1440 minutes

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editions d'autre part

dimanche 15 mai 2016

lorsque je descends 5

lorsque je descends

la marée de l’angélus, quand les embruns prennent le goût des sexes libérés, quand la prière des lactations fait jaillir la laitance des oursins, quand les algues font Nijinski dans les vagues, quand la vase joue à la vase pour détruire les châteaux

le ressac des pauvres, celui de la quête silencieuse, du croûton de pain frotté de sueur, de la friture à l’huile avariée, celui qui lave les pieds usés de trop de marches, celui qui dilue les menstrues libératrices, celui qui dissout les préservatifs usagés

les siphons entre les rochers noirs, repaire de poulpes, laverie des poissons translucides, dortoir de forbans et corsaires, lupanar des sirènes, confessionnal des tridents de Neptune, boite à lettres pour le courrier des femmes de marins, abreuvoir des veuves

lorsque je descends

je participe à l’évacuation des orques
j’assiste à l’accostement des dépucelages
j’assiste le chalutier dans sa tempête
je marie le poisson blanc au quartier de lune

lorsque je descends

la bosse des baleines à bosse, toboggan des absoutes, dérive vers les disparitions mesurées, trottoir des dislocations douloureuses, trouée vers le grand trou, réception des chutes libres des anges

la route interdite par le sextant, la mauvaise nuit de la vigie, la boussole soûle qui pleure, l’étoile qui danse fuyant la lune, la longitude dénudée par un trop-plein d’amour, le crochet du capitaine et la dent en or de la flibuste

dans la soute de la salle des machines, où ça claque, ça tire, ça grince, ça étincelle, où la pression des huiles surchauffées siffle la Symphonie du Nouveau Monde, où les machinistes s’accrochent aux poulies pour ne pas sombrer, où les manivelles et les leviers dansent avec la mort, où le repos est banni définitivement

lorsque je descends

je participe à la manœuvres des remorqueurs
j’assiste à l’échouage des tankers
j’assiste la moussaillonne dans son bain
je marie le chapelet de moules à la robe cardinale


dimanche 24 avril 2016

lorsque je descends 4

lorsque je descends

le saut-de-loup, où se fomentent les vengeances mièvres, où se calcule l’impôt sur le sang et la buanderie, où se reposent les recels des punitions indigestes, où germent les indocilités et les manœuvres obsessionnelles

la grotte de la vouivre, soufflerie des rancœurs recuites, ventilateur des pets de volcan, chaudron des soupes maléfices, escalier de la peur, charivari des démones et diablats, ossuaire des martyres anonymes

le gouffre des sacrifices citadins, égout du dimanche soir, eaux usées des grosses semaines, dépotoir des chagrins, dortoir des douleurs parturientes, compost des fœtus et des placentas oubliés, fosse commune des décrets inutiles

lorsque je descends

          je participe à la révolution des vieilles horloges
          j’assiste au décrochement des minutes repères
          j’assiste le rhabilleur de la méthode
          je marie le désagrément au prurit

lorsque je descends

le chenal des abominations, où crèvent les animaux féconds et dociles, