et ronger les os des certitudes

je descends les ruelles
menant au café démocrate
il y a les brandons citoyens
c’est la fête à Saint Suffrage
le jus des urnes est eau-de-feu
c’est le fantasme des légitimes


avant que le coq ne meure
bouffer la poule au pot au sortir des dancings
sucer les pissenlits
tomber sur le pavé
distiller l’absinthe et la gentiane
exécuter l’horrible sonate
tanner la peau du tambourin
et ronger la queue du diable

je descends les ruelles
menant à la place publique
il y a braderie des cœurs
c’est la fête à Sainte Rencontre
le courant continu fait court-jus
c’est le fantasme des nuits de noces

20 novembre 2011

vendredi 21 octobre 2011

et j'écris l'horizon

le silence conquis après les castagnettes
le poumon qui chavire
après le flamenco

j’orbite et je succombe devant ta robe rouge
je plonge et je renonce à la pluie du matin
je dessine une pêche
et j’écris l’horizon


le silence en charpie
après le projecteur
le poumon qui s’effrite
après le charleston

j’horloge et je retarde devant tes escarpins
je grince et je desserre l’écrou de la journée
j’esquisse une figue
et j’écris la luxure


le silence en quinconce
après les arpenteurs
le poumon qui s’évade
après un tour de valse

je tisane et je frissonne devant tes dentelles
je fomente et je projette un vol de nuit
j’escamote une grenade
et j’écris la tornade

21 octobre 2011

mardi 11 octobre 2011

un jour pris au hasard

un jour pris au hasard
dans le calendrier tempête
une tisane trop sucrée
une envie de mystère
une caravane bleu pétrole
un complexe d’étoiles
un confetti sans mise à terre
et un caillou terrible au fond de la poche

c’est le jour des sources
et de la coriandre
c’est le jour de la table mise
et des vins pétillants


un jour de pêche miraculeuse
dans le calendrier repos
des fruits trop sucrés
un besoin d’aventure
une camisole jaune
une boussole en fuite
une chrysalide pygmée
et un boulon grotesque au fond de la poche

c’est le jour des avances
et de la cannelle
c’est le jour des sursis
et des mauresques tranquilles


un jour escamoté
dans le calendrier antarctique
un hareng trop salé
une soif d’hécatombe
une pivoine éclatée
un carrefour macareux
un feu d’artifice boréal
un iceberg pilé au fond de la poche

c’est le jour des Niagara
et des lavandes
c’est le jour des amours
et des passions fraîches coupées

11 octobre 2011

samedi 8 octobre 2011

et vais passer la nuit


le bouleau mort donne au vent sa portée
le corbeau inquiet ronchonne sous son aile
l’orchestre de l’automne ralentit le tempo
le cheval sous le frêne remâche son vieux foin

je découds un serment sur le veston
je fais les poches de la bonne aventure
je file un rond au quartier de la lune
et vais passer la nuit à te prédire


le saule coqueluche tousse ses feuilles
le héron fatigué dort d’une seule patte
l’orchestre de l’automne saute à la croche
le cheval piaffe et regarde l’écurie

je taconne un remords sur la chemise
je vole la monnaie à la mendiante
pour payer la musique à l’automate
et vais passer la nuit à te danser

je ravaude le talon de l’étoile
et vais passer la nuit à te marier

8 octobre 2011


jeudi 6 octobre 2011

valse béquille

armoire grand’ ouverte
robes impatientes
tailleurs sur le départ
falbalas sauterelles
dentelles excitées

par la fenêtre
une musique de fête et de bal
hanches croches swing
poitrines accords tempo

c’est une valse béquille
c’est un tango jambe de bois


orchestre grande soif
bugle desséché
accordéon à glaçons
clavier en colimaçon
basse à la pompe à bière

par le soupirail
des notes soûles et du soul
talons double croches
regards dysharmoniques

c’est un charleston béquille
c’est une mazurka jambe de bois


halle des fêtes grand’ ouverte
bottines pour la marche
pieds nus pour le slow
jupes collées
décolletés éberlués

