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mardi 21 octobre 2014

signal de contrition


c’est un signal de fin de vie sur le monitoring de la retraite
c’est un signal de contrition pendant la sieste du dimanche
c’est un signal d’arrêté urgent pour le défraiement des étrennes
c’est un signal de laisser-passer pour les guerres et les virus
 
l’étoile du berger éclaire la piste du loup
la lampe-torche signale l’effondrement du chemin
la caméra infrarouge surprend les pérégrinations des sexes
le falot-tempête se faufile parmi les granges
 
on arraisonne un convoi de céréales
on engraisse le veau avec des prières et des promesses
on collecte des galets pour la fronde de la sentinelle
on suçote des petits verres de gnôle pour désinfecter le remords
 
le vent siffle sous le toit un oratorio de froidure
la belette se calfeutre dans la malle aux chandails
le fourneau réclame sa part de tourteau et de bûche
le courrier du cœur attend la première gelée
 
la courbe des températures sur le carnet du lait
la marque des apnées sur la planche à dessin
le diamètre des soirs de bal et des matins de séparation
l’angle mort des amours sur l’équerre des caresses
 
le signal d’une pulsion de vie sur le catalogue des gratitudes
j’épouserai la secouriste et ses remèdes de bonne femme

jeudi 16 octobre 2014

abside déroutée


c’est une abside entre le pariétal et l’hippocampe
c’est une abside posée sur le rebord du dimanche
c’est une abside entre la pâque et le grand soir
c’est une abside agrippée à la planche de salut
 
des mots devant la cage des inséparables
une phrase torturée sur l’autel d’un ingrat
un chapitre sans accroche, sans police ni caractère
le grand livre en jachère au bout du cimetière
 
on lâche des cerfs-volants ans un ciel de défaite
on pratique le brûlis lors des fêtes votives
on ensemence la tourbe avec des fleurs cannibales
on éduque les renards à traverser les routes
 
la tremblante du mouton et la fièvre du chien berger
l’épilepsie de la fourmilière et l’infarctus du torcol
la gangrène du millepatte et la confusion de l’orvet
la psychose du taureau et le désœuvrement de la vache
 
à quoi sert une abside dans la mesure du chagrin ?
une brouette de feuilles et une pelletée de fumier
un accordéon malingre pour le bal des renoncules
une assiettée de silence au déjeuner du diable
 
l’abside déroutée vers les méninges du grand nord
j’épouserai la vieille monarque dans ses tentures, et son accent de toundra

mercredi 15 octobre 2014

chorégraphie de caresses


c’est une chorégraphie ruinée au bal des musaraignes
c’est une chorégraphie de fétuques dans le brouhaha de midi
c’est une chorégraphie d’étourneaux sur la page du ciel
c’est une chorégraphie de caresses dans une envie de communion
 
le cognassier remonte vers le talus plein nord
il abandonne ses fruits à l’amoureuse gourmande
le frêne se déshabille comme une amoureuse aveugle
il trie le courrier du cœur des écureuils désemparés
 
on aborne le pré de foire aux consolations
on balise le chemin de croix du gibier
on enchaîne le portail des pluies tropicales
on ficelle le vent avec des foulards de soie pourpre
 
un enfant lance des châtaignes contre la fenêtre de l’école
il noie une punition dans l’eau sale du torrent
la voisine cueille des fèves pour le renfort de la soupe
elle crache une vilenie contre un rouge-gorge effronté
 
fermentation des chagrins
distillation des promesses
macération de la déprime
pressée du désarroi
 
la chorégraphie de la destinée sur un papier d’identité
j’épouserai la fonctionnaire à l’utérus périmé

lundi 13 octobre 2014

pluie hébétée


c’est une pluie qui outrage et déparasite les nécessiteux
c’est une pluie qui remonte les travées de la Toussaint
c’est une pluie hébétée qui brise le miroir des nénuphars
c’est une pluie délavée du souvenir des morts
 
l’angélus de midi à portée de la soupe
la tournée du facteur rompue par la ravine
le faux-pas de l’horloger sur le trottoir de l’heure d’hiver
l’escargot qui s’accroche à la tige du chagrin
 
on détourne les vendangeuses vers les plages de galets
on fait griller les marrons sur les feux de l’amour
on dessale le petit lard au verjus de muscat
on paie le muletier d’un ragout de grives
 
qui crie vers le pressoir ? qui chante dans la cuve ?
des enfants jouent aux billes avec des noix et des raisins
des filles maquillent leurs lèvres avec des grappes de grenache
à quelle heure fermentent les cervelles ?
 
