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jeudi 1 novembre 2012

le grand cairn


ils ont fermé le haut de la vallée
là où la forêt renonce
ils ont parlé de barbares et d’orages
ils ont parlé d’effondrements
ils ont parlé d’argent aussi
 
les pâturages sont devenus paysage
les rochers inutiles droit de passage
les torrents amenées d’eau
la moraine barrage
 
le grand cairn solide et tranquille
sur sa table de granit
savait de toute éternité
les lois de la montagne
les ruptures du gel
les traces des passeurs
la migration des rapaces
et l’anniversaire des marmottes
 
le grand cairn savait la cupidité et l’amitié
les enlèvements et le troc
les avalanches et la débâcle
les faillites et les abandons
 
sous un grand soleil frileux
il a pris la parole
et déroulé ses aveux
 
il y eut des déflagrations
il y eut des éclats de pierres
des soldats désœuvrés jouaient du lance-mine
 
le grand cairn fusillé
le haut de la vallée fermé
et mort
 
1er novembre 2012

dimanche 28 octobre 2012

c'est un cortège d'oiseaux tristes

c’est un cortège d’oiseaux tristes
dans les tournesols gelés
le paysan compte ses veaux maigres
et ses bouteilles de vin gras
ses filles partent vers la ville
apprendre la musique et le commerce
le vent raconte des misères
et dieu n’en mène pas large
ce dimanche d’ennui
 
c’est un cortège de chats colériques
dans la cour de l’école
le jongleur compte ses quilles sales
et ses diabolos désaxés
ses filles partent vers le sud
apprendre la trompette et la guérilla
le vent raconte des mensonges
et dieu n’en mène pas large
ce vendredi-saint de grêle
 
c’est un cortège de rats boursouflés
dans les laboratoires du crime
le juge compte ses cigares humides
et ses jours de peines trop salées
ses filles partent vers la légende
apprendre les grandes orgues et les maisons closes
le vent raconte des boniments
et dieu n’en mène pas large
cette toussaint de givre
 
c’est un cortège de moutons désossés
dans les couloirs du ramadan
le croyant compte ses poissons sans tête
et ses pénitences à la douzaine
ses filles partent vers l’occident
apprendre la fanfare et la voile
le vent raconte des histoires
et dieu n’en mène pas large
à la noël du diable

28 octobre 2012

samedi 27 octobre 2012

dans le mouvement d'écrire

dans le mouvement d’écrire
un geste de descente
le long des parois carotides
dans le Niagara des bronches
dans les trous de viscères
l’identité parfois se cache dans la vésicule
 
une escarbille une escarmouche
des billes et des mouches
des escarres surtout des escarres
 
 
dans le mouvement d’écrire
un geste de plongée
le long des gosiers échoués
dans le creuset du bol alimentaire
dans la marée de vessie
l’identité parfois se cache dans le mucus
 
une escarbille une escarmouche
des billes et des mouches
des escarres surtout des escarres
 
 
dans le mouvement d’écrire
un geste d’envol
le long des omoplates célestes
dans l’orgue des alvéoles
dans les réacteurs des méninges
l’identité parfois se cache dans les synapses
 
une escarbille une escarmouche
des billes et des mouches
des escarres surtout des escarres
 
 
dans le mouvement d’écrire
un geste de glissade
le long du glacier cervelet
dans le toboggan des sciatiques
dans les vagues surrénales
l’identité parfois se cache dans les trous de nez
l’identité parfois se cache et se tait
 
une escarmouche une escarbille
des mouches et des billes
des escarres surtout des escarres
des escarres sous la quille
 
27 octobre 2012

vendredi 19 octobre 2012

traverser la cour

traverser la cour de l’école
avec un quatre heures périmé
un trou à la culotte
et un chagrin d’amour
lourd comme une punition
je ramasse un marron
et un poème en miettes
 
le geste du lanceur de cailloux
un après-midi de congé
 
 
traverser la cour de justice
avec un classeur de reproches
un surplus de fiel
et un désir de vengeance
gros comme un baleinier
je ramasse une poignée de clous
et un poème en passoire
 
le geste du vannier
un matin de tribunal
 
 
traverser le carnaval
avec une bière fausse blonde
un talon cassé à la Guggenmusik
et la cervelle en exil
usée comme un pétard mouillé
je ramasse un confetti noir
et un poème en sac de billes
 