sous les guirlandes rouges
des airs lascifs et du désir
fesses tendues
pelvis contre pelvis

c’est une valse béquille
c’est un tango jambe de bois

c’est une aventure béquille
c’est une amourette jambe de bois

6 octobre 2011

lundi 26 septembre 2011

je fais mon marché


je fais les courses dans le pré aux libellules
je prends des fleurs toxiques qui puent
je prends des couleurs rares dans des écrins de cuivre
je prends des balles traçantes
je prends des hameçons fluo pour des truites arc-en-ciel
je prends la tangente et la fuite
je prends ton ticket de transport et ton viatique

je fais mon marché dans le grand orchestre du bal
un violoncelle aux herbes
un xylophone à la tomate
un macaron glockenspiel
un accordéon gnocchi
un œuf mimosa et mazurka
un piano safran
un cymbalum à la rhubarbe

je calcule les dépenses des certitudes
et le budget des rires
je calcule l’angle mort
et le diamètre des mariages
je calcule le rêve après la virgule
et le chagrin sous zéro
je calcule les jours impairs sous la lune
et la météo du point rencontre

je fais mon magasin pour les offenses
et les victoires
je fais mon magasin pour les sacrements
et le benjoin
je fais mon magasin pour les amours de deuxième main
je fais mon magasin pour les sourires invendus
je fais mon magasin pour les faillites et les bons offices

j’ai gagné aux enchères le clavier des balloches
et la java des grands-papas
le menuet des lavandières
et le twist des jeunes étrangères
le slow pour les soldats
et la salsa des vieilles tantes
une sardane de curé
et la valse pour les remords

je fais les courses dans le jardin des soucis
je prends une promesse de papillon
je prends un amour à la fraîche
je solde un rire et ses honoraires
je sépare les contrats par douzaines
j’emballe un jour de congé
je fais des escomptes sur les tickets de repas
et distribue les intérêts de vacances

je fais mon marché dans le gibus du chef d’orchestre
un pipeau un triangle une cloche
un clavecin un tuba un sax
un contrepoint un contre un
un pas de deux
un flamenco académique
une valse qui boite
une turlute en syncope
une turlute
une turlute
et chapeau bas

26 septembre 2011

vendredi 23 septembre 2011

c'est du bon temps



c’est du bon temps
de fin d’après-midi
ça sent les derniers foins coupés
le bois humide
et la pomme qui fermente
la vie attend son quatre-heures
c’est l’heure des vaches à la fontaine

je revois mon père
qui fredonne une vieille chanson de rue
en alignant les miettes sur la table

où sont passées les histoires dans sa tête
vers quelle forêt
vers quel tonneau

les cimetières sont des livres qui bousculent
l’oiseau tombé du nid
la fleur coupée
et l’avalanche

je ne revois plus mon père
ses pouces
ses sourcils
et sa démarche
les images sont parties
vers quel alpage
vers quelle vigne

les places du village
sont des musées d’histoires d’amour
les mariages arrangés
les adultères énigmatiques
les veuves et les idiots éberlués

la vie digère sa soupe
et rote un peu la bière

c’est l’heure des chiens qui aboient

c’est du bon temps d’automne
ça sent les premières lies
le brou de noix
et la châtaigne rôtie

je ne parle plus à mon père
il n’entend rien à mon tourment
il a levé son camp
vers quel torrent
vers quel cheval

l’écurie est un lieu camarade
où se partagent les serments
un bon hiver de neige
beaucoup de veaux femelles
et la fille au collège

la vie gigote sur le plancher de bal

c’est du bon temps
ça sent
ça se sent

23 septembre 2011

mardi 6 septembre 2011

et remercie la dame

le poumon de la lune
s’habille de fumée
l’accordéon de l’ange
détricote un sanglot
le soldat du pavé
danse avec le bourreau
les vitrines de cuisses
vendent du sentiment
le réverbère salue
les contrats du plaisir
les mouchoirs renoncent
à recueillir les pleurs

je mouche un rossignol
et remercie la dame
je mouche un rossignol
et remercie la dame


