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samedi 26 septembre 2015

la caravane arrêtée


la caravane arrêtée sous le pont de l’autoroute
 
la marginalisation
le brasero, la soupe à l’eau
le sommeil secoué par le passage des camions
l’odeur d’urine, le chien crevé
la poste restante au bar des voyageurs
c’est pas pour dire
 
la caravane tirée par un cheval polonais
 
le signalement
le maïs grillé, le pain partagé
le repos mesuré pour éviter la police
le bois volé, la lessive au ruisseau
le courrier du cœur à l’internet-café
c’est pas pour dire
 
la caravane emmenée sous escorte
la désintégration
le délit d’identité, la garde à vue
l’attente inquiète sur le banc de béton
la prière à la madone, le retour vers l’oubli
le destin valeureux inconnu à cette adresse
c’est pas pour dire
 
la caravane incendiée devant la miséricorde

mercredi 23 septembre 2015

le piano artificier


le piano artificier sous l’auvent de la comète
 
la déconstruction
l’archipel d’îles, la syncope
le ciel se joue en majeur et en quinte royale
la houle, le mauvais gouvernail
la longitude est affaire de flux sanguin
hue dia !
 
le piano artificier dans la cour de la prison
 
l’évasion
la trace sur le mur, les cailloux blancs
le ciel se met à portée des audacieux
la grande échelle, le satellite
la longitude est éphémère quand tombe le vent
hue dia !
 
le piano artificier au peloton d’exécution
 
la rémission
le rythme, ma chère, l’accord, mon beau
le ciel tire le rideau qui se fait linceul
l’odeur de poudre, le coquelicot
la longitude est mesurable au pied du cadavre
hue dia !
 
le piano artificier referme quelques portes

mardi 22 septembre 2015

la vilenie de la sottise


la vilenie de la sottise montrée en place publique
 
la dramatisation
la liturgie, l’ostensible
la cible vivante sans échappatoire
le jugement, le jet de pierres
le bon peuple se repait des lavures
répète un peu
 
la vilenie du coupe-gorge à l’heure du laitier
 
l’abjection
le couteau coupable, la main mercenaire
la cible vivante aux mains posées sur la trachée
le moment d’absence, le verdict sommaire
la marmaille patauge dans la flaque de sang
répète un peu
 
la vilenie de l’arbitraire érigée en vertu
 
l’éparpillement
la vocation du mal, la récidive
la cible vivante désarmée, à découvert
la jugulaire, le nécessaire inutile
le cortège des veuves sur le chemin de l’oubli
répète un peu
 
la vilenie du code pénal en ligne de mire

dimanche 20 septembre 2015

l'espace en désordre


l’espace en désordre qui respire la tentation
 
la profanation
la déchirure, le blasphème
la corde qui s’effiloche à la poutre de la grange
le don de soi, l’arrache-clou
la poule qui se marre devant le vilebrequin
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui git dans le lit défait
 
la désillusion
la cruauté, le déshabillage
le foulard de soie qui cache la cicatrice
le sourire maigre, le détachement
la poule qui pond un œuf de vendredi maigre
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui se recueille sur le prie-Dieu
 
l’insoumission
la serrure, le tourniquet
la cravate en raphia pour nouer la colère
le cri étouffé, le chant avorté
la poule qui nargue le chapon inutile
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui se défoule devant le miroir

samedi 19 septembre 2015

le souvenir du myosotis


le souvenir du myosotis au Café du Rendez-vous
 
la célébration
l’espérance, la promesse
la flûte traversière sur le passage clouté
le petit cadeau, l’eau-de-lavande
la tête nue et bien coiffée pour rassurer le cœur
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis dans la chambre de l’hôtel
 
la componction
l’absoute, le baptême
la voix du baryton dans les coursives
le ciel en lambeaux, l’irradiation
les tempes incendiées pour consumer le péché
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis sur le siège arrière du taxi
 
l’expurgation
la mémoire cassée, le salut de l’oubli
le roulement de tambour annonçant la sentence
la porte grande ouverte, la solennité
le plexus en première ligne pour contrer la canonnade
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis délaissé sur le compost

jeudi 17 septembre 2015

l'automne fait son marché


l’automne fait son marché au magasin des ombres bleues
 
la dissémination
la séparation, le partage
le mois de septembre fait l’inventaire des vents
le besoin de repos, l’envie d’abandon
les patates à ressuyer sur le préau
ah ! ça !
 
