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jeudi 26 août 2010

dans le cul de la bouteille

le long du fleuve
les marchands de sable
tiennent conseil
dans la vase
des fleurs de béton
dans le tamis
des minuteries de sabliers
dans les bennes
des projets de ville
le long du fleuve
les marchands de sable
se retroussent les manches
et crachent dans les mains

insolite insoluble
insoumis insultant
insoluble insolite
insultant insoumis

sur le dos de la colline
les géomètres de l’ombre
se tiennent à carreaux
dans le pré de fauche
des glissades d’ombellifères
dans les ressacs
des étoiles de quartz
dans le fourré
des literies de mousse
sur le dos de la colline
les géomètres de l’ombre
déploient leurs parasols
et tirent la couverture

insolite insoluble
insoumis insultant
insoluble insolite
insultant insoumis

sur l’épaule de la montagne
les tireurs de ficelles
roulent les mécaniques
dans les armoires
des sacs de cordes
dans la paroi
des balles de soie
dans les pierriers
des cadavres de pendus
sur l’épaule de la montagne
les tireurs de ficelles
tissent des liens
et lancent des rappels

insolite insoluble
insoumis insultant
insoluble insolite
insultant insoumis

sur le flanc de la ville
les artisanes du sommeil
tricotent des berceuses
dans le presbytère
un bouquet d’immortelles
à la machine à coudre
des points de non-retour
sur le couvre-lit
des recettes somnifères
sur le flanc de la ville
les artisanes du sommeil
amidonnent les fantasmes
et repassent pour le plaisir

insolite insoluble
insoumis insultant
insoluble insolite
insultant insoumis

dans le cul de la bouteille
les apothicaires du rêve
se paient notre fiole
dans les bonbonnes
des macérations de promesses
dans les jarres
des fermentations imbéciles
dans les pots
des onguents belzébuth
dans le cul de la bouteille
les apothicaires du rêve
se paient notre tête
et gardent la monnaie

insolite insoluble
insoumis insultant
insoluble insolite
insultant insoumis

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

26 août 2010

jeudi 19 août 2010

l'avenir se promène

l’avenir se promène
sous des lunettes noires
un soleil ironique
le traque dans les rues
les barques sont cassées
frontières verrouillées
et les chiens des douaniers
mordent sans aboyer

requiem inquiet
inquiet requiem
opéra camorra
angora opéra

l’avenir se promène
en pièces détachées
un mécano lubrique
en fait un sarcophage
les barques sont brisées
frontières emmurées
et les chacals des côtes
ont les dents barbelées

requiem inquiet
inquiet requiem
opéra camorra
angora opéra

l’avenir se promène
dans un fourgon blindé
un malfrat imbécile
a fait tout explosé
les barques sont coulées
frontières électrifiées
les molosses de la loi
ont des mâchoires d’acier

requiem inquiet
inquiet requiem
opéra camorra
angora opéra

l’avenir se promène
sur l’étoile égarée
un archange obstiné
a soudoyé l’orbite
les barques sont perdues
frontières pointillées
constellation du chien
lèche le paradis

requiem inquiet
inquiet requiem
opéra camorra
angora opéra

requiem inquiet
inquiet requiem
opéra camorra
angora opéra

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

19 août 2010

dimanche 8 août 2010

au début il y a la guerre

des sacs de blé
des esclaves femelles
des travailleurs enfants
au début il y a la guerre

des forêts déchiquetées
des troncs dans les gouffres
des copeaux dans la bouche
des incendies dans les garrigues

des plaines assoiffées
des puits désaffectés
du sable dans les dents
des cadavres de chameaux

des sacs de blé
des esclaves femelles
des travailleurs enfants
au début il y a la guerre

des fleuves colériques
des villages engloutis
de la vase dans la bouche
des corps dans le courant

un vent venu d’enfer
des maisons décapitées
des sifflements dans les dents
des églises arrimées aux rochers


des sacs de poudre
des esclaves enfants
des travailleurs femelles
jour et nuit il y a la guerre

un parc derrière les grilles
une pelouse interdite
une gélule dans la bouche
chlorophylle obligatoire

