1440 minutes

1440 minutes
editions d'autre part

mercredi 7 novembre 2012

je pense à la pilule-retard

Le tableau est un portrait de madone en piété. Le jardin protège une courge parturiente. La prairie est en gésine. La vigne produira encore de l’humagne blanche.

Araignée de la perte des eaux, ciseaux.

Un homme vole un bouquet de violettes à la marchande des quatre saisons. Est-ce un pardon, est-ce un merci ? Il ne le dira à personne. Il sait simplement la joie et le malheur. Il dépose son bouquet et un petit canif bleu à la porte de la chambre d’hôpital. Il pense à un dimanche de première communion.

Il relit la notice sur l’emballage de pilules-retard.

Il y eut un reniflement. Il y eut un cri de corbeau. Il y eut une cigarette sur un banc au soleil. Il y eut une envie de vomir un surplus de vie.

Araignée de la perte des eaux, fuseau.

Je cherche un prénom parmi les fleurs et les saintes. Je remonte la filière des grand-mères et des tantes sans enfant. J’approche de l’anonymat et des signes distinctifs. Je rêve de romans d’enquêtes où les prénoms sont des énigmes et des formules magiques.

La greffière pense que Jésus est un nom d’emprunt.

Une araignée ursuline tisse une barboteuse pour le tiroir à bébés.

Je pense au droit à la parole pour les myosotis.

mardi 6 novembre 2012

je pense à la découverte du frisson

Le tableau a vibré sous l’intensité des couleurs. Le jardin se revendique de la gouache. La prairie rutile. La vigne est un patchwork médusé.

Araignée de l’heure du laitier, poudrier.

Un homme défait sa valise sur le quai de marchandises. Il refait les plis de sa chemise du dimanche. Refait aussi une jeunesse à sa casquette en laine. Il embrasse une fleur en papier. Jette sur les voies un magazine pour camionneurs. Et sourit à la cantinière qui réchauffe du café. Il pense à la ville qu’il a quitté, ses enfants et son cheval.

Il sent au fond des reins une envie de frisson.

Il y eut un vol de clé à la consigne. Il y eut un accordéon dans le sous-voies. Il y eut une lampée de rhum et un brasero dans le hangar.

Araignée de l’heure du laitier, encrier.

Je découpe des silhouettes tordues dans le journal du jour. Je parie un sandwich à la tomate sur le retard de la correspondance. Je rêve de romans de gare où des doctoresses font se dissoudre les voyageurs imberbes.

Le haut-parleur informe que le train de la vallée a rebroussé chemin.

Une araignée ridicule et forcenée tisse une toile dans la sortie du tunnel.

Je pense à la pilule-retard pour croire aux lendemains.

dimanche 4 novembre 2012

je pense à une méthode de séduction


Le tableau a convoqué des couleurs épatantes. Le jardin lisse ses pinceaux. La prairie s’étire en camaïeu. La vigne frémit d’un vol d’étourneaux.

Araignée de l’heure de la none, madone.

Un homme ramasse des feuilles de saule. Il en fait un feu qui sent le marais et fait passer le mal de tête. Il parle aux couleuvres. Et aux vouivres aussi. Pour les promesses et les jeux de hasard. Ses amours du dimanche ont le gout de la tarte aux pommes et de la liqueur de coing. Il pense à une géante de velours flasque.

Il décortique la séduction.

Il y eut un chant de grive musicienne. Il y eut une rose qui s’étiole. Il y eut une tisane de sauge et une envie de caresses.

Araignée de l’heure de la none, maldonne.

Je distille du jus de nénuphar pour séduire les grenouilles. Je soudoie le saunier pour un bouquet de massettes. Je rêve de romans de marigot où les princesses hérons se pourlèchent de larves de libellules.

Quelques bulles de méthane éclatent à la surface de l’eau et disent la rancœur de la vase.

Une araignée d’eau trace des portées de sonate.

Je pense à la découverte du frisson.

samedi 3 novembre 2012

je pense à un lendemain de fiançailles

Le tableau penche vers la sortie Le jardin est en cavale. La prairie est en prière sous la rosée. La vigne a mis une petite laine.

Araignée du quart d’heure syndical, carnaval.

Un homme prépare son bois de chauffage à l’aide d’une scie à ruban à moteur à deux temps. La lame grince, les nœuds giclent, la résine brûle. Un bol de vin chaud, un morceau de lard aux changements de lames. Un crachat dans les mains, un juron quand le moteur cale. Il pense à un poêle neuf pour sa fille.