le geste du prince
un soir de bal nègre
 
 
traverser la bourse du travail
avec un salaire piétiné
un trou au syndicat
et un sentiment de haine
droit comme un piquet de grève
je ramasse un calicot
et un poème au poing levé
 
le geste du fléau
un matin de grand-soir
 
 
traverser le jardin des mémoires
avec des histoires cassées
un tacon à la corde
et des racines acérées
dans une chape de béton
je ramasse un almanach
et un poème en litanies
 
le geste de l’horloger
une nuit d’insomnie
 
19 octobre 2012

mardi 16 octobre 2012

dans la ville en pente

dans la ville en pente
un militaire en treillis
souffle les lampadaires
c’est l’heure des chats squelettiques
et des filles à venin
je cherche un sommeil aigre
une écharpe de cashmere
un clou pour mon béret
la chouette de vingt-trois heures
boulotte un piaf endormi
 
dans la ville en pente
un diplomate en pied-de-poule
dort sur un banc de pierre
c’est l’heure des fouines colériques
et des filles à champagne
je cherche une confession amie
une chemise de lin bleu
une larme pour mes crimes
la chouette de vingt-trois heures
rote une cervelle de moineau
 
dans la ville en pente
un président en papillote
referme la gare
c’est l’heure des louves chasseresses
et des filles à chagrin
je cherche un plan de bonheur
un point de non-retour à mon chandail
un revers pour mon médaillon
la chouette de vingt-trois heures
lâche un pet de plume
 
16 octobre 2012

dimanche 14 octobre 2012

la montagne devant moi

la montagne devant moi
convoque les archanges
c’est une célébration
un vent du matin dans les herbages roux
une chaille qui glisse sous le pas du chamois
le carillon du hameau
appelle à la messe chantée
un amour adolescent dans un vol de casse-noix
 
c’est une sonate de trompette
dans la mine de cuivre
 
 
la montagne devant moi
déroute les diablats
c’est un complot
un vent de foehn dans les aroles
des galets qui grondent dans le torrent
le tocsin du hameau
signale l’incendie
un amour incandescent dans le sac de la cigogne
 
c’est un oratorio de cor de chasse
dans la mine de cuivre
 
 
la montagne devant moi
fait danser les fées
c’est une sarabande
un vent de verroterie dans les martagons
du quartz qui pétille dans les ardoises
la campanelle du hameau
annonce la fête votive
un amour déférent dans le piaulement de l’aigle
 
c’est un solo de tuba
dans la mine de cuivre
 
 
la montagne devant moi
repousse les barbares
c’est un ralliement
un vent de tourmente sur le glacier
des séracs qui s’écroulent sur la moraine
le glas du hameau
dit que c’est une jeune femme
un amour interdit dans l’œil de l’épervier
 
c’est un final de cuivres
dans la mine de vent
 
14 octobre 2012

samedi 6 octobre 2012

c'est une peur fermentée

c’est une peur fermentée
au rendez-vous des bacilles
c’est une tisane de vendange flétrie
c’est carnaval dans le torrent
c’est un quadrige pour la messe des baptêmes
c’est la soupe aux cailloux
pour le repas de l’ogre
 
la généalogie du cheval
au fond du sac d’avoine
 
 
c’est une peur aiguisée
au lendemain de couteaux
c’est un sirop de sang flétri
c’est vendredi-saint dans la fromagerie
c’est un carrousel pour les rogations
c’est la soupe aux orties
pour le repas du curé
 
le caractère du cheval
dans la botte de foin
 
 
c’est une peur araignée
au carrefour des méninges
c’est un bouillon de coq flétri
c’est pentecôte dans les vernes
c’est un paddock pour la messe des anges
c’est la soupe du chalet
pour le repas du docteur
 
le portrait-robot du cheval
dans le mouchoir du forgeron
 
 
c’est une peur cartouchière
pour un lundi de jeûne
c’est un vin de canaille flétrie
c’est fête-dieu sous la cantine
c’est une voltige pour la confesse
c’est la soupe à la grimace
pour le repas du diable
 
l’identité du cheval
dans la brouette à crottin
 
6 octobre 2012

dimanche 30 septembre 2012

c'est un chant d'entre saison

c’est un chant d’entre saison
un soleil se fatigue
un noisetier se déshabille
la rosée s’affirme
la bardane change de résidence
dans le chandail du promeneur
la vendange prend l’hélicoptère
le bus de l’hôpital sent la friandise
 