les quinquets de l’étoile
s’habillent de brillants
le trombone du diable
déchire les passe-droits
le préposé à la nuit
danse avec un vicaire
les magasins pour hommes
vendent de la tendresse
la fontaine pissote
les larmes du plaisir
les ceinturons dénouent
le fil de la rencontre

je boucle une rengaine
et remercie la dame
je boucle une rengaine
et remercie la dame


le pinceau de Vénus
maquille sa toison
les fanfares de la vierge
tissent des mazurkas
l’infirme à l’autobus
danse avec le laitier
le marchand de pilules
vend du rêve avorté
la poubelle de la rue
décompte les plaisirs
les godets en plastic
tombent dans la mémoire

j’avale un train de nuit
et remercie la dame
j’avale un train de nuit
et remercie la dame

6 septembre 2011

lundi 15 août 2011

c'est un chant confetti

c’est un chant confetti
qui décore le pavé
un cheval de manège
qui bombarde les cœurs
une coupe de fruits rouges
dans une chambre de nonne
un rythme un peu guimauve
aux fêtes de la vierge

c’est un chant carabine
sur le chemin de ronde
un cheval à bascule
impasse de l’avenir
une voile de crêpe
au crucifix du diacre
un rythme un peu faucille
aux dimanches du peuple

c’est un chant carabosse
qui fait danser les vieux
un cheval de tiercé
sur l’assiette du jour
une fiole de chartreuse
au chevet de l’évêque
un rythme un peu ganache
sur le chemin de croix

c’est un chant de confesse
qui fait rougir les filles
un cheval de bataille
dans les prairies du lit
un bouquet de plaisirs
planté devant le cierge
un rythme un peu salace
au cul de la servante

15 août 2011

dimanche 7 août 2011

ce n'est pas encore le repos

ce n’est pas encore le repos
du mouvement
des sautes de vent dans les chênes
un train de marchandises
un têtu moteur de pompe
et des fourmis désordonnées
s’affairent sur le cahier

ce n’est pas encore le calme
un geste
un ondoiement dans les vignes
un tracteur fatigué de labour
une rumeur d’autoroute
et des fourmis confuses
carrefourent sur le cahier

ce n’est pas encore la paix
un remugle
des roses trémières abimées
une faux dans le sainfoin
un fléchissement du chant des cigales
et des fourmis oublieuses
laissent des mots sur le cahier

29 juillet 2011

l'instant précis

quelque chose vibre dans l’air
un bruit un rythme
un reflet une senteur
c’est un moment précis et clair
l’instant précis
où cela peut commencer

et cela tombe du ciel
comme une averse de juillet
cela bouillonne comme un torrent
cela crépite et cela raconte

quelque chose est tombé
comme une figue blette
un voile un chant
un vacarme une dalle
c’est un moment sourd et lent
l’instant précis
où cela s’installe

et cela rampe
comme une vague du matin
cela envahit comme l’herbe
cela conquiert et cela convoque

je peux jeter mes mots dans la bataille

27 juillet 2011

samedi 23 juillet 2011

saute dans le vent

saute dans le vent
accroche-toi aux églantines
défais le monde est ses barrières
et chante

des portes claquent
des rideaux brûlent
un mégaphone hurle des noms
le bistrot renonce
l’alcool refuse
et le chagrin rapetisse


saute dans la cascade
accroche-toi à l’écume
défais le monde et ses navires
et chante

des motocycles chahutent
des trottoirs craquèlent
la vidéo surveillance rembobine
la pharmacie rabiboche
le pansement marmonne
et le chagrin desquame


saute dans le ciel
accroche-toi à l’étoile
défais le monde et ses routes
et chante

des corbeaux remâchent
des avoines boursoufflent
l’écran clignote des visages
le commissariat renifle
l’identité vacille
et le chagrin dessèche


saute dans la vie
accroche-toi aux cantiques
défais le monde et les mauvais rêves
et chante et chante encore