la vieille engrosse le torrent en pissant sa rancœur
sa chienne renifle entre les jambes du contremaître
le jardin des choux à choucroute se morfond de l’horoscope
un pinson s’est fracassé contre le vitrail de la chapelle
 
la pluie efface les aspérités et les accroches
j’épouserai la condamnée pour vol par métier de serrures et de secrets

samedi 11 octobre 2014

moignon velcro


c’est un moignon en bande velcro pour agripper le passant
c’est un moignon en céramique pour remuer la soupe
c’est un moignon armé d’une fronde pour repousser les vautours
c’est un moignon d’âme enfantine pour pêcher la miséricorde
 
la médecine se recroqueville devant la machette
le puits de l’espérance est empoisonné de pitié
la toge de coton blanc et le vaccin périmé
une injustice de savane, une plaidoirie de hyène
 
on greffe des diamants sur les ongles des sorcières
on brûle des jachères de manioc pour des céréales à bestiaux
on vend des jerricanes d’eau croupie au prix du diesel
on égorge des poulets, des gazelles et des filles nubiles
 
le soleil est rustre sur les tôles en fer blanc
le buffle pourrit sur pied dans la vase
la génératrice a explosé dans le dispensaire
même le serpent ingrat fuit cette désolation
 
un moignon applaudit
un œil mort sourit
une bouche vide prie
une panse gonfle comme une voile
 
des moignons s’entrechoquent comme des becs de cigognes
j’épouserai la mère du chamane aux seins flasques et scarifiés

samedi 4 octobre 2014

pomme en équilibre


c’est une pomme oubliée, propriété d’un merle farouche
c’est une pomme en attente d’une caresse de femme
c’est une pomme en équilibre sur le manche d’un couteau
c’est une pomme pourrissante sur l’étagère du goûter
 
les bras de la chaise-longue s’allongent vers la prairie
trois brins de fenasses dansent une sardane
un frelon fatigué contrôle son taux de glycémie sur une grappe de raisin
un soleil en bras-de-chemise entre dans une agence de voyage
 
on informe l’étang de l’horaire des migrations
on allume des balises sur les ponts enjambant le canal
on signale au glacier l’interdiction de fuir
on libère un collectif de chauves-souris devant les laboratoires
 
la libraire vend des mille-feuilles de graphite
le photographe tire le portrait des jours de la semaine
le marchand-grainier vend de la progéniture lyophilisée
la perruche bredouille un kyrie eleison
 
le pommier garde ses enfants dans le parc à moutons
il y a un mirador devant l’école, et des projecteurs aussi
des chiens de berger jouent aux osselets en attendant les ordres
la vitrine du dispensaire vante le sport collectif pour les jarrets des jeunes filles
 
la pomme se caramélise sous l’intensité des désirs
j’épouserai la vaccinatrice et sa mallette de seringues

samedi 27 septembre 2014

paquebot vendange


c’est un paquebot à relouer sur une plage Pacifique
c’est un paquebot qui rouille dans le cœur d’un goéland
c’est un paquebot qui traverse un sexe de baleine
c’est un paquebot à vendre sur une aire d’autoroute
 
un vent de poupe qui chante le frai
un vent de proue qui déroute le saumon
un vent de poupe à faire chanter la sirène
un vent de proue à faire crever la frégate
 
on jette l’ancre dans l’œil d’un cachalot
on mouille sur un banc de poissons-volants
on démâte sous un vent de cercueil
on dérive dans les remous de l’amertume
 
l’écume d’un chagrin
le sel du remember
le baiser du poulpe
le graffiti du corail
 
le paquebot a perdu son port d’attache
l’oubli de l’adresse de maman
la longitude écartelée par les câbles de la loyauté
et le siphon bouché à la porte Atlantide
 
le paquebot vendange sa part de miséricorde
j’épouserai la pècheresse nue sous son ciré orange
 

mercredi 17 septembre 2014

place inondée


c’est une place isolée par la friche et le poussier
c’est une place inédite pour les soldats et les busards
c’est une place enchristée de morgue et de trahison
c’est une place ébahie sous les vivats et le clairon
 
rideau de velours sur les hauts-fourneaux
théâtre guignol pour l’échafaud
bannière enrubannée de vermillon
chaise-percée pour le président du tribunal
 
on clôture les jeux de marelle
on cisaille les courroies du soufflet de forge
on fait fondre le plomb pour les beaux yeux des cadavres
on chancelle sur les maladies infamantes
 
le suicide du lucane
l’essoufflement de la pivoine
l’éblouissement de l’orvet
la soudaine pâleur du rouge-gorge
 