des avenues de pierres
des devantures de rêves
un gel bactéricide dans les dents
un fonds de musique commerciale

des sacs de poudre
des esclaves enfants
des travailleurs femelles
jour et nuit il y a la guerre

un canal prisonnier
des vannes électroniques
du chlore dans la bouche
des canards en plastique

des ventilateurs fraîcheur marine
des terrasses factices
un cocktail lagune dans les dents
de nouveaux évangiles


des sacs de poussières d’os
des esclaves de sexe
des travailleurs de sang
à la fin il y a la guerre

des sacs de poussières d’os
des esclaves de sexe
des travailleurs de sang
à la fin et toujours il y a la guerre

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

8 août 2010

samedi 29 mai 2010

je cède une part de fin du monde

je cède une part de fin du monde
pour une pluie de chardonnerets

du béton cousu main
pour les soirs républiques
des fenêtres en carton
aux discos du clergé
un salaire wonderbra
pour la caissière du ciel
des billes et des boulons
pour les cités radieuses

je vends un fonds des droits de l'homme
pour une giboulée de sansonnets

un lierre pare-vapeur
sur des indemnités chômage
des robinets de chanvre
pour la tisane du soir
un lit-de-camp de charme
pour des amours brindilles
un calicot en tôle
pour un remords syndicat

j'achète une concession de vent
pour un bouquet d'hirondelles

une piaule container
pour une nymphe kasher
une tonsure de granit
pour l'aumônier en herbe
un portail en satin
pour le travail de nuit
un lit-portefeuille
pour la monnaie plastique

je vends une action sur le rêve
pour une averse de criquets

un cargo carmélite
dans un détroit de messe
un tapis de prière
au pied des grues du port
une passerelle buvard
au cours des fonds marins
un lit de pâquerettes
aux clairières de la bourse

je sacrifie un bout d'éternité
pour un vol d'éphémères

un préau de dioxine
dans un fût de banlieue
un vignoble carbone
pour un cru millésime
une seringue de nacre
sur la robe infirmière
un lit de renoncules
à l'hôtel des finances

je garde le droit à la vie
pour une armée de vers

un wagon d'explosifs
dans la cour de l'école
un treillis barbelé
couvrant le libre-arbitre
le bustier de la juge
aux dentelles de cuivre
un delta sulfureux
sous la gaine du sable

je cède un part de fin du monde
pour un tonnerre d'alouettes

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

29 mai 2010

dimanche 9 mai 2010

blouson des mauvais jours

c'est le blouson des mauvais jours
des gros mots des injures
des guet-apens et des beignes
des rendez-vous de fin du monde
des cicatrices et des assises
c'est le blouson des bons copains
des bocks de bière des pistaches
des thunes au quatre cent vingt et un
à la vie à la mort et puis santé
des disparitions et des embrouilles
c'est le blouson des mauvais jours
qui pleure sur son clou
c'est le blouson des mauvais jours
qui pleure sur son clou

c'est le chandail des promenades
tricoté de moutons tristes
mauvais endroit tout à l'envers
vieilles bardanes méchantes ronces
des poches ouvertes aux courants d'air
c'est le chandail des giboulées
des faux verglas des vraies glissades
des colères et des trahisons
à toujours à jamais et puis à plus jamais
des larmes froides et des ruptures
c'est le chandail des promenades
qui frissonne au portemanteau
c'est le chandail des promenades
qui frissonne au portemanteau

c'est le paletot de la misère
des poches trouées des crans de ceinture
des nœuds coulants sur un seul bout
des ardoises longues comme des bibles
des usuriers et des poursuites
c'est le paletot de l'infortune
des trains ratés des faux départs
des annulations et des amours manquées
des clefs perdues des pannes d'ascenseur
des tickets perdants et le cheval tombé
c'est le paletot de la misère
qui se lamente à la patère
c'est le paletot de la misère
qui se lamente à la patère

c'est le pardessus des diagnostics
des rhumes tenaces des excès de bile
des bouquets de nerfs et des poitrines d'ange
des eaux miraculeuses des litanies d'ave
des semainiers et des neuvaines
c'est le pardessus des rémissions
trois pas dans le soleil d'un nouveau printemps
une branche de lilas parmi les chrysanthèmes
la vie goutte-à-goutte la mort dans le drain
le sourire impuissant de la soignante
c'est le pardessus des diagnostics
qui se pend à son crochet
c'est le pardessus des diagnostics
qui se pend à son crochet

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

9 mai 2010

dimanche 2 mai 2010

tant de fortune

dans le ciel vers l'ouest
un ours blanc
un chien jaune
un taureau gris
puis sont descendus les moutons de la pluie

tant de fortune et tant de transport
tant de bonne étoile et tant de flamme
ces nuages sont les messagers des horizons
fumées des mines à ciel ouvert
fumées des hauts-fourneaux
suées des métropoles
suées des autoroutes
crachats des pétroles et des kérosènes
crachats des ports et des gares routières
fumées des distilleries de parfum
suées des champs de coton
crachat des plaines maraîchères
tant de fortune et tant de transport
tant de bonne étoile et tant de flamme

il pleut sur les places publiques
il pleut sur les cours d'écoles
il pleut sur les trottoirs
il pleut sur l'arrosoir
la vie fait ce qu'elle peut
il pleut sur ton arrosoir
la vie fait ce qu'elle pleut

dans le ciel juste en dessus
des baleines noires
des mammouths dorés
des rhinocéros argentés
puis sont descendus les criquets de l'averse

tant d'auspice et tant de ravissement
tant de filon et tant de commerce
ces nuages sont les malle-poste des continents
fumées des usines à risque
fumées des crématoires interdits
suées des feux de forêts tropicales
suées des centrales atomiques
crachats des volcans
crachats des tankers
fumées des feux d'eucalyptus
suées des orchidées du désert
crachats des laboratoires de pavots
tant d'auspice et tant de ravissement
tant de filon et tant de commerce

il pleut sur les débarcadères
il pleut sur les châteaux d'eau
il pleut sur les tarmacs
il pleut sur l'arrosoir
la vie fait ce qu'elle peut
il pleut sur ton arrosoir
la vie fait ce qu'elle pleut

tant de fortune et tant de transport
tant de ferveur et tant de d'exaltation
il pleut sur l'arrosoir
la vie fait ce qu'elle peut
il pleut sur ton arrosoir
la vie fait ce qu'elle pleut
tant de fortune et tant de transport
tant de ferveur et tant d'exaltation

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

2 mai 2010

dimanche 25 avril 2010

elle a promis

la poussière est enfin retombée
la fin du monde est reportée
les bus ont repris leur ronde
l'épicière lave son trottoir
la radio joue une marche militaire

une adolescente soldate
fredonne devant un brasero
en joue! feu!
on joue au feu
au feu! on joue
le feu aux joues

son lieutenant a de beaux yeux
et des mains si douces
il aime l'odeur du sang
elle aime le goût de sa peau
s'il gagne cette guerre
elle a promis de l'épouser

songe en couleurs
ou rêve en noir et blanc
on pleurera bien quelques larmes
sur la mort d'un cheval
ou celle d'un enfant
songe en couleurs
ou rêve en noir et noir


la pluie a enfin cessé de tomber
la fin du monde est reportée
on peut retraverser le pont
l'épicière vend de l'eau en bouteilles
la radio joue une danse tropicale

une adolescente soldate
chante la révolution
en joue! feu!
on joue au feu
au feu! on joue
le feu aux joues

son capitaine a des yeux d'acier
et des muscles de pierre
il aime l'odeur de la mitraille
elle aime la chaleur de son ventre
s'il réussit son carnage
elle lui a promis un enfant

songe en couleurs
ou rêve en noir et blanc
on pleurera bien quelques larmes
sur la mort d'une mule
ou celle d'une vieille femme
songe en couleurs
ou rêve en noir et noir


le vent est enfin tombé
la fin du monde est reportée
le bimoteur est en bout de piste
l'épicière vend du pain frais et des journaux
la radio diffuse un communiqué

l'adolescente secouriste
apprend une rengaine locale
en joue! feu!
on joue au feu
au feu! on joue
le feu aux joues

son boss a les yeux rougis
et la peau qui transpire
il aime l'odeur du dispensaire
elle aime les veines de son cou
s'il franchit ce désastre
elle a promis de partager sa couche

songe en couleurs
ou rêve en noir et blanc
on pleurera bien quelques larmes
sur la mort d'un onagre
ou celle d'une soldate adolescente
songe en couleurs
ou rêve en noir et noir

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman
25 avril 2010

vendredi 23 avril 2010

à la prochaine migration

à la prochaine migration
il n'y a plus de correspondance

un satellite fusillé
a quitté son orbite
il s'est agenouillé
sur un village tchétchène
les composteuses du métro
ont verrouillé les tourniquets

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
travail où

à la prochaine migration
il n'y a plus de correspondance

un avion détourné
a escamoté sa ligne
il s'est agenouillé
sur une montagne afghane
le chef de gare
a interdit l'accès aux quais

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
manger où

à la prochaine migration
il n'y a plus de correspondance

un container à double fond
a changé de camion
il s'est agenouillé
sur un désert mexicain
la police privée
a bloqué la gare routière

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
dormir où

à la prochaine migration
il n'y a plus de correspondance

un rafiot de pêche
s'est trompé de sardines
il s'est agenouillé
sur les côtes italiennes
les gars de la marine
ont torpillé le port

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
partir où

à la prochaine migration
il n'y a plus de correspondance

le berger sur le col
a changé ses moutons
il s'est agenouillé
devant la chapelle alpine
le garde-frontière
a fermé le vallon

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
mourir où

à la dernière migration
il n'y a jamais de correspondance

quel est ton nom
et quel est ton pays
compris pas
mourir où

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

23 avril 2010

mardi 13 avril 2010

costume de scène

dans son costume de scène
le travesti
est un vautour malingre
au bas de son cou trop long
un boa de plumes fauves
des hanches à l'à-peu-près
et des bottes de docker

quinine et tabac blond
des interdits payés en liasse
zippo zapping
zippo zapping
quinine et tabac blond
des interdits payés en liasse

dans son costume de scène
le travesti
est un lièvre phtisique
son boléro aux manches trop longues
cachent des veines en charpie
ses boutons de manchette
sont un mauvais herpès

pur malt et cigarillo
des interdits pris dans la nasse
travelo travelling
travelo travelling
pur malt et cigarillo
des interdits pris dans la nasse

dans son costume de scène
le travesti
est un girafon rachitique
en haut de ses jambes trop longues
un ceinturon en fer-blanc
comme une boîte aux lettres
pliée sur du courrier déchu

picon et tabac gris
des interdits fourgués en masse
loupo looping
loupo looping
picon et tabac gris
des interdits fourgués en masse

dans son costume de scène
le travesti
est un hippocampe hémiplégique
sous des faux-cils trop longs
des yeux globuleux sans vie
le lacrymal toxique
de haine et de dégoût

saké et cocaïne
des interdits passés à la casse
travelo travelling
travelo travelling
saké et cocaïne
des interdits passés à la casse

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

13 avril 2010

dimanche 4 avril 2010

la terre fermente

derrière la haie moribonde
un couple de rouge-gorge
chasse l'intrus et le froid
la terre fermente
un chant ancien remonte le ruisseau
appelle à la danse

derrière l'inquiétude
une envie d'abandon

derrière le rideau de frênes
un quarteron de pies
se dispute un bout de pré et le noyer
la terre fermente
un roulement de tambour remonte le vallon
appelle aux travaux

derrière la peine
une envie d'abandon

derrière la colline de vignes
une patrouille de freux
déchire le ciel et le silence
la terre fermente
un air de fanfare remonte les remparts
appelle à la fête

derrière le scrupule
une envie d'abandon

derrière la forêt bleu sombre
un clan d'épeiches
quadrille le territoire et l'après-midi
la terre fermente
des rires remontent le sentier
appellent à la libation

derrière le trouble
une envie d'abandon

derrière le potager
une paire de rouge-queue
jalouse le cognassier et le carré de trèfle
la terre fermente
un carillon remonte le village
appelle au recueillement

derrière l'alarme
une envie d'abandon

derrière la vitre
une robe noire sur son cintre
observe le monde et les débordements
la terre fermente
un chant nouveau envahit la chambre
appelle à l'accouplement

derrière la tension
une envie d'abandon
derrière la tension
un désir d'abandon

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

vendredi 26 mars 2010

vers la migraine

une étoile est tombée
dans le pot de mélasse
le café est mal bouillu
dans la tasse ébréchée
ce petit jour n'est pas le grand soir
ce petit journal est mal rasé

je remonte vers la migraine
minerve et milice


une comète est noyée
dans la gelée de mûres
le jus d'orange a mal tourné
dans le gobelet plastique
ce petit jour n'est pas le grand soir
cette petite chanson n'est pas dans le tempo

je remonte vers la migraine
mitraille et milice


un météore est enlisé
dans la barquette de margarine
la tisane est tiédasse
dans le bol aux méduses
ce petit jour n'est pas le grand soir
cette petite radio n'est que commerciale

je remonte vers la migraine
minaret et milice


un soleil est émietté
dans la poubelle de table
l'œuf mollet est cuit dur
dans le coquetier en pyrex
ce petit jour n'est pas le grand soir
cette petite météo et gris-noir et noir

je remonte vers la migraine
mirador et milice


une lune est en vacances
sur le bord de la sous-tasse
l'eau a le goût de chlore
dans le verre à moutarde
ce petit jour n'est pas le grand soir
ces petites nouvelles ne sont pas si neuves

je remonte vers la migraine
miserere et milice
je remonte vers la migraine
misère et milice

je remonte vers la migraine
bulbe ou semence
semence ou bulbe
je remonte vers la migraine

le navet qui pourrit effluve le chef d’œuvre

26 mars 2010

dimanche 21 mars 2010

petit matin bronchite

petit matin bronchite
le carillon se perd
aigrelet dans l'air humide
le diacre se mouche dans les doigts
devant le tabernacle
sur le parvis
les moineaux s'ébrouent dans une flaque
le ciel qui s'y mirait
en est tout remué

une jeune fille se sent le ventre en présomption


petit matin bronchite
la petite cloche fluette
déchire l'air humide
l'organiste a mis ses souliers vernis
qui prennent l'eau
sur le parvis
les moineaux attendent les miettes d'hostie
le ciel qui priait
lâche son eau bénite

une jeune fille se sent le ventre en contrition


petit matin bronchite
le chœur d'église dispersé
grince dans l'air humide
la soliste hisse la grande corde
sur le missa gloria
sur le parvis
les moineaux copulent dans le buis
le ciel qui jeûnait
ouvre des nuées chastes

une jeune fille se sent le ventre en rédemption


petit matin bronchite
le bourdon démesuré
secoue l'air humide
l'enfant de chœur renifle une morve pleine de grâce
et bave sur les entrailles de la vierge
sur le parvis
les moineaux déroutent un pigeon
le ciel qui pleurait
essore ses chasubles

une jeune fille se sent le ventre en perdition


petit matin bronchite
la fanfare en habit
fait danser l'air humide
l'hélicon époumone
un tempo enrhumé
sur le parvis
un moineau fiente sur le chapeau de la préfète
le ciel qui baisait
jouit dans les platanes

une jeune fille se sent le ventre en reddition


like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

21 mars 2010

jeudi 18 mars 2010

en manque d'amour

le vigile du grand magasin
compte les mères célibataires
aux épaules tristes
aux paupières creuses
aux joues pâles
en manque d'amour
compte les étudiantes
en ribambelle
en échancrure
en lolita
en manque d'amour

salue salue salue les anges
et donne la bise à la caissière du souterrain

le fonctionnaire des impôts
compte les chaises en terrasse
les cadenas des vélos
les poubelles éventrées
les retours de l'école
en manque d'amour
compte les canettes de bière
les kleenex et les mégots
les pmu pas même dans le désordre
les chiens tirant sur la laisse
en manque d'amour

salue salue salue les anges
et donne la bise à la caissière du souterrain

l'expert en sinistres
comptes les boutons de manchette
les taches sur la chemise
les dernières pastilles de réglisse
les nœuds au mouchoir
en manque d'amour
compte les rendez-vous impairs
les marches d'escalier
les sorties de secours
les heures de solitude
en manque d'amour

salue salue salue les anges
et donne la bise à la caissière du souterrain

le garçon d'ascenseur
compte les annulaires sans alliance
les silences entendus
les parfums d'aventure
les billets froissés
en manque d'amour
compte les départs en taxi
les whisky seul au bar
les regards sur la montre
les messages en absence
en manque d'amour

salue salue salue les anges
et donne la bise à la caissière du souterrain

salue salue salue les anges
et donne la bise à la caissière du souterrain

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

18 mars 2010

mercredi 10 février 2010

j'avale des pépites je crache des noyaux

un torchon de cuisine
sur la porte du four
un mot-croisé bâclé
près d'un gros cendrier
une envie de printemps
à portée de fenêtre

j'avale
j'avale des pépites
de cobalt écrasé
et je crache
je crache des noyaux
de cerises éclatées


une boîte en fer blanc
pour l'argent du docteur
une branche de saule
pour chasser les esprits
une notice d'emploi
pour les cachets du soir

j'avale
j'avale des pépites
de platine endormi
et je crache
je crache des noyaux
d'uranium enrichi


une chanson de pavé
derrière la barricade
un slogan de combat
avec le poing levé
les balles en caoutchouc
et la gorge qui brûle

j'avale
j'avale des pépites
d'amiante ventilée
et je crache
je crache des noyaux
de résistance armée


la rivière qui s'engouffre
dans la terre qui s'ouvre
des nuages de feu
l'air saturé de cendres
une sirène d'alarme
plan d'évacuation

j'avale
j'avale des pépites
de soufre époumoné
et je crache
je crache des noyaux
de volcan énervé


un spoutnik oublié
sur l'écran du radar
une langue de feu
dans l'œil du télescope
météore liquide
dans le ragoût d'étoiles

j'avale
j'avale des pépites
d'antimoine griffu
et je crache
je crache des noyaux
de comètes perdues


une montée de tension
sous le porche du sas
un record de vitesse
au milieu des globules
un diagnostic précis
sur le livre d'histoire

j'avale
j'avale des pépites
de carbone comprimé
et je crache
je crache des noyaux
d'atomes survoltés


une secousse électrique
sur le monitoring
des graphiques carmins
sur la grille de calcul
une relation connexe
le diagramme du cœur

j'avale
j'avale des pépites
de plomb écervelé
et je crache
je crache des noyaux
d'encéphale avarié

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

10 février 2010

mardi 2 février 2010

et ne pas déranger

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

un oiseau repenti
sur le laurier gelé
des soleils de granit
sur la place publique
un bouquet de violettes
sur un banc oublié
un sourire flagellé
au miroir de l'hôtel
un seul verre de liqueur
sur un chagrin du soir
et ne pas déranger
sur la porte du coeur

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

un oiseau inquiété
par un couple de pies
des soleils de cristal
sur les toits de béton
un brin de myosotis
sauvé sur disque dur
un regard en dessous
sur des corsages fiers
un souvenir d'absinthe
au goût de nostalgie
et ne pas déranger
sur le quai du désir

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

un oiseau encagé
sur un balcon plein sud
des soleils ficelés
au vestiaire des vacances
un tapis de tagètes
en guise de drap de bain
un sourire émietté
par la crème antirides
un parfum de jasmin
sur le col du peignoir
et ne pas déranger
au pied du couvre-lit

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

un oiseau pèlerin
sur la carte du tendre
des soleils de carlingue
dans les rues des tropiques
un jet de boutons d'or
sur l'autel des promesses
un regard étamine
sur des pollens de charme
un lacrima christi
cueilli à pleine bouche
et ne pas déranger
sur l'ourlet d'une gaine

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

un oiseau crucifié
par un destin jaloux
des soleils pyromanes
sous des jupes savanes
un cortège de lys
tombés d'un soutien-gorge
un sourire à l'envers
sur la table de nuit
un verre de mort subite
pour ne pas oublier
et ne pas déranger
sur le rideau tiré

ouvrez ouvrez
la maison des délices
couvrez couvrez
les jardins des délires

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

2 février 2010

samedi 30 janvier 2010

en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

un bijou de deux sous
sur la table de nuit
un savon de marseille
sur le bord du bidet
elle fume à la fenêtre
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

de vieux roman-photo
une bouteille de soda
des épingles à cheveux
un parfum de prisu
elle fredonne un vieux rock
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

un cendrier faux murano
un bâton de rouge trop gras
un sachet de prussiens
une photo de James Dean
elle téléphone à sa mère
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

une bague de fiançailles
dans une cage d'oiseau
des dessous de dentelles
sur une corde à linge
elle mange du chocolat
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

des palmiers vert cassé
sur la nappe en ciré
des boîtes de témesta
parmi les confitures
elle dessine des cœurs
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

un reste de pizza
sur la gazinière
quelques photos d'un mec
sur la porte du frigo
elle recompte les jours
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

un livre de régime
derrière le micro-onde
une bougie à la cannelle
ça fait une atmosphère
elle rêve d'un jour à la mer
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

un corsage couleur chair
sur un cintre en fer blanc
des ballerines fatiguées
de danser la survie
elle répète un prénom
en regardant la neige

un chardonneret posé
sur une tige de bardane

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

30 janvier 2010

lundi 25 janvier 2010

peut-être sûr

peut-être
un jour de lessive
du mange-tache
et un adoucissant
une cuite de blanc
et une corde à linge
sûr
un linge de famille

peut-être
un jour de paie
un carnet du lait
et le dernier jour du terme
un rôti du dimanche
et une verrée avec les camarades
sûr
un avis de poursuite

peut-être
une nuit de gel
un cache-nez
et des mitaines
du bois qui craque
et une cascade figée
sûr
une ère de glaces

peut-être
un vent de révolte
une vieille rogne
et une gerbe de rancune
un ressentiment
et un éclat de voix
sûr
un jour de colère

peut-être
un jour de jeûne
une gamelle vide
et une soupe maigre
une privation
et un ragoût de courants d'air
sûr
une face de carême

peut-être
un relevé de compte
une mensualité
et un bordereau d'impôt
de l'oseille sèche
et un jardin d'hypothèques
sûr
une froide reconnaissance

peut-être
un temps de réflexion
un pour contre un contre
et une échappée vers le haut
une envie d'avis
et un sac de conseils
sûr
un délai d'attente

peut-être
une alarme de tempête
un anévrisme
et une lettre de rupture
un test amant
et une prise de sang
sûr
un avis de faire-part

peut-être
un pan de vie
un ersatz
et un ectoplasme
un destin
et des rencontres
sûr
la vie pour de vrai

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

25 janvier 2010

jeudi 7 janvier 2010

cataracte et garde-feu

il y a de l'entraille
il y a de l'embrun
le vertige le plus fou
et la plus belle colère
de l'irrémédiable et de l'irréel
de la durée et de l'instantané
le fracas et l'écrasement
s'agenouiller
s'agenouiller devant la cataracte

ça vient de la lance
ça vient de la tranchée
du courage le plus fou
et du plus bel inutile
de l'absolu et du frisson
de la terreur et de la soif
la foudre et le volcan
mobiliser
mobiliser le garde-feu


il y a de l'arrachement
il y a de la tension
la précision la plus folle
et l'impact le plus mordant
du barbare et de l'éternel
de l'assassin et de la surprise
la guêpe et le sifflement
psalmodier
psalmodier devant la catapulte

ça vient de l'étoile
ça vient du col d'est
le tracé le plus fou
et la borne la plus sobre
de l'ouverture et de l'élan
de la ligne et de la quête
le cairn et le peuplier
abriter
abriter le garde-voie


il y a de l'explosion
il y a de l'avalanche
le vacarme le plus fou
et la plus vive détresse
de l'insensé et de l'impétueux
de l'effroyable et de l'incrédule
le tonnerre et la ravine
célébrer
célébrer le cataclysme

