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dimanche 12 février 2012

ça cogne aux portes

ça cogne aux portes
ça cogne aux volets clos

ouvre dégage respire
le bonheur est aujourd’hui
prends-le comme un pré de fauche
comme une corbeille de pommes reinettes
comme une brebis de tonte
le bonheur est aujourd’hui

demain seront les débâcles
les incendies
les floraisons
demain les étendards farouches
les vents de la taïga
et les loups malpropres


ça cogne à l’angélus
ça cogne à la cloche fidèle

ouvre éclate marche
le bonheur est aujourd’hui
prends-le comme une parade de busards
comme un lapin dépecé
comme un plongeur sous la glace
le bonheur c’est maintenant

après seront les chutes
les incendies
les débats amoureux
après les virus asiates
les perditions mégapoles
les directives d’état


ça cogne aux nouvelles
ça cogne aux banquets des familles

ouvre accueille respire
le bonheur c’est maintenant
prends-le comme un vin pétillant
comme un chant de seigle
comme le lucane sous l’écorce
le bonheur est ici

après seront les avalanches
les incendies
les pivoines gelées
après la pelle du fossoyeur
la reddition des braves
la fuite des renards


ça cogne
le bonheur est
prends-le comme un ciel de nuit
ouvre peins et jouis
ça cogne
vraiment



12 février 2012

mercredi 8 février 2012

on invente des méridiens

on invente des méridiens autistes
pour la bascule des rencontres
un transat rouge sous la pluie
le hall formica d’un hôtel sans étoile
le roc du faucon sous la glycine sauvage
la ruelle corridor qui ouvre sur la mer

on invente des méridiens blasphèmes
pour les lundis sous la couette
un hamac angora sous le figuier
le guichet plexiglas du bureau de change
le trou du prunelier pour le pinson distrait
la place aux pavés rouges qui parle l’italien

on invente des méridiens funambules
pour le vertige des caresses
une bergère de velours dans le boudoir
le guéridon de bois beige dans la salle d’attente
le tambour de bois mort pour le pic amoureux
le préau de la paroisse où fane la charité

on invente des méridiens aphones
pour les miracles d’orchestres
un lutrin de fer-blanc à jeter dans la fosse
le tabouret bakélite du chef régisseur
le perchoir pipeau de la gentille alouette
l’escalier du théâtre qui monte vers le glacier
 
on invente des méridiens sans limite
pour les aventures du désert
une natte de soie bleue dans la yourte plein vent
un autel de mollasse pour les dieux de fatigue
un fouillis de branches pour le bec-en-sabot
la margelle de pierres blanches où dorment les outres
 
8 février 2012

samedi 4 février 2012

quand la chambre s'arrête

quand la chambre s’arrête
au portail du risque
prends des nouvelles des confettis
de leur descendance dans le siècle
la musique est un peu grinçante
quand le chagrin remonte de l’acide
il manque une croche à ma savate
quand l’étoile est sous perfusion

quand la chambre s’arrête
à la porte de l’aventure
prends des nouvelles des nez-rouges
de leur épidémie de peste
la musique est un peu gargote
quand le destin recuit des vins madères
il manque une noire à ma bottine
quand l’étoile est sous dialyse

quand la chambre s’arrête
au seuil des habitudes
prends des nouvelles des ronds de bière
de leur brasserie génétique
la musique est un peu bancale
quand la promesse se fait la malle
il manque une blanche à mon sabot
quand l’étoile est sous oxygène

quand la chambre s’arrête
sur le rebord de l’abandon
prends des nouvelles des fanfarons
de leurs partitions mammifères
la musique est un peu syncope
quand le bon sens est biscornu
il manque une ronde à ma chaussure
quand l’étoile est dans le coma

4 février 2012

mardi 31 janvier 2012

ils disent

ils disent que le soir va vieillir  

des enfants tissent des couvertures
en poils de fakirs
leurs sœurs inventent des insectes
aux mandibules pur sucre
les rues tricotent des bancs publics
sur le bitume glabre
je joue au jeu distrait des candélabres
qui se trompent et se cognent


ils disent que le soir va refroidir

des chiens rongent
des squelettes de fantômes
leurs petits tètent au drugstore
des sodas alchimistes
les rues brodent des prénoms
aux boites à lettres posthumes
je joue au jeu de dames
qui se cherchent et se lèchent


ils disent que le soir va s’inquiéter

des policiers rôdent
dans les coulisses du théâtre
leurs femmes cousent des galons
aux paletots des vampires
les rues ravaudent des jarretelles
aux persiennes des chambres
je joue au jeu du magasin
qui vend des rhumes au soleil


ils disent que la nuit va crever

des renards marquent le territoire
dans le jardin public
leurs corbeaux menacent
de crever les yeux de la fromagère
les rues faufilent des cartes de crédit
aux loubards de la banque
je joue au jeu du pendu
qui gigote dans le confessionnal