l’automne achète en gros la réserve de châtaignes
 
l’empilement
les récoltes, le bois de chauffe
le mois de septembre prépare les incendies
la folie chrysanthème, le dernier orage
la caisse de pommes pour le cheval et les enfants
ah ! ça !
 
l’automne achète au surplus de quoi habiller l’hiver
 
la stratification
la laine sur le chanvre, le lin sur la peau
le mois de septembre noue la mèche à la poudre
le jerrican de benzine, le détonateur
la brassée de feuilles humides pour une fumée bleue
ah ! ça !
 
l’automne fait ses comptes la veille de la grande foire

mardi 15 septembre 2015

l'oreille de la fosse


l’oreille de la fosse tendue vers le rempart
 
l’annonciation
la rumeur, le mensonge
l’œillet qui chuchote une litanie de formules erronées
la trahison, le parjure
le tambourin qui scande la sentence
tant qu’à faire
 
l’oreille du marigot couchée sous le vent
 
la diversion
la fugue, le demi-tour
l’ancolie qui se recueille avant l’éclatement
la peur au ventre, la désertion
le tambourin qui bégaie le repentir
tant qu’à faire
 
l’oreille de la marée déroutée d’acouphènes
 
la digression
l’échappée, la feuille d’absence
le pissenlit qui fait des grimaces à la vérité
le grotesque, l’éclat de rire
le tambourin crevé par la fureur rédemptrice
tant qu’à faire
 
l’oreille du siphon qui écoute l’envers du monde

dimanche 13 septembre 2015

la pluie de mots-sabres


la pluie de mots-sabres sur une vieille nostalgie
 
la réformation
le regret dénudé, le goût du sel
l’archet se rétracte sur une corde revêche
le jouet cassé, la boule à neige
le surplus de sentiments sur le plot du boucher
on devrait bien
 
la pluie de pistils de chrysanthèmes sur la table à langer
 
le repli sur soi
l’espérance rincée, l’oreiller distrait
le mât de la contrebasse fait face au mauvais grain
le poisson-volant, le poisson-clown
la friture d’élans amoureux à l’aïoli
on devrait bien
 
la pluie de coccinelles sur les fruits à confiture
 
la récollection
la consoude, la belladone
le marteau du piano se marie à la belle enclume
le menuet, le pied-bot
le clafoutis de la morale pour le cinq-à-sept
on devrait bien
 
la pluie de pattes de grenouilles sur la piste de danse

lundi 7 septembre 2015

la jambe de bois


la jambe de bois dans le vestiaire des filles

la prosternation
le questionnement, le fou rire
la savonnette qui se souvient des farces et attrapes
le coup de foudre, l’amour agenouillé
la musique se fait menuet, valse, ou rien
on croit bien faire
 
la jambe de bois oubliée dans l’abribus
 
la divination
la mémoire percée, la gourde vide
la bretelle de cuir accrochée à l’horaire du dimanche
l’aller simple, la disparition
la musique ricane sur un rythme à trois temps
on croit bien faire
 
la jambe de bois dans la vitrine de lingerie fine
 
la mystification
l’amour égalitaire, le fantasme
le vernis à ongle pour pied-de-nez
l’escalier du paradis, la béquille du plaisir
la musique en pamoison devant la porte de l’hôtel
on croit bien faire
 
la jambe de bois se fait reine du concours de beauté

 

mardi 1 septembre 2015

l'aiguille de la boussole


l’aiguille de la boussole cachée au fond de la poche
 
la désorientation
l’ombre portée, la mousse sur l’écorce
la rosée qui fait se recueillir les herbes
la noisette en avance, l’écureuil en retard
l’escargot qui enjambe les plaintes
à part ça
 
l’aiguille de la boussole pliée en direction de la cave
 
le désœuvrement
la grande soif, le dégoût
la pomme de l’arrosoir qui fait venir la pluie
le verre à moitié, la moitié de l’envie
l’escargot qui se moque de la prière
à part ça
 
l’aiguille de la boussole fichée dans le dos du martinet
 
la direction
le plan de vol, la certitude
le torchon préposé à la cueillette de la rosée
le ravitaillement, le plein à la pompe
l’escargot qui baie la litanie des saints
à part ça
 
l’aiguille de la boussole qui se prend les pieds dans la tangente

dimanche 30 août 2015

la partition de l'oralité


la partition de l’oralité dans le désordre du mensonge
 
la désorientation
le carrefour, la mise en erreur
le geste de la main qui contrarie ce qui est dit
la bonne foi, la preuve sur le papier
la couleuvre qui ferme les yeux pour n’être pas témoin
tu vois ce que je veux dire
 