la place est envahie de curieuses et de magistrats
le platane recueille les cupidons bredouilles
le lanceur de couteaux revient sur le lieu du crime
sa manutentionnaire embrasse le palefrenier
 
la place s’inonde d’un soleil coupable
j’épouserai la médecin-légiste et son scalpel renégat

mercredi 3 septembre 2014

cartable déchiré


c’est un cartable de feuilles de frêne et de vermines
c’est un cartable de galets qui ont la mémoire de l’eau
c’est un cartable de dentelles pour les fêtes païennes
c’est un cartable des jours de peine et de grand labeur
 
le chemin se mâche et se remâche
le reposoir est en sueur
la fontaine chante un gloria
la roselière s’incendie de ferveur
 
on décroche les bretelles du désir
on couche sur la mousse une fatigue amoureuse
on parfume les sexes d’un jus de romarin
on abandonne aux nuées l’écorce du plaisir
 
la déchetterie des fleurs
le recyclage des rendez-vous
le compost des anniversaires
et la cheminée pour les essoufflements
 
une litanie d’insultes sur le carnet de leçons
des annotations obscènes sur les planches d’anatomie
une promesse d’Amérique au fond de la poche
et la dissection des mécanismes de l’amour
 
le cartable déchiré pendant le cours de sciences naturelles
j’épouserai l’institutrice avant l’heure des promotions

lundi 1 septembre 2014

syncope aérienne


c’est une syncope délurée aux arguments avariés
c’est une syncope carrée bossue sur le plancher de bal
c’est une syncope tourneboulée par un diagnostic confus
c’est une syncope rancunière dans un talus de ronces
 
des pèlerins chagrinés par une indulgence arbitraire
un vitrail incarnat sur le parvis du purgatoire
des migrantes à la peau de froment
un graffiti sur la porte du droit d’asile
 
on ôte les lacets des chaussures qui courent vite
on fait des bandages de toile de parachute pour les bêtes de somme
on crucifie des drapeaux de conquêtes avec des clous de charpente
on essuie ses pieds avant d’entrer dans l’indigne
 
ô le chant d’un soldat derrière la dune
ô le craquement du scorpion dans la manche de la vareuse
ô le grésillement des mouches sur la charogne
ô le silence de la peur montant de la fosse
 
le chuintement des combattantes
le langage dénaturé par les ordres
le psaume de la sentinelle
la prière avortée du coquelicot
 
la syncope aérienne du criquet devenu boiteux
j’épouserai une soldate éreintée revenue des terreurs

dimanche 31 août 2014

alouette meurtrie


c’est une alouette ensevelie sous les gravats de l’été
c’est une alouette assommée par les promesses du vent
c’est une alouette célibataire au-dessus du seigle
c’est une alouette agenouillée sur le remord du ruisseau
 
la musique réveille le coquelicot
et le tambour fesse la citrouille
le pizzicato essore la citronnelle
et le triolet fait trébucher la renoncule
 
on se vautre parmi les couleuvres et les mensonges
on s’assoit devant la guérite avec la robe du juge
on aiguise la faucille avec une pierre de lune
on essuie la torpeur sur le crâne et les omoplates
 
l’été s’enrhume
la rosée moisit
le thermomètre tousse et crache
août est mis en quarantaine
 
le milouin perd le nord, la sarcelle lui a volé sa boussole
la poule casse ses œufs, le renard a des vers
le cincle plongeur dégoupille sa bonbonne, le méthane remonte au pré
le faucon égrène son rosaire, c’est la neuvaine des musaraignes
 
l’alouette meurtrie ébroue le sang de sa livrée
j’épouserai l’angélique avant que la guimauve ne soit confite

vendredi 29 août 2014

chemise froissée


c’est une chemise fonctionnaire sur les épaules du cheval
c’est une chemise torchon sur les secrets familiaux
c’est une chemise aux coutures ailées pour les évasions
c’est une chemise sans col pour les nuques condamnées
 
plume corsaire du butor
bec-croisé sur les parjures
mitaine de la buse pattue
circaète dans le cauchemar
 
on fomente la passion dans un lit de rosée
on calcule la formule de la rencontre
on passe au papier-de-verre les écorchures
on salue le frelon, le chardon et la ronce
 
l’entaille de la corde sur la poutre
le son grêle de la cloche fêlée
la fourche menaçant l’orgueil de la sorcière
la sciure pour le sang, le copeau pour l’écharde
 