31 janvier 2012

mardi 24 janvier 2012

pour les sourires

j’avais dans mes bagages
un concerto pour oreillard
une querelle de tulipes
un ticket pour enterrement
une tenaille pour les pardons
des épices pour les sourires
et des chagrins lyophilisés

j’avais dans un fond de poche
un chant de guerre polonais
une bouderie d’œillets blancs
la bonne clef de la salle d’op
le bistouri des jours heureux
de la guimauve pour les sourires
et des serments empaquetés

j’avais au creux de la main
un refrain de fin du monde
une dispute de pivoines
un passe-droit pour la morgue
un chasse-clou pour les remords
du sucre glace pour les sourires
et des colères reprisées

j’avais peut-être dans la tête
un rythme de Neandertal
une fâcherie de myosotis
le digicode du baptême
le tournevis des jours sans fin
du perlimpinpin pour les sourires
et des bonheurs envenimés

24 janvier 2012

mardi 17 janvier 2012

le poème vibre

on appareille sur des busards
pour arpenter les marécages
on compte les couleuvres et les râles
ici la solitude est bannie
il y a tant d’insectes
que mille Japon et la banlieue de Bogota
tant de vies et de morts à la fois
le poème vibre de tant d’élytres et d’abdomens
la chanson du cloaque

on quitte la terre sur des émerillons de feu
pour incendier les forêts
on compte les pives et les roitelets
ici l’insouciance est mise à ban
il y a autant de mousse
que la laine de cent mille moutons d’Islande et d’Ariège
tant de cris et tant de crottes
le poème fermente dans les gésiers et les ventres
la chanson du pylore

on funambule sur des palombes castillanes
pour mesurer les arènes
on compte les orangers et les faucons
ici la vie est en sursis
il y a autant de sable
que cent Sahara et la plage de Sète
tant de coquillages et tant de couteaux
le poème gonfle de marée et de miasmes
la chanson des viscères

17 janvier 2012


jeudi 29 décembre 2011

je traverse le poème

la forêt respire avec bruit
fanfare de carnaval
sortie en ville des recrues
premier jour de solde chez le casse-noix

les troncs se tordent
les branches cassent
tornade de poche
dans le talus du vallon

je traverse le poème
qui te parle d’amour


la forêt s’ébroue et se repeigne
massage de l’épaule
conversation chez le coiffeur
jeu de dînette chez l’écureuil

l’écorce console
la racine rassure
trêve de l’ivresse
dans le bal des feuilles mortes

je traverse le poème
qui te parle d’amour


la forêt s’ensommeille dans un sourire
berceuse de fifres
chuchotement de grand-mère
veillée de prière chez le bostryche

les pives se lamentent
les lichens s’empsaument
le monde en suspens
dans un trou de renard

je traverse le poème
qui te parle d’amour
et referme la porte derrière moi

le vent est un voleur
et le temps son complice

29 décembre 2012

mardi 27 décembre 2011

je compte sur les doigts

la nuit s’arque boute
au ciel si sombre
on aimerait un filet de lune
on aimerait une étoile au moins
rien
seule la lueur falote
des réverbères du hameau
un renard glapit
la nuit se renfrogne

je compte sur les doigts
les prénoms de femmes
absentes disparues
l’annulaire me refuse un prénom


la nuit est un couvercle de tombeau
la fonte sonne un glas maigre
on aimerait une chaufferette
on aimerait une bougie au moins
rien
seul le craquement du fer
qui se rétracte sous le froid
une chevêche chuinte
la nuit se renferme

je compte sur les doigts
les millésimes qu’on aurait bus
le pouce me refuse un vin de Pâques


la nuit empaquette les souvenirs
dans une trappe sourde
on aimerait un bon mot
on aimerait une louange au moins
rien
seul un refrain de capucine
sur le chemin de l’école
la nuit se resserre

je compte sur les doigts
les baptêmes et les communions
le majeur me refuse une sentence


la nuit ferme les bistrots
avant l’heure de police
on aimerait une chope de bière
on aimerait un verre de genièvre au moins
rien
seul un vieux slow rayé
dans le tournis du juke-box
le patron somnole
la nuit ressuie les verres

je compte sur les doigts
les danses miraculeuses
l’auriculaire me refuse un tango