la partition de l’oralité dans les épreuves de force
 
le soudoyer
la crainte de dieu, le parjure
le regard qui fuit le regard de l’autre
le signe de croix, le vol Saint-Esprit
le merle qui siffle à l’imposture dans une langue inconnue
tu vois ce que je veux dire
 
la partition de l’oralité pour la prière inversée
 
la diversion
la promesse du vin, la récompense
les épaules qui signalent la défaite proche
le rachat du crédit, la confiance amochée
le singe qui s’assied sur le devoir de morale
tu vois ce que je veux dire
 
la partition de l’oralité quand la poésie se fait musique

samedi 29 août 2015

la dépouille de la gélinotte


la dépouille de la gélinotte devant la grille du reposoir
 
l’occultation
le questionnement, le fourvoiement
la prière qui exhale un parfum de charogne
l’augure, le mauvais signal
le souvenir des disparus avalés par les gouffres
à la queue du diable !
 
la dépouille de la gélinotte au beau milieu du pèlerinage
 
la halte imprévue
la gourde d’eau croupie, le lard rance
les injures qui dansent le menuet
l’itinéraire brisé, l’éboulement
les fantômes qui chantent le tango des parvenus
à la queue du diable !
 
la dépouille de la gélinotte dans le réceptacle de la source
 
l’intoxication
l’étourdissement, la nausée
le purin d’ortie qui imprègne la chemise
le non-sommeil, le bivouac
le patriarche qui dit que nous sommes perdus
à la queue du diable !
 
la dépouille de la gélinotte devant l’arole foudroyé

vendredi 28 août 2015

la stratégie du fessier


la stratégie du fessier sur le sofa langoureux
 
la détermination
la vaporisation, l’éventail
la liqueur d’amandes qui colle un peu les lèvres
l’apaisement, la caresse
l’épaule qui se dénude pour une invitation
on aurait tort
 
la stratégie du fessier sur la chaise de la cuisine
 
la préméditation
la prune éclatée, le bol de crème
l’alcool de fruits à noyaux qui allume le ventre
le bourdonnement, le vertige
la goutte de sueur qui perle entre les seins
on aurait tort
 
la stratégie du fessier sur le rebord du mur
 
la pamoison
le raisin éclaté, la grive soûle
l’eau de la fontaine qui repousse l’incendie
l’âme liquide, l’apnée
le sang qui reflue vers le centre du monde
on aurait tort
 
la stratégie du fessier sur le fil du rasoir

mardi 25 août 2015

la béquille posée


la béquille posée sur le rebord de la fenêtre du 7e étage
 
l’immobilisation
la peur et le vide, la peur du vide
c’est dans la tête que le fémur claudique
la serviette humide, le bouton de sonnette
le pigeon qui tire la langue à la vieille dame
mais vous pensez
 
la béquille appuyée contre le cheval de bois
 
la décalcification
le sabot orthopédique, le sac d’avoine
c’est dans la tête le parcours de sauts d’obstacles
le chronographe, la décalcomanie
la guêpe qui s’envole avec l’envie de piquer
mais vous pensez
 
la béquille posée en travers du passage secret
 
l’interdiction
la pelle qui gifle, la pioche qui perfore
c’est dans le muscle la blessure de la fuite
la médaille miraculeuse, le placébo
la mante religieuse qui vomit un mari trop gras
mais vous pensez
 
la béquille suspendue au fil de l’étendage

dimanche 23 août 2015

le trophée des questions


le trophée des questions sur l’étagère du boudoir
 
la transmutation
l’isolement, la stratégie
le papier d’Arménie qui dit la nostalgie
la cicatrisation, la concentration
l’urgence du pays dans un ventre de femme
de bonne guerre
 
le trophée des questions après le micro-trottoir
 
la retransmission
l’essoufflement, la répétition en boucle
le bâton d’encens qui dit la convalescence
la promenade, le ça ira mieux demain
l’hymne patriotique dans le poumon d’acier
de bonne guerre
 
le trophée des questions dans le cabinet des curiosités
 
la dissection
les arrangements, le cérémonial
le bois de cade qui dit la désinfection
la salle des grimoires, le couloir de l’oubli
le souffle du pays dans la trachée-artère
de bonne guerre
 