le rapport à l’humain à l’heure de l’angélus
la prévision du temps dans le bac à viscères
l’annonce d’un congé pour une grande manœuvre
le chagrin essoré sur la corde à linge
 
la chemise froissée par la moisson et l’amour
j’épouserai l’infante des bleuets sur un sac de farine

mardi 26 août 2014

pourrissement des bourgeons


c’est un pourrissement de l’étoile dans le cartable de la pluie
c’est un pourrissement des rancœurs sur la table du dimanche
c’est un pourrissement des avoines sous les chiures des criquets
c’est un pourrissement de la vallée sous le racisme des torrents
 
chaise-longue pendue au crochet à nuages
fleurs coupées vautrées dans la brouette
pêcher de la discorde sur le testament de la vigne
parasol sous barbiturique sur le lit du cabanon
 
on noue les lacets de la contrainte
on arrose les chrysanthèmes du mépris
on cuisine des sentiments dans le faitout du diable
on digère l’amertume avec la bile et le fiel
 
cliquetis dans la cervelle et missive fermentée
pétarade des globules et rime assourdie
chuintement de la trachée et dictionnaire étouffé
forge de la tempe et verbe ligoté
 
l’étoile assujettie au pieu du propriétaire
le projectile fiché dans l’arbre de l’émeutier
le galet de la fronde dans la chaussure du géant
le drapeau blanc lavé à la cendre de rosier
 
le pourrissement des bourgeons de comètes
j’épouserai la balayeuse de l’observatoire et ses poussières de ciel

mercredi 13 août 2014

cheminement erroné


c’est un cheminement de luxure dans la rue du fanal
c’est un cheminement erroné dans les gouffres
c’est un cheminement de comète dans le ciel de vingt heures
c’est un cheminement construit sur la topographie de l’échiquier
 
l’aqueduc effondré sous l’averse
la chenille processionnaire noyée dans son cortège
le magnificat essoré un vendredi saint
la voie d’eau dans l’arche du barrage
 
on sélectionne les nuages par ordre d’ancienneté
on détourne le bisse vers le cimetière
on tranche le cou des buveuses au lever du jour
on salue la vieille dame aux pattes palmées
 
chant d’adolescent sous la fenêtre du lupanar
trompe marine dans la grotte des stupres
sifflement de météorite dans la soupe du soir
cri de l’enfant muet devant le saut de l’ange
 
le bâton de pluie fiché dans le désert
le poteau de torture dans le massif de pivoines
le piquet de la barrière flottant sur l’étang
le pèlerin n’assied plus sa soif sur la pierre des fontaines
 
le cheminement des éclopés sur les routes de l’exil
j’épouserai la boiteuse rebelle un jour de marché des béquilles

dimanche 10 août 2014

coquinade au tango


c’est une coquinade accrochée à la grappe du sorbier
c’est une coquinade qui se dore la croupe en plein midi
c’est une coquinade qui lâche du lest sur le trottoir miséricorde
c’est une coquinade agrippée à la hanche d’une fredaine
 
bustier récitant les lunes pleines
faux-cils démesurant les œillades
corset hosanna taché de salive
escarpin déchiré par trop de danses
 
on trace les itinéraires du désir sur le pré de fauche
on délimite les fissures des partages
on fait feu des mandibules des mantes religieuses
on couche dans les fougères les fausses promesses des ovaires
 
tenailles dans la poche de la vareuse
carte topographique séchant sur la corde à linge
rabot du dimanche sur la croix de sapin
chasse-clou de mélancolie à la boutonnière
 
bière de malt et de mûres
liqueur de coing dans le décolleté
accordéon à la cire d’abeille
senteurs d’agrumes sur les muqueuses
 
la coquinade tangote jusqu’à point d’heure
j’épouserai la femme-centaure décortiquant les plaisirs

mercredi 6 août 2014

patte de lapin


c’est une patte de lapin attachée au guidon de la moto
c’est une patte de lapin sur les anneaux du mariage
c’est une patte de lapin sur le calendrier des récoltes
c’est une patte de lapin à la serrure du tabernacle
 
noisettes chipées au camarade écureuil
prunier sauvage dans le talus de vernes
fleur d’arnica sur une blessure de cœur
radis disputés à une colonie de limaces
 
on improvise un chant de grêle
on cuisine des baies sauvages avec du romarin
on aère les litières d’herbes  sauvages
on collecte les cadavres de lucanes
 
cris dans la forêt
plumée de pic épeiche sur le chemin
écorces de mélèze sur le toit du reposoir
la couleuvre amoureuse s’essaie au nœud coulant
 
