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mardi 10 janvier 2012

ici le fleuve charrie

ici le fleuve charrie
ici le fleuve n’est pas un ami
on ne descend pas vers lui
comme on descend en ville
comme on va vers la fête
comme on cherche des rencontres

c’est le territoire des blaireaux
des chiens borgnes et des harets
nulle femme nul coquelicot
les saules écorchent les mensonges du vent


ici le fleuve ronchonne
ici le fleuve use ses vilenies
on le craint on le chante
on le pique on l’agace

c’est la banlieue des renégats
des ventriloques et des manchots
nulle femme nulle pervenche
les peupliers étouffent les promesses du vent


ici le fleuve digère
ici le fleuve dissout les âmes
la vraie vie est tenue à distance
des barbelés des gravières
des passerelles abandonnées et d’anciens moulins

c’est le corridor des amours mortes
des sentiments cadenas
des valises éventrées
nulle femme nulle jonquille

ici on fait le mort
ici on joue la fin
seul un landau sur la berge

les argousiers ébouriffent ce qu’il reste de vent

10 janvier 2012

jeudi 5 janvier 2012

je lis et déchiffre

c’est une hargne
c’est un vent bûcheron
le chat boude et le merle se renfrogne
un camion a perdu son chargement de légendes
l’espoir est ébouriffé
et la bardane s’accroche à mon chandail
je lis et je déchiffre la passion des rideaux

c’est marche ou crève
c’est un vent Caterpillar
le chien se plaint et la perruche est désaccordée
un car postal hisse la grand-voile
l’envie est sur le marchepied
et la cardère annonce un temps de guerre
je lis et déchiffre la démarcation et les meurtres

c’est une exécution
c’est un vent escopette
le cheval tape du pied et la bergeronnette prie
un train omnibus file jusqu’à l’océan
le désir est à la resquille
je lis et déchiffre sur les lèvres les gémissements du plaisir

5 janvier 2012

dimanche 21 août 2011

au comptoir des couleurs

au comptoir des couleurs
un quarteron de libellules
une trousse de maquillage
une corbeille de fruits
les plumes du corbeau
les dents du charbonnier
le veston du colvert
l’eau verte de l’étang
ton caractère de miel
et ta peau d’abricot
le nez rouge de l’artiste
de la craie sur les joues
au comptoir des couleurs
j’ai retrouvé mes billes

au jardin de la pluie
des perles vif argent
un arrosoir de lune
un torchon de nuage
les yeux de l’escargot
la sève des laitues
les percus de la vitre
et les pleurs de rideaux
ton sourire de naïade
le goût de ta marée
le ruisseau qui grossit
des larmes du plaisir
au jardin de la pluie
j’ai planté Cupidon

au magasin du rire
des hyènes à la douzaine
des pics en contredanse
un sachet de surprises
la mèche d’un pétard
des casseroles en cuivre
la bombe à fausses moustaches
les chansons à tiroir
ta langue qui chavire
et tes mots en cristal
la métaphore en toc
les rigoles de l’amour
au magasin du rire
j’ai vendu du non-sens

21 août 2011

dimanche 22 mai 2011

c'est un vent de ficelle

c’est un vent de ficelle
hou ! hou ! la balancelle

la fable qui renonce
à la moralité
voilà l’agneau fidèle
qui ronge un pied-de-loup
la prière qui mâche
un notre père inquiet
voilà le renard fantôme
qui gobe l’œuf du héron
la nouvelle qui tombe
sur le kiosque à musique
voilà la cigale repue
qui suce un millésime

c’est un vent de drapelle
et zou ! la balancelle

le chapitre qui crie
haro sur le coupable
voilà le corbeau borgne
qui plaide la folie
le kyrie qui sonne
un remords postiche
voilà le blaireau discret
qui fouisse le jardinet
la manchette qui hurle
sur la place publique
voilà le merle confus
qui siffle un hors-jeu

c’est un vent de ramassoire
et hop ! la balançoire

le paragraphe qui pleure
une nécro de nègre
voilà le vautour muet
qui signe une charogne
le requiem qui danse
une fourrure de chat
voilà le fol épervier
qui bat des œufs en neige
le sous-titre qui ment
le mobile du crime
voilà le crapaud éteint
qui enserre son ombre

c’est un vent de repoussoir
et vlan ! la balançoire

le journal qui tisse
la corde du pendu
voilà l’alouette ivre
qui dénonce le vent
la messe qui recule
devant nos péchés
voilà la louve veuve
qui croque l’agneau hallal
la une qui insulte
le droit du bon sens
voilà la vipère têtue
qui mord le pardon