la nuit empile les rêves et les songes
dans l’armoire à linge
on aimerait un bouquet de lavande
on aimerait un savon de Marseille au moins
rien
seul un remugle de naphtaline
dans le tiroir à chaussettes
l’amour patiente
la nuit se touche

je compte sur les doigts
les plaisirs fantasmés
l’index me refuse un péché

27 décembre 2011

dimanche 25 décembre 2011

sur le billot

sur le billot des jours heureux
un gâteau aux épices
un vin lourd et tannique
une lettre décachetée
un ultime rose jaune

je contemple le tableau
et déplace un souvenir

quelqu’un a jeté un quartier de veau
désossé grossièrement
sur le pré enneigé
le renard attend

un blond soleil d’hiver
fouette le talus de brume
illumine la baie vitrée
et met le feu aux chéneaux de cuivre

je confronte le tableau
et surligne un souvenir

sur le billot des siestes longues
une coupe de jasmin
une liqueur d’ambre et de miel
une promesse d’amour
un myosotis vif sur le traversin

je déchiffre la partition
et déplace un soupir

quelqu’un a marché sur le lac
guettant les plaintes de la glace
un busard attend

des silhouettes pressées
sur le chemin des vignes
gesticulent et blasphèment
dénoncent et parjurent

je syncope la partition
et raccourcis un soupir

  
sur le billot des patrimoines
une généalogie de cépages
de la gentiane et du génépi
un pardessus d’amitié
un mouton des marais

je complique le catalogue
et déplace un sourire

quelqu’un a faussé le jeu de piste
vidant les fontaines
et triturant le nom des rues
le coq somnole

le clocher raconte des histoires de grossesses
des destins basculés
et des ventres mensongers

je compulse le catalogue
et commande un sourire

sur le billot des jours heureux

25 décembre 2011

vendredi 23 décembre 2011

parler d'avenir

de gros nuages sombres
dévorent la montagne
des brumes sales
assomment les villages
un réverbère grésille en plein midi
personne ne lui a dit
qu’il fait peut-être jour

peut-on parler d’avenir

le chasse-neige est sorti de la route
il a traversé le potager et le parc à génisses
un pie a fienté sur son gyrophare inutile
un merle éberlué s’exerce aux chants de Pâques

on a bardouflé à la brosse
le soleil exténué d’un gris de peine
on a giclé à la bombe
l’ombre du clocher au bleu d’outrage
on a tracé au charbon
le mur du cimetière au noir de fatigue

doit-on parler d’avenir

les poules on soûlé le coq de maïs fermenté
elles pondent des boules de Noël
et des yeux de verre
le renard a mangé une grive aux raisins
et le héron une grenouille surmaturée
le saule pleureur éclate d’un rire froid
personne ne lui dit
que c’est un jour d’attente
 
sait-on parler de l’avenir

le chemin de l’école s’est effondré
sur la chocolaterie
les enfants ont roulé des yeux noisettes
et la maîtresse est une cerise confite
le coucou de la pendule est en hypoglycémie
et l’araignée bave un fil de sucre glace

le sapin sent le sapin
personne ne lui a dit
que c’était jour de naissance

saura-t-on taire l’avenir

23 décembre 2011


dimanche 18 décembre 2011

est-ce le vide

on ne discerne pas très bien
le fond de la vallée
une montagne s’absente
un village escamoté
est-ce une brume
est-ce le vide
le gyrophare d’un chasse-neige
sépare la grisaille

une partie du monde disparaît
et je remonte le col de mon manteau


on ne distingue plus très bien
le fond du jardinet
un bosquet s’esquive
le bûcher prend la fuite
est-ce un crépuscule
est-ce le vide
le squelette du saule
vacille dans la froidure

un pan du hameau est en train de disparaître
et je rajoute une bûche dans le poêle


je ne vois plus très bien
au-delà de la fenêtre
un noisetier se fantôme
la boîte à lettres plie bagage
est-ce une pénombre
est-ce le vide
le portrait des parents
glisse le long de la tapisserie

un morceau de vie va bientôt disparaître
et je tire le rideau sur la morte saison