accroche-cœur ou attrape-nigaud
brin de chance tombé dans la paille
amulette en crottes de bique
jour de guigne reporté au printemps
 
patte de lapin rendue au clapier à roulettes
j’épouserai la prisonnière tueuse de nénuphars

mardi 29 juillet 2014

loupe à autopsie


 
c’est une loupe pour autopsier les furoncles du cheval
c’est une loupe pour que la patte de la grenouille soit un fémur de bœuf
c’est une loupe pour démanteler la mécanique du chagrin
c’est une loupe pour magnifier le buvard épistolier
 
pianiste au pouce tranché
violoniste édentée
tuba qui s’épile les pistons
tambour qui crève ses cloques
 
on dépiaute la rancœur sur le plot du boucher
on débouche la dame-jeanne pour le deuil des primevères
on colorie la patenôtre avec un crayon de rimmel
on délace le corset de la prêtresse vierge
 
échardes dans les draps de satin
éclats d’ardoises sur la tartine au miel
chiures de mouches dans la soupe d’ortie
grêlons de juillet sur la moisson retardée
 
voyage dans le pourpre
aller-retour sur le perron
sieste dans un bidon de bleu
train de nuit dans la boite à lettres
 
la loupe regarde de travers le propriétaire du miroir
j’épouserai l’horlogère qui a une trotteuse sous sa jupe

dimanche 20 juillet 2014

orage désœuvré


c’est un orage désœuvré à l’ouest des collines
c’est un orage abasourdi par les orgues de la passion
c’est un orage esseulé prisonnier de la moraine
c’est un orage racorni grignoté par la colère
 
éboulis de caillasses et de troncs
cormorans qui se renfrognent
cortège de boues et de ferrailles
volailles qui s’essoufflent
 
on ferme les volets pour ne pas laisser entrer la peur
on souffle les bougies pour endormir les ombres
on accroche les rideaux au vent pour dénuder les fantômes
on attache le bétail au phare du jardin
 
les frênes s’en vont chez le couturier du carnaval
les noisetiers s’agenouillent devant le rosaire électrique
les genévriers se piquent au poison du scorpion
le cyprès fait un doigt d’honneur au paratonnerre amoureux
 
jachère incendiée
avoines violées
noyers résignés
figuiers fusillés
 
l’orage défiguré au démonte-pneu sur le belvédère
j’épouserai la météorologue nue dans la tempête

jeudi 17 juillet 2014

amérique dénaturée


c’est une amérique dénaturée par le ressac du bien
c’est une amérique en déroute dans les âmes désertées
c’est une amérique encapuchonnée dans les champs de coton
c’est une amérique en loques sur le radeau du péché
 
balbuzard grinçant de rouille
pélican mafieux trempé dans le minium
vanneau huppé encagoulé de Ku Klux Klan
sarcelle endormie sur l’étang amnésique
 
on descend des fleuves du nord sur des troncs de conifères
on traverse des lacs gelés sur des chariots à vent
on cherche l’or dans les yeux des renards et le corsage des danseuses
on chahute le troupeau de rennes pour l’arrivée de Jésus
 
la phrase stérile dans le nid des contraintes
le petit mot d’adieu collé au judas de la porte
l’explication malpropre des doigts trempés dans la fange
le bon de sortie définitif de l’hôpital du rire
 
pays des rancunes
terre d’accueil pour les confettis
ville de croquemorts soudainement riches
quartier d’industries de cordes à nœuds
 
amérique violentée par des prédateurs aveugles
j’épouserai la femme du bourreau juste le temps d’une messe

samedi 12 juillet 2014

véhicule essoufflé


c’est un véhicule essoufflé à l’arrêt sur la voie lactée
c’est un véhicule de pain de mie accroché à la meule de pierre
c’est un véhicule façon spoutnik sur la parking de l’hôpital
c’est un véhicule amarré à l’aile du moulin
 
noyau de pêche dans la théière
graines de lin dans la poche revolver
poussières de pollen sur la soucoupe
gravier de basalte dans la mémoire
 
on greffe une alliance sur le mutisme des titans
on relave un sacrement sur la planche de salut
on enterre une colère dans les marais salants
on harponne un lendemain dans la couche d’un géant
 
danse négociée à la foudre
caresse effrontée sur la croupe
ballade arrachée au code civil
geste de paix sur la piste d’envol
 
locomotion au rythme du sang dans l’aorte
avancée dans les replis de la robe
regard soudoyé par les courbes et les creux
aspiration vers l’apnée du vertige
 
véhicule fumant de machineries et de désirs
j’épouserai la spationaute sur l’orbite de Vénus