c’est un vent d’abattoir
et stop ! la balançoire

22 mai 2011

samedi 30 avril 2011

le chat mange un lézard

le chat mange un lézard
faridondaine et maître queux
le chat mange un lézard
prendra ma chaise et ma place au soleil

le chat mâchouille une grenouille
faridondaine et maître queux
le chat mâchouille une grenouille
prendra mes amours et ma princesse

le chat dévore un rouge-gorge
faridondaine et maître-queux
le chat dévore un rouge-gorge
prendra mes révoltes et mes chansons

le chat grignote un papillon
faridondaine et maître-queux
le chat grignote un papillon
fera des rêves et des crottes en couleur

le chat chipote une araignée
faridondaine et maître-queux
le chat chipote une araignée
sucera ma cervelles et mes idées

faridondaine tant pis pour lui
faridondon bien fait pour lui

30 avril 2011

samedi 16 avril 2011

coucou est revenu

dans une boîte en fer blanc
des mots reclus
sans envergure sans entregent
un geste fermé sur l’oubli
des bribes du monde
grincent aux jointures d’un sourire
le ciel peut bien s’énerver
coucou est revenu dans le vallon

dans un cabas des lundis
des mots fatigués
sans nerfs sans couleurs
un geste éteint sur les envies
des soldes de rencontres
se bradent au plus offrant
le ciel peut bien s’effriter
coucou est revenu dans le vallon

dans un sac de farine
des mots teigneux
des vers blancs des rimes moisies
un geste déboité sur le tangage
des lambeaux d’illusions
gondolent sur le papier peint
le ciel peut bien jaunir
coucou est revenu dans le vallon

dans un cageot potager
des mots germés
en promesses en boutons
un geste éclaté dans un bugle de printemps
des grappes de désirs
remontent les artères
le ciel peut bien s’évader
coucou est revenu dans le vallon

16 avril 2011

samedi 2 avril 2011

je croque une pomme

à un jour près
il est temps d’inonder le pré
de marcher dans la vase
de surveiller les chauve-souris
le vigneron sulfate sa vigne
le cheval s’impatiente
je croque une pomme
et je ris avec le pic épeiche

à une heure près
il est temps d’arroser les pivoines
de s’allonger sur l’herbe
d’agacer le bourdon
le vigneron respire le soufre et le cuivre
le cheval gratte du sabot
je croque une pomme
et je bisse le chant du merle

à une minute près
il est temps de saluer le facteur
de boire un sirop d’orgeat
et de suivre le vol nuptial du rouge-queue
le vigneron fait un feu de sarments
le cheval hennit et rue
je croque une pomme
et je prête une rime au rouge-gorge

à une seconde près
il est temps d’ouvrir le cœur et la fenêtre
de respirer le printemps
de guetter ton réveil
le vigneron boit son vin au goulot
le cheval se roule sur la terre humide
je vais croquer la pomme
tu nages en plein soleil

2 avril 2011

lundi 28 mars 2011

aux vitrines du monde

du bosquet de frênes
aux vitrines du monde
le vol d’un oiseau
un épervier
sans doute
la flèche de son vol
partage le vallon

c’est une colère plein nord
qui déboule de la pente
rocs et troncs
larmes et brisures
le sérac vacille
le glacier craque
demain un autre monde
un nouveau torrent dans le couloir

la palombe inquiète
meurt
nuque brisée
par les serres

du bosquet de frênes
aux nouvelles du monde


de la haie d’ormeaux
aux vitrines du monde
le vol d’un oiseau
un pivert
sans doute
la vague de son vol
boursouffle la clairière

c’est une furie plein sud
qui ronge le talus
racines et caillasses
larmes et fêlures
le mur déroche
la vigne dévale
demain un autre monde
un nouveau sentier dans les terrasses

la grive fébrile
tombe
poitrail ouvert
par la grenaille

de la haie d’ormeaux
aux nouvelles du monde

28 mars 2011

dimanche 20 mars 2011

le merle du dimanche

des gens s’en viennent à l’église
en costume en corbillard en landau
on agite un mouchoir
on écrase un mégot
le chagrin qui s’avance
assomme une prière
le merle du dimanche
a cassé son refrain

des rats remontent vers le caniveau
en cortège en déroute en aventure
on sonne la flutiste
on affame les chats
le chagrin qui s’installe
dépiaute un chrysanthème
le merle du dimanche
a bousillé son nid

des amoureux s’éparpillent dans les bosquets
en menuet en fanfare en ribote
on gazouille dans l’herbette
on tire le rideau
le chagrin qui fout le camp
sifflote un hosanna
le merle du dimanche
lui a bouffé la cerise