ça vient du ciel
ça vient de la forêt
le dérèglement le plus fou
et la muraille la plus épaisse
du sacrifice et de la soumission
de l'incantation et du talisman
la camisole et le breuvage
vénérer
vénérer le garde-fou


il y a du grandiose
il y a de la rémission
l'abandon le plus fou
et la révolte la plus muette
de l'invraisemblable et du constat
du banal et de l'incompris
le voyage et la réclusion
se taire
se taire devant le catafalque

ça vient de l'argile
ça vient de l'incendie
le chagrin le plus fou
et le déchirement le plus bref
du rituel et de la cérémonie
de la confiance et de la délégation
l'humilité et l'espérance
encenser
encenser le garde-corps


il y a de la caverne
il y a de la cathédrale
le silence le plus fou
et la mémoire la plus forte
de l'intransigeant et du carbone
du grimoire et de la scorie
le tumulus et le gravé sur la pierre
chanter
chanter devant la catacombe

ça vient du désert
ça vient de l'océan
la saison la plus folle
et la nuit la plus longue
de la clepsydre et du cadran
de la lumière et de l'ombre
l'ici maintenant et le désir d'inconnu
mesurer
mesurer le garde-temps

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

7 janvier 2010

mardi 29 décembre 2009

j'ai boutiqué le soleil

j'ai enveloppé le jardin
avec de la vieille neige
j'ai déroulé le brouillard
et brouetté des feuilles mortes
j'ai salué les voisins
et réchauffé la soupe
j'ai changé les draps de lit
et repassé du courage
j'ai écrit aux enfants
et rentré la bruyère

j'ai boutiqué le soleil
et rafistolé la lune
la main sur la rambarde
j'ai remonté une marche

j'ai tronçonné le frêne
et fendu des buchilles
j'ai vidé les cendres du poêle
et huilé la pelle à neige
j'ai salé le petit lard
et lavé la choucroute
j'ai souri à la voisine
et changé l'eau des fleurs
j'ai écrit aux parents
et visité le cimetière

j'ai boutiqué le soleil
et rafistolé la lune
la main sur la rambarde
j'ai remonté une marche

j'ai taillé les rosiers
aiguisé la faucille
j'ai paillé les pivoines
et remisé la bêche
j'ai nourri les oiseaux
et caressé le chat
j'ai chicané le voisin
et bouillu le café
j'ai menti aux enfants
et sorti les poubelles

j'ai boutiqué le soleil
et rafistolé la lune
la main sur la rambarde
j'ai descendu une valse

j'ai calfeutré les fenêtres
et nettoyé le fusil
j'ai vérifié les serrures
et compté les fromages
j'ai brûlé le courrier
et déchiré les photos
j'ai salué une renarde
et j'ai vendu les vignes
j'ai maudit la voisine
et filtré le vinaigre
j'ai oublié les parents
et cassé mon violon

j'ai boutiqué le soleil
et rafistolé la lune
la main sur la rambarde
j'ai trucidé un tango

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman

29 décembre 2009

mercredi 16 décembre 2009

giclée d'azote

l'archange du givre aquarelle le pré et la vigne
ne reste qu'une feuille au noisetier
le merle est descendu en ville
la paysanne aussi

j'ai pris froid à l'âme
et à l'os
est-ce une larme qui gèle à la moustache

le lutin du houx prunelle le sous-bois
ne reste qu'une pomme d'api sur la table
le renard est descendu en ville
l'ivrogne aussi

j'ai des frissons à la tendresse
et dans la cervelle
est-ce un caillot gelé dans la veine cave

l'angelot de la brume tempère la roselière
ne reste qu'une macroule sur le lac
les scarabées dorment en ville
l'amoureuse aussi

j'ai l'onglée à l'encre du poème
et au nœud de la gorge
est-ce un vent du nord dans la soufflerie

la vouivre du solstice fresque la sapinière
ne reste qu'une souche au dévaloir
le cerf s'approche de la ville
la braconne aussi

j'ai des gelures à mon silence
et à mon plexus
est-ce une giclée d'azote dans les neurones

j'ai mis du sucre glace dans ma tisane

like a rolling stone comme disait Robert Allen Zimmerman
16 décembre 2009