23 juillet 2011

mardi 19 juillet 2011

l'orchestre plein nord

l’orchestre plein nord
fait renifler la sapinière
un psaume lacustre
un lied charbonnier
le basson dans le dévaloir
et le tuba dans le tunnel
la falaise joue les grandes orgues

l’orchestre grands charrois
fait chanter la locomotive
une symphonie d’acier
un oratorio pneumatique
les pistons les tambours
et les violons les boggies
le torrent affole les cymbales

l’orchestre fenaisons sous l’orage
fait danser le râteau mécanique
une cantate corde à foin
une bourrée dans les gerbes
le bugle des abeilles
et le clairon des agapes
la porte de la grange bat la mesure

l’orchestre noire avalanche
fait vibrer le barrage
une sonate nuit d’alpage
un yodle gypaète
le premier violon dans les cordes
et le trombone au ruclon
le talus boite une syncope

l’orchestre nuit sans lune
fait s’accoupler les fantômes
un hymne surrénal
un grégorien catacombes
les hautbois les arolles
et le pipeau sac de pives
le reposoir libère les plaisirs d’amour

19 juillet 2011

lundi 4 juillet 2011

une étincelle dans la limaille

une étincelle dans la limaille
un autodafé du code civil
il pleut des perce-oreilles
de l’abricotier sacrifice
un épi de blé dans la chaussette
une chanson pour géomètre
il neige des pollens aigres
du bosquet des sorcières

et ce paquebot bourré de fiel
traversant des misères et des exils


un allume-feu dans la grange
une ordonnance pour l’insulte
les cigales sont occupées
sur les poteaux du téléphone
un signal de détresse
dans une bouteille de fuel
l’alphabet des libellules
dans la marge de l’étang

et ce rafiot cousu de tendresse
ramenant dans ses cales des sirènes à marier


une allumette Bengale
sur le bal des vampires
il tombe des sanglots
sur des amours brisées
un ilotier manchot
au carrefour des doutes
des crayons à colorier
les passeports de l’inculte

et ce voilier de lune
tirant des bords vers la fortune

et ce voilier de mensonge
tirant des bords vers la fortune

4 juillet 2011

mardi 28 juin 2011

ceci a été dit

je viens d’un pays
où les fleurs sont sales et difformes
où les maisons ont trois verrous
pour la honte l’argent et le mensonge
où les femmes agenouillées
sculptent des rosaires de mauvaise peine

ceci a été dit
sans venin ni grabuge
il l’a dit sans même regarder
ses mains qui pleuraient


je viens d’une ville
où les lampadaires dansent un vieux jerk
où les cafés ont trois alcools
pour le cœur le ventre et les pieds
où les soldats jouent de l’harmonica
pour une vieille infirmière

ceci a été dit
sans reproche ni surprise
il l’a dit sans même regarder
ses compagnons qui buvaient


je viens d’une rue
où les arrière-cours chantent et ripaillent
où les boîtes à lettres ont trois prénoms
la mère la fille et leur amant
où les anges dorment dans les fleurs de sureau

ceci a été dit
sans ivresse ni fanfare
il l’a dit sans même regarder
ses pieds qui dansaient
ses pieds qui dansaient

28 juin 2011

dimanche 26 juin 2011

ce chant d'oiseau

ce chant d’oiseau est inutile
les petits ont quitté le nid
le vieux matou est mort
sur la grand-route
ce chant d’oiseau est inutile
je te plais tu me plais
ça suffit
nous plongerons dans les jonquilles
un matin d’avril

ce chant d’oiseau ne sert à rien
les étoiles ne s’éteignent pas
la fouine bouffe du caoutchouc
sur le parking
ce chant d’oiseau ne sert à rien
je te plais tu me plais
c’est bien
nous plongerons dans la bourrache
un jour de mai

ce chant d’oiseau est ridicule
l’horloge cherche quatorze heures
les graines de chanvre fermentent
dans le gésier
ce chant d’oiseau est ridicule
je te plais tu me plais
c’est lundi
nous plongerons dans les tagètes
un soir de juin

ce chant d’oiseau est énervant
le réveil a posé ses congés
la caravane rouille
sous l’églantier
ce chant d’oiseau est énervant
je te plais tu me plais
il fait soleil
nous plongerons dans les orties
à la Saint-Jean

26 juin 2011