Il prévoit ses fiançailles.

Il y eut un caillou dans la souche. Il y eut la lame qui casse. Du sang sur le bras. Il y eut de la gnôle pour désinfecter, de la gnôle pour la douleur.

Araignée du quart d’heure syndical, hôpital.

Je gratte une croûte à mon genou. Souvenir des jeux de l’enfance. Des trottinettes bancales, des pistes de luge dans les vignes. Je marchande au scieur de bûchilles d’allumage. Je paie en fromage et en petit salé. Je rêve de romans pour bûcherons salaces et matrones en liquette.

Les statistiques des divorces ne disent rien des chambres sans fourneau.

Une araignée assidue tricote une écharpe pour étrangler son mari.

Je pense à une méthode de séduction.

vendredi 2 novembre 2012

je pense à la reconquête

Le tableau voudrait fuir vers le nord. Le jardin est un joyeux pourrissement. La prairie sent le blaireau. La vigne s’ennuie des travailleuses croates.

Araignée du jour des morts, croquemort.

Un homme descend dans les égouts de la ville. Il y dort chaque soir, apprivoisant les rats avec des restes de pizzas et des berceuses flamandes. Sa doudoune porte un nom de haute montagne. Cela lui suffit pour voir passer nos vies. A la lampe frontale, il lit des récits de voyages et de baises avec toutes les ethnies du monde. Il pense à sa sœur et ses cousines.

Il dit la reconquête.

Il y eut la parade de la fanfare sur la place de la cathédrale. Il y eut un vin d’honneur et une leçon de morale. On y pensera une petite semaine.

Araignée du jour des morts, matamore.

Je suce une pierre de lune pour donner du courage. Je parlemente avec le vicaire épiscopal une concession de paradis sur terre. Je revendique une sonnette de vache pour la baronne. Je rêve d’un roman guilleret où les sentiments sont ficelés dans des jarres de vin cuit.

La radio annonce que l’eau du robinet est avariée.

Une araignée verte suce une mouche bleue.

Je pense à un lendemain de fiançailles.  

jeudi 1 novembre 2012

je pense à un tableau à réinventer

Le tableau ouvre sur l’ouest. Le jardin potager est un parfait désordre. La prairie attend le gel. La vigne regarde la lune attardée sur la crête blanche.

Araignée de neuf heures, facteur.

Un homme m’écrit des missives dessinées, peuplées de gens qui sont mes frères, sortis d’un bal nègre. Je répondrai lundi des histoires de pluies froides et chagrines. Des ouvrières vendangent un dernier raisin surmaturé. Cela fera du vin de mariage. Le village sourit sous le soleil. Le cimetière attend la fanfare et le vin d’honneur. On mangera des châtaignes rôties et du vieux fromage.

Il y eut trois nuits de gel et un vent venu d’Italie. Les frênes se déshabillent. Les voisins sont plus proches. On les saluera plus souvent.

Araignée de neuf heures, docteur.

Je croque des pastilles de valériane. Je dessine des buissons d’automne en attendant le moment de la musique. Je rêve d’un roman imbécile où les objets dictent la loi des habitudes. Au chapitre deux, des fouets mécaniques terrorisent les enfants d’Halloween.

On signale un retour des chansons de Bob Dylan.

Une petite araignée noire tisse sa toile entre la chaise et le ficus.

Je pense à la reconquête.

le grand cairn


ils ont fermé le haut de la vallée
là où la forêt renonce
ils ont parlé de barbares et d’orages
ils ont parlé d’effondrements
ils ont parlé d’argent aussi
 
les pâturages sont devenus paysage
les rochers inutiles droit de passage
les torrents amenées d’eau
la moraine barrage
 
le grand cairn solide et tranquille
sur sa table de granit
savait de toute éternité
les lois de la montagne
les ruptures du gel
les traces des passeurs
la migration des rapaces
et l’anniversaire des marmottes
 
le grand cairn savait la cupidité et l’amitié
les enlèvements et le troc
les avalanches et la débâcle
les faillites et les abandons
 
sous un grand soleil frileux
il a pris la parole
et déroulé ses aveux
 
il y eut des déflagrations
il y eut des éclats de pierres
des soldats désœuvrés jouaient du lance-mine
 
le grand cairn fusillé
le haut de la vallée fermé
et mort
 
1er novembre 2012