c’est un chant de respiration
un soleil remonte l’édredon
une noix roule sur le chemin
la rosée s’affirme
la bardane change de camp
dans la queue d’un renard
la chasse prend le parapente
le bus de l’hôpital sent le chrysanthème
 
c’est un chant de compassion
un soleil tourne le dos
une pomme éclate sous le bec de la grive
la rosée s’efface
la bardane retourne à l’école
sur le manteau de l’écolière
la désalpe prend le camion
le bus de l’hôpital sent le désinfectant
 
c’est un chant de contrition
un soleil blanchit goutte-à-goutte
une pivoine se fane
la rosée se fige
la bardane prend le chemin de l’abattoir
dans la laine du mouton
le grand-père prend le corbillard
le bus de l’hôpital sent l’héritage
 
30 septembre 2012

vendredi 28 septembre 2012

l'humain ne vaut

j’ai acheté un six-pack de reconnaissance
j’ai bu cul-sec sans respirer
dans les toilettes du parking
biture express de l’ego
je pars à la conquête du monde
tenez-vous prêts mes camarades
je bombe le grand calicot
hardi ! hardi !
un subtil coma m’a cueilli
au garage des caddies
l’humain ne vaut que l’épaisseur du bitume
 
j’ai acheté un tombereau d’estime
j’ai fourragé d’un coup sans trêve
le bestiaire de mon poème
haie d’honneur devant l’ego
je piétine les renoncules et les nénuphars
tenez-vous prêts mes hérons
j’aborde le coffre des radeaux
hardi ! hardi !
une diarrhée de mots m’a cloué
dans le vacarme des feuillées
la grandeur de l’humain n’est qu’accroupissement
 
j’ai acheté un cubi de vanité
j’ai siphonné d’une traite  sans dégout
dans l’estagnon des fiertés
médaille sans revers pour l’ego
je confisque les trains et les avions
je brûle les gares et charrue les tarmacs
hardi ! hardi !
un caillou dans ma prothèse a brisé
mon envol vers la comète
l’humain ne vaut qu’une erreur d’aiguillage

28 septembre 2012

jeudi 27 septembre 2012

un vent d'enclume

un vent d’enclume
a sauté les cols italiens
pluie à l’envers
le Rhône est brun épais
ça sent la débâcle
je traverse une brume sentinelle
sur les clous de dix-huit heures

à la saint avorton
prends garde à tes ponts
un vent d’enclume
sur le rebord des tempes
 

un vent de caillasse
a dérouté les vernes folles
pluie en petits tas
ça sent les rogations
je traverse un ruisseau catafalque
sur la passerelle de vingt heures

à la saint rigolo
fais gaffe aux trous d’eau
un vent de caillasse
sur les bécarres de la nuque
 

un vent de confetti
a fourvoyé les vaches à l’abreuvoir
pluie dans le bac à glaçons
le mélèze tricote un paratonnerre
ça sent l’engueulade
je traverse l’écrémée du soir
sur le ponton de vingt-deux heures

à la sainte torgnole
évite la bergère en faux-col
un vent de confetti
sur la balançoire des sourcils
 

un vent de sarbacane
a pété la digue des sens
pluie dans le bénitier
rosa canina s’agenouille dans le corsage
ça pue l’amour
je traverse le jardin des culottes
sur l’étendage de minuit

à la saint cupidon
baise sous l’édredon
un vent de sarbacane
sur la frégate des reins
 
27 septembre 2012  

samedi 22 septembre 2012

tu annonces

tu annonces la collision du monde
avec un sombre aéronef
avec un vol de criquets
avec une armée de silures
tu dis les interstices
la vieille table de la loi
et les erreurs de calcul
tu chantes la saison des pluies
et les anniversaires tronqués
 
tu annonces la chute du ciel
sur les déserts de demain
sur les villes en bambous
sur une literie de stupre
tu dis le souffle de l’air
l’inertie des falaises
et l’inquiétude de l’océan
tu chantes l’oraison des macareux
et les fausses fêtes votives
 
tu annonces le creusement des vallées
dans les trous des torrents
dans les querelles des gélinottes
dans les bas-fonds de l’alpage
tu dis les bivouacs dynamités
les grenadiers alpins
et la honte du tunnelier
tu chantes le rosaire des veuves
et le calendrier des messes de septième
 
tu annonces le déclin de la lune
sur les toits des villages
sur les amours des chats
sur la chandelle des pierrots
tu dis le froid qui s’installe
la capote sur la cantine
et le parfum femelle
tu chantes des trivialités de carrefour
et les dates des menstrues