le trophée des questions dans le buffet des avanies

vendredi 21 août 2015

la serviette de bain


la serviette de bain laissée au négligé sur une chaise
 
la suffocation
le sel de sueur, le feu sur la peau
l’alouette qui en oublie son cri d’alerte
la boussole confuse, le sud éparpillé
la fontaine qui brasse ses litanies
ah ! ça
 
la serviette de bain se fait mémoire des désirs
 
l’abandon
la pudeur sans soif, la jubilation
le grillon désaccorde sa machinerie
le midi à midi, le crépuscule à midi
le robinet dit ses mensonges à la gourde
ah ! ça
 
la serviette de bain se fait refuge du pardon
 
le renoncement
la tentation acceptée, la découverte
le couple de tourterelles qui fait ses affaires en plein vol
la muqueuse apaisée, l’épanchement
le gobelet de fer-blanc injurie les chagrins
ah ! ça
 
la serviette de bain bataille contre les moisissures

mercredi 19 août 2015

l'enjeu des serrures


l’enjeu des serrures à la porte du cimetière
 
la stupéfaction
la culpabilité, le doute
la bruyère raconte une histoire de sexe
la suspicion, la salive
le calice se remplit d’un vin fourbe
on a beau dire
 
l’enjeu des serrures devant le trousseau de clefs du renard
 
la couvaison
la médisance, le malaise
les orties se querellent sur le fumier
l’accusation tenace, l’obstination
le pain partagé a un goût de poussière
on a beau dire
 
l’enjeu des serrures aux fenêtres de l’exil
 
l’humiliation
l’hébétude, les barrières
la capucine se moque du pied-bot
le pot-de-vin, l’incompréhension
le sourire niais ne nourrit pas son âme
on a beau dire
 
l’enjeu des serrures sur la nuit sans mémoire

mardi 18 août 2015

la fatigue qui prend le sentiment


la fatigue qui prend le sentiment par le revers
 
la dénonciation
la pudeur, l’excuse
le pont de cordes qui se détricote
l’absence de communication, le vide
les villageois font du feu pour réchauffer le talisman
c’est pas rien
 
la fatigue enfermée dans des boites de poudres
 
la conversation
la main ouverte, la langue offerte
la couche qu’on réserve au pèlerin malade
la poule sacrifiée, le moulin à prières
le forgeron répare la cloche des fiançailles
c’est pas rien
 
la fatigue déposée en offrande dans la pirogue de la vie
 
le remerciement
le chant de l’accueil, le tambourin joyeux
l’eau de la fontaine parfumée de jasmin
la négociation, la promesse
la femme qui dit être prête à quitter le village
c’est pas rien
 
la fatigue qui prend le large avec le vent du matin

samedi 15 août 2015

la flaque qui s'offusque


la flaque qui s’offusque au passage des sabots
 
la pérégrination
la bâche en plastique, la pèlerine
l’avant-toit où se regroupent les têtes en cheveux
le sandwich mouillé, le thé trop sucré
la halte forcée qui met les nerfs à vif
c’est de bonne guerre
 
la flaque qui avance vers le pas de porte
 
l’insinuation
la serpillière, le sac de sable
la boue sur le plancher de la salle à boire
la soupe rallongée, l’anisette noyée
la clarinette qui déchire les pensées pourries
c’est de bonne guerre
 
la flaque qui frémit en vaguelettes
 
la bénédiction
le parapluie qui goutte, le feu qui fume âcre
l’assoupissement malaisé dans le chandail humide
le morbier qui tousse, la cloche qui renifle
c’est de bonne guerre
 
la flaque qui se prend pour l’Atlantique

vendredi 14 août 2015

l'escargot qui s'ennuie


l’escargot qui s’ennuie sur Radio Tropiques
 
la disculpation
la fuite, la trace
l’itinéraire forcené vers le ventre de la grive
le radar brouillé, la cible perdue
le conflit entre la ventouse et l’aspirateur
c’est bien la peine
 
l’escargot qui digère une solution acide
 
la décantation
la table mise, la muqueuse repue
la feuille de route imprimée sur la salade
l’alarme de l’écureuil, le passage de la poule
la sentence sans appel ni plaidoirie
c’est bien la peine
 
l’escargot qui monte dans un wagon de réfugiés
 
la destinée
le drapeau blanc, la croix rouge
la protection factice d’un arrêté urgent
le désordre de la faim, la soif du vide
le sursis pendant l’orage et la grêle
c’est bien la peine
 
l’escargot qui fait son Golgotha sans conscience ni regrets