20 mars 2011

dimanche 13 mars 2011

jour de mars

sépia de lumière sur les vignes
le monde est à l’arrêt
matin de mars matin d’attente
un pic en habit du dimanche
foulard rouge et culotte rouge
tambourine son amour
sur un poteau télégraphe

son désir est si fort
que seul un tsunami nippon fait réponse


blanc de titane sur les bouleaux
le monde est en sommeil
jour de mars jour de passage
deux pies en redingote
chemise blanche et veston bleu nuit
se chamaillent le décor du nid
sur un frêne excessif

leur querelle est si forte
que seul un printemps arabe fait réponse


coulée anthracite sur la forêt plein nord
le monde est en partance
soir de mars soir d’exil
trois merles en costume
chapeau noir et paletot noir
chantent la fin du jour
sur le saule de l’étang

leur chant est si clair
que seul ton sourire fait écho

demain le vent peut se lever

13 mars 2011

lundi 7 mars 2011

à peu près les notes

à peu près les notes d’honoraires
pour un contrat sur le vide et l’oubli
une rencontre de soi-même dans un miroir forcené
un appel d’air dans les amitiés fourvoyées
un désir de se perdre dans les corridors sanitaires
et les fenêtres foraines

tu viens ma louloute
y a des saucisses moutarde et des bières rousses
des fleurs en plastique et des champions du monde
viens ma louloute


à peu près des notes de crédit
pour un contrat sur l’ennui et l’oubli
un concours de célibataires pour une chambre à coucher
une parure de literie panthère
un désir de se perdre dans les ambassades torves
et les bals costumés

tu viens mon chéri
y a du flamenco et de la sangria tiède
des peluches de taureaux et des Carmen en fusion
viens mon chéri


à peu près des factures non soldées
pour un contrat sur l’immonde et l’oubli
une candidature sur la table de chevet
un petit cadeau dans la bottine
un désir de se perdre dans les escaliers de service
et les flonflons démocrates

tu viens ma gironde
y a du jambon au porto et du porto
des tombolas miraculeuses et des députés tout neufs
viens ma gironde


à peu près des avis de saisie
pour un contrat sur la peur et l’oubli
une destinée désaccordée hors de portée
un semainier vide sur le lit
un désir de se perdre dans la première lueur de l’aube
et le chant des matines

tu viens mon fantôme
y a des feux follets et du vin de calice
des chasubles en latex et des prêtresses folles
viens mon fantôme

7 mars 2011

jeudi 27 janvier 2011

geindre ou se plaindre

une écharpe en poil de chevreuil
sur la porte du stand de tir
quelques canettes de bière
une bottine en plastique
un carnet d’adresse
un plan de Mexico sur du papier kraft

geindre ou se plaindre quelle importance
gémir ou frémir quelle élégance


un chapeau à queue d’écureuil
au vestiaire de la piscine
une brique de vin rosé
un sabot de cuisinier
un almanach d’école ménagère
un plan de Carcassonne sur un faux parchemin

feindre ou se plaindre quelle avanie
faillir ou frémir quelle ironie


un pardessus en laine de chameau
sur la barrière de la douane
un thermos de thé à la gnole
un tricouni à bout ferré
un livre d’or de cabane
un plan de Zermatt en cuir de vachette

craindre ou se plaindre quelle rémission
subir ou frémir quelle dérision


un gilet pied-de-poule
sur le fauteuil du barman
un shaker d’eau miraculeuse
un escarpin de reine de la nuit
la carte des whiskeys
un plan de Toronto sur grand écran

ceindre ou se plaindre quelle fortune
trahir ou gémir quelle rancune


des collants en soie de pivoine
sur la poignée de la porte
une coupe de spumante
un pied aux ongles peints
l’art d’aimer écrit en braille
un plan du lit sur un carton d’invitation

étreindre ou se plaindre quelle insolence
mourir ou gémir quelle différence

épreindre ou se plaindre quelle exigence
mourir ou gémir quelle impudence

27 janvier 2011

mardi 30 novembre 2010

la nuit monte vite

la nuit monte vite
sur le marais de l’ancien fleuve
un héron maussade
sommeille sur un tronc de saule
les roseaux se taisent
et regrettent les rousseroles
je fume du tabac gris
sur le trottoir du vide
je fume
et décompte les amitiés vieilles

la nuit monte vite
sur le canal de brume
une foulque agacée
broute de l’herbe brune
les joncs se taisent
et regrettent les phragmites
je fume du tabac jaune
sur la passerelle du doute
je fume
et décompte les querelles tenaces

la nuit monte vite
sur les vergers de fatigue
une pie taciturne
dépiaute une pomme tombée
les chardons se taisent
et regrettent les bouvreuils
je fume du tabac brun
sur le quai des ruptures
je fume
et décompte les actes manqués

la nuit monte vite
sur le bosquet de peupliers
une troupe de corneilles
s’installent pour la nuit
les bardanes se taisent
et regrettent les rouge-queue
je fume du tabac noir
je fume
et décompte les espoirs avortés

la nuit monte vite
la nuit monte trop vite
je fume
et décompte une vie sorcière

30 novembre 2010

mardi 23 novembre 2010

les grands labeurs de l'automne

jeter les feuilles mortes aux grandes orgues
carder les épilobes à la fenêtre
chausser les sabots pour la mousson
façonner des boutons d’os et de corne

les grands labeurs de l’automne
font l’échine ronde et les cals

bénir le jardin
tisser une corde
saler les choux
embrasser sa mère
écrire à un ami


balayer les factures devant la porte
cuire et recuire la marmelade de coing
couper l’élastique des chaussettes
tricoter une écharpe de haine

les grands labeurs de l’automne
font la cervelle aigre et l’insomnie

aiguiser la faux
retendre la corde à linge
huiler la bêche
saluer son père
apprendre une chanson


brûler les remords pleins de vermine
fumer le petit lard sous le hangar
graisser le ressort des souricières
coudre une doublure au vieux chandail

les grands labeurs de l’automne
font les épaules lourdes et la migraine

tailler le poirier
fermer le jardin
bercer le rosier
embrasser sa femme
écrire un nouveau poème


les grands labeurs de l’automne
font le regard fatigué et la mélancolie

embrasser sa femme
récrire le même poème
et passer l’hiver

23 novembre 2010

vendredi 19 novembre 2010

qu'à démesure

il n’y a de mesure qu’à démesure
il n’y a de chant qu’à contrechant

un bout de parchemin
en robe du soir
une lettre d’amour
en nuisette ajourée
un certificat médical
en chemise à carreaux
un avis de droit
en petite liquette

c’est du Mozart en béchamel
c’est du Mahler en garbure
comment dit-on
comment dit-on les manques et les envies


il n’y a de mesure qu’à démesure
il n’y a de danse qu’à contredanse

un pacte du jour
en papier d’Arménie
un salut solennel
en buvard jaunâtre
un sacrement de nuit
en carton bitumé
un contrat sans témoin
sur une liste mailing

c’est du Mozart en béchamel
c’est du Satie à la ficelle
comment dit-on
comment dit-on les manques et les envies


il n’y a de mesure qu’à démesure
il n’y a de point qu’à contrepoint

un silence avoué
sur le porte-manteau
un regard receleur
sur la poignée complice
une promesse à défaire
sur le sentier trahi
un ordre ravalé
au bloc opératoire

c’est du Mozart en béchamel
c’est du Schubert en rémoulade
comment dit-on
comment dit-on les manques et les envies

19 novembre 2010

mardi 9 novembre 2010

un vieux cheval fourbu

un vieux cheval fourbu
me fourvoie les méninges

la pelisse fatiguée
d’un chagrin ordinaire
le regard un peu faux
de tendresse soldée
la musique des bronches
du carrousel fantôme
le portemonnaie marron
au zinc des cacahuètes
l’exéma du bitume
dans le champ de luzerne
l’ascenseur de l’étoile
au palais des stigmates
l’ennui à quatre mains
des pivoines et des roses
et la fenêtre ouverte
sur le bal des martyres

un vieux cheval fourbu
me fourvoie les méninges

l’éponge délaissée
d’un chagrin anthracite
les galets de la grève
sous la marée des flics
une envie de sourire
au crabe trisomique
le coucou mécanique
sur l’écran de contrôle
la marmelade tiède
sur le pain du lundi
le ticket du toubib
pour le transport de l’âme
le corset de la dame
de la plage lombaire
la bière moussaillonne
du rafiot fossoyeur

un vieux cheval fourbu
me fourvoie les méninges

la cravate nylon
d’un chagrin au rabais
la péninsule noire
d’un quartier oublié
le bouquet de tulipes
à l’arrêt d’autobus
le filet grand veneur
à la roulette russe
le parfum en bidon
dans le métro du soir
le saxo cabossé
sur le mur de l’école
la leçon de conduite
sur une carte postale
le gain de la loterie
selon le plan de guerre