22 septembre 2012

dimanche 16 septembre 2012

et la piécette

je passe mes heures
à me pardonner des minutes d’égarement
un sourire oublié
une larme retenue
une main dans la poche
et la piécette, mon bon monsieur
la piécette
 
je passe mes jours
à me pardonner mes nuits
les yeux sur les démons
les péchés enfouis sous la couette
les tempes qui tambourinent
et la valériane, mon bon monsieur
la valériane
 
je passe mes années
à me pardonner mes printemps
le regard qui bleuit
la rotule qui craque
le poumon qui s’agite
le ventre qui prospère
et le calendrier, mon bon monsieur
le calendrier
 
je passe ma vie
à me pardonner de l’enfance
des chagrins dans le cartable
des bonbonnailles volées
une rage à cran-d ’arrêt
une vengeance dans une boite d’allumettes
et l’indulgence comme un outrage, mon bon monsieur
l’outrage de l’indulgence
 
16 septembre 2012

samedi 15 septembre 2012

le funambule tend son filin

quelque chose qui convoque
le départ des anges
une prairie de cailloux
une mine d’arsenic
une colonie d’asters
le funambule tend son filin
entre la moraine et l’hospice
mâchouille des couennes de lard
en attendant le printemps
 
quelque chose qui invite
au bal des anges débutants
un névé qui goutte
une ardoise qui pète
un ciel démesuré
le funambule tend son filin
entre la luge de secours et le remonte-pente
croque des pets-de-loup
en attendant l’hiver
 
quelque chose qui interroge
l’âme des angelots de la crevasse
un règlement de marmottes
un recueil de nuées
une touffe d’arnica
le funambule tend son filin
entre rien et le ciel
gobe une cervelle d’aigle
en attendant le prochain siècle
 
15 septembre 2012

mardi 11 septembre 2012

je dis le centre du monde

la fiche d’identité du myosotis
sur le cahier d’écriture
une recette de souci
le décompte des libellules
 
je descends dans la nef
et je dis le centre du monde
dans l’œuf de l’araignée
 
 
l’état-civil du pissenlit
sur le carnet du lait
des chips de chagrin
les muscles du crapaud
 
je descends dans la soute
et je dis le centre du monde
dans l’œil de la jument
 
 
l’autopsie de la pivoine
sur du papier musique
un mille-feuilles de mouron
les querelles du moineau

je descends dans les caves
et je dis le centre du monde
dans les griffes du chat
 
 
le passeport de la ciguë
dans le fichier de police
un émincé de soupçon
le salaire des cafards
 
je descends dans l’ossuaire
et je dis le centre du monde
dans l’estomac de la vache
 
11 septembre 2012

lundi 10 septembre 2012

j'ai bien entendu la marmotte

un loup fatigué
italien et autiste
a joué à pigeon-vole
avec des moutons haut-valaisans
a suivi le garçon-boucher
nez noir yeux de miel
nez noir cornes à ressort
 
j’ai bien entendu la marmotte
siffler la mi-temps
 
 
une bergère dégourdie
roumaine et chafouine
a laissé la marque de ses fesses
sur la motte de beurre
a mélangé tous les fromages
yeux noirs peau de miel
yeux noirs seins de granit
 
j’ai bien entendu la marmotte
siffler la mi-temps
 
 
un cochon un peu frileux
polonais et protestant
a joué à chat-perché
avec le chaudron de polenta
s’est soûlé de gnôle
pour se réchauffer
groin rose et queue de miel
groin rose et cul de velours
 
j’ai bien entendu la marmotte
siffler la mi-temps
 
 
un géomètre déboussolé
cosmopolite et volapük
a palpé la queue de la comète
avec son petit rapporteur
a tracé de son équerre
un angle parfait sur une motte de beurre
yeux de braise et pouce miel
yeux de braise mains aux fesses
 
je n’ai plus entendu la marmotte
siffler la fin du match
 
10 septembre 2012