18 décembre 2011

jeudi 15 décembre 2011

et j'attends le salaire

un habit d’hirondelle sur la corde à linge
un tricot de brebis
sur l’épaule du soir

le chat miaule sous la pluie
et j’attends le salaire du laitier


un plastron de merle
sur le blason familial
un cri plaintif de veau
à l’heure de l’angélus

le chien sent le chien mouillé sous la pluie
et j’attends la folie du boucher


un meurtre de rouge-gorge
inscrit sur le rasoir
une danse de jument
sur la place publique

le coq rêve de poules neuves sous la pluie
et j’attends le salut de l’usurier

15 décembre 2011


dimanche 11 décembre 2011

des questions sur le parcours

des questions sur le parcours
gagner du soleil d’hiver
grappiller quelques raisins gelés
marcher sur des tapis de feuilles
déranger la mésange
et s’embrasser sous le chêne

des questions sur l’itinéraire
éviter l’ombre
remonter la bonne vigne
trouver l’escalier
tutoyer le rouge-gorge
et s’embrasser sous le muret

des questions sur la halte
s’abriter du vent
boire à la même gourde
fumer sur un banc devant la guérite
saluer le corbeau
et s’embrasser sous la treille

des questions sur le chemin
bifurquer avant l’école
entrer dans une auberge
lire un avis sur la porte de la chapelle
suivre le chant du merle
et s’embrasser dans le verger

des questions sur la fatigue
sentir le froid sur les joues
tenter un raccourci
embarquer le paysage
effaroucher le pinson
et s’embrasser devant la maison

11 décembre 2011

mercredi 7 décembre 2011

cela sent et cela reflète

j’avance dans l’allée des fleuristes
cela sent le croquemort et l’évènement
cela sent les amours neuves
et les calendriers
je regarde les visages
j’imagine les intentions
et je m’immisce arpenteur géographe

j’avance dans le corridor orfèvre
cela reflète le témoin et la découverte
cela reflète les promesses fières
et les victoires d’étape
je regarde les mains
je dessine les lignages
et je m’esquive officier généalogue

j’avance dans les jardins reposoirs
cela sent le vicaire et l’hospitalité
cela sent la charité antique
et la litanies des saints
je regarde les sandales
je trace les chemins de croix
et je m’insinue bonimenteur indulgencier

j’avance dans les granges consolatrices
cela sent la génisse et l’abandon
cela sent la fleur de foin
et l’heure de l’étrille
je regarde les croupes
je décompte les vêlages
et je m’engloutis fruitier pratiquant

j’avance dans les trous de cascade
cela reflète la femme nue et l’imprécation
cela reflète la rencontre possible
et l’horoscope
je regarde la poitrine
je composte les aventures
et je m’introduis tôlier matrimonial

7 décembre 2011

vendredi 2 décembre 2011

garder le lien

garder le lien avec l’arbitraire
plaindre la soumission et le hasard

une pie frappe à la fenêtre
l’heure du premier soleil
et du ruisseau qui fume
les arbres nus et la voisine
un parfum d’orange et de feu


garder la ligne de combat
soudoyer le diktat et le couvre-feu

un cheval broute une graminée
l’heure du chemin de l’école
et du facteur qui bavarde
la vigne endormie et la policière
une lumière de velours  et d’églantine


garder le contact du lignage
dénouer les secrets et le silence

un renard piste l’équarrisseur
l’heure des salaisons
et du suif aux oiseaux
le bouleau en prière et la novice
un goût de sang caillé et d’absinthe

2 décembre 2011

mercredi 30 novembre 2011

et la fatigue vient

et la fatigue vient sur un crochet de lune
et l’armistice des reins
et le soliloque des neurones
l’abribus au chevet de la fuite
l’horaire de l’araignée
le chagrin composté

l’illusion sans arme
et le désarroi sans bagage


et la fatigue tombe sur le dernier névé
et la bannière des poitrines
et l’ordonnance du cortex
la misère des lundis
le carrefour chauve-souris
l’avance sur l’ivresse

le diagnostic sans foi
et le paradis sans loi


et la fatigue glisse sur la brume du soir
et la médaille sur l’épaule
et l’imprimatur cervelet
le bal costumé de l’ironie
le cache-cache capricorne
le tronc de Sainte Surprise

l’amitié sans tambour
la déception sans trompette


et la fatigue vole avec le satellite
et la volonté à genoux
et le mensonge reptilien
le portail des rencontres
le repos du cheval
l’illusion funambule

l’identité sans feu
l’itinéraire sans lieu

30 novembre 2011

lundi 28 novembre 2011

dire la vie

débusquer les mots de la fatigue
torturer leurs paupières
ne montrer que la beauté

dire la vie
bousculer les joies et les frayeurs
montagnes russes
cascades de glaces
et feux de forêts

dire la vie
les oignons des jonquilles
le tonneau de choucroute
les liqueurs qui poissent
et les baisers vainqueurs

dire la vie
les dents de lait les uppercuts
les culottes courtes et les orties
la morve au nez la merde au cul
et l’angoisse des touche-pipi


dépasser l’espace permis
délacer les châtiments
ne montrer que la montagne

dire la vie
le poids d’un enfant devant la mappemonde
le nuage qui se souvient du tropique
un insecte bouffi qui suce le platane
l’alphabet de la soupe
et la division des soleils

dire la vie
la prairie chewing-gum l’Histoire Carambar
la demande en mariage à la récré
cent fois le verbe aimer au futur antérieur
le vaccin contre la bêtise
la permission de minuit
et le pardon des fous

dire la vie
la leçon de piano derrière les écuries
les macaronis du chalet avant les confessions
le décès d’un ami la veille des vacances
les fleurs de la promesse brûlée au désherbant
le feu de la passion dans un moteur deux temps
et les cordes violoncelles d’où pendent les musiques
 

déranger les remords
et saluer la morte saison
et ne montrer que le ciel

dire la vie
et ne rien taire surtout
dire la vie
et ne rien taire non plus

28 novembre 2011

vendredi 18 novembre 2011

qui tombera

qui tombera de l’éboulis
dans quelques songes
dans l’air vif taillé au hachoir
dans le champ de vision de l’aigle

qui tombera
désarmé de l’habitude et du maintien
qui tombera un jour de chasse
entre limaille et eau-de-vie


qui tombera de l’arole
dans une saute de vent
dans l’angle mort des épouvantes
dans le raillement du casse-noix

qui tombera
disloqué d’effroi et d’hébétude
qui tombera un jour de honte
entre homme noir et bannissement


qui tombera du clocher
dans un psaume de rogations
dans la bénédiction solaire
dans l’œil impavide de la chevêche

qui tombera
déshabillé dans le rosaire et le péché
qui tombera un jour de célébration
entre l’hostie et l’indulgence


qui tombera de la chaise
dans le fracas des bouteilles
dans le salaire essoufflé et conspué
dans la boîte à lettres du coucou

qui tombera
destitué du rire et de tendresse
qui tombera un jour de ripaille
entre saucisse et solitude


qui tombera de l’estime
dans un silence de morgue
dans l’anonymat des semaines
dans la plainte sombre du corbeau

qui tombera
déshumanisé d’ennui et d’errements
qui tombera un jour de longue nuit
entre le froid et l’oubli

18 novembre 2011


jeudi 17 novembre 2011

ici l'on nomme

ici l’on nomme le sourire et l’inquiétude
des fleurs qui se fanent
le cendrier copain
l’almanach des jours de paie
le cortège des saintes en robe du soir

on tutoie le vide
on convoque la peur et les anges


il l’on nomme la joie et la blessure
des fleurs grignotent le soleil
l’orchestre des pinsons
le carnet du lait
les poussines en pâture dans le jardin des salades

on tutoie les nuages
on convoque la chance et les anges


ici l’on nomme la patrie et la frontière
des fleurs offertes à la sentinelle
la fève de la galette
le livret de famille
l’arbre généalogique taillé de biseau

on tutoie l’étrange
on convoque les annales et les anges


ici l’on nomme la perte et la déraison
des fleurs qui se racontent
l’amitié du cheval
la chronique des récoltes
le registre des mariages incorrects
 
on tutoie la passion
on convoque les amants et les anges


ici l’on nomme le calcul et l’abandon
des fleurs qui trahissent
le caillou dans la poche
le manuel des pansements
le protocole des chirurgies réparatrices

on tutoie le miracle
on convoque les miroirs et les anges


ici l’on nomme la découverte et l’oraison
des fleurs qui s’inventent
la lettre décachetée
la liste des cousines
l’inventaire des insectes sur la mappemonde

on vousoie l’habitude
on convoque le doute et les anges

17 novembre 2011


dimanche 13 novembre 2011

on fait quelques pas

cela remonte de la fumassière et de la salle d’accouchement
cela vient de la charcuterie
et de la potagère
cela franchit le portail du cimetière
et la devanture de la fleuriste

on fait quelques pas dans les fumées
on guette l’ombre
en tricotant sa foi


cela s’insinue sous les draps
et dans le courrier du cœur
cela suite du mur de l’usine
et des salles à boire
cela se dilue dans les secrets familiaux
et les carnets scolaires

on fait quelques pas dans les braises
on guette la chaleur
en consumant sa foi


cela pousse sous les ventrières
et derrière les persiennes
cela glisse le long des robes
et dans le jardin de l’évêché
cela jaillit du soupirail crevé
et de la fontaine aux pigeons

on fait quelques pas dans les cendres
on guette l’oubli
en repassant sa foi


cela dégouline sur les jalousies
et les ravaudages d’amoureux
cela s’accroche au paletot des dimanches
et au confessionnal
cela chute sur les toits de la ville
et les chagrins du soir

on fait quelques pas sur la glace
on guette son propre abandon
en brisant sa foi

13 novembre 2011