un vieux cheval fourbu
me fourvoie les méninges

les cuissardes crottées
d’un chagrin de banlieue
le renard orphelin
au vestiaire de la crèche
la sucette framboise
dans la poche du maître
le salaire consterné
devant le frigidaire
le vrai portrait robot
sur le permis de séjour
le moineau électrique
dans la lanterne rouge
le rideau de velours
sur le néon grésille
et la tendresse enfuie
dans un papier kleenex

un vieux cheval fourbu
me fourvoie les méninges
un vieux cheval couché
me fourvoie les méninges
et fait le décompte du reste

9 novembre 2010

dimanche 31 octobre 2010

je regarde le talus de vignes

une sauterelle sabre
est posée sur la vitre
une patte en allée
les yeux affolés
d’une espionne presbyte

elle a perdu la bataille
elle a perdu sa guerre

elle vivra jusqu’au jour des morts
le vent aigre et sournois
l’emportera

je regarde le talus de vignes
et me demande bien
où est passé le gardien
de l’usine à rêves
qui a volé le protocole
à quelle heure est parti le coucou


un vieux pied de chou
a ployé sous son poids
la tête déchirée
vaincu par les pucerons
pourri dans le trognon

il a perdu la bataille
il a perdu sa guerre

il ne servira à rien
une brouette grinçante et rouillée
l’emportera

je regarde le talus de vignes
et me demande bien
où est passé le cuisinier
du temps
qui a volé la jardinière
à quelle heure est partie la coccinelle


un coing a pourri
sur son arbre
boursoufflé rose
sucé par les guêpes
becqueté de moineaux

il a perdu la bataille
il a perdu sa guerre

il tombera sous le gel
une corneille grise et malade
l’emportera

je regarde le talus de vignes
et me demande bien
où est passé le copiste
du bréviaire aux serments
qui a volé l’encrier
à quelle heure est parti le garrot à l’œil d’or

31 octobre 2010

vendredi 29 octobre 2010

je suis au monde

un soleil
maigre
glisse
dans le lac

c’était hier
c’est aujourd’hui
et c’est demain

c’était
il y a mille ans
ce sera ainsi
tant que ce lac sera

un parfum d’ambre
une femme passe
dans l’allée

je suis au monde

et la sérénité
agenouillée
sur la grève

je suis au monde

un soleil
malade
couché
dans le lac

c’était hier
c’est aujourd’hui
et c’est demain

c’était
au commencement de l’étoile
ce sera ainsi
jusqu’à la disparition des forêts

un mouvement de l’air
une femme passe
dans l’allée

je reste au monde

et l’abandon
nu
dans les roseaux

je reste au monde

jusqu’au dessèchement
du fleuve

29 octobre 2010

mercredi 27 octobre 2010

première brindille

première brindille
j’ai mis dans l’allumette
un souvenir d’enfant
un dimanche de pluie
et deux chagrins écornés

première bûchille
j’ai mis en allume-feu
une nuit blanche
un baiser troublé
et deux chagrins d’amours

première bûche
j’ai mis en boutefeu
une rencontre avortée
une trahison grise
et deux chagrins promis

dernière brindille
j’avais mis
un mensonge
une bille volée
un chagrin du matin

dernière bûchille
j’avais mis
un émoi
une rupture vive
un chagrin du soir

dernière bûche
j’avais mis
une fuite
un aveu torturé
un chagrin de nuit

toute la charpente
j’avais omis
une promesse
un serment donné
un chagrin d’automne

27 octobre 2010

dimanche 24 octobre 2010

une à une

une à une
les serrures tombent
les paroles circulent
et les regards et les prénoms
l’une apporte le miel
l’autre la cannelle
dans une bouilloire de cuivre
chante l’eau du glacier


une à une
les portes s’ouvrent
les rires s’évadent
et les œillades et les diminutifs
l’une apporte les huiles
l’autre les encens
sous les dentelles
frissonnent les peaux d’ambre


une à une
les fenêtres éclatent
les soupirs s’envolent
et les baisers et les câlins
l’une gémit
l’autre se pâme
sous les caresses
se dressent les fiers tétons


une à une
les braises pétillent
les plaisirs explosent
et les cris et les liqueurs
l’une s’extase
l’autre suffoque
sous les bouches
s’embrasent les corps
et se calcinent les cœurs

24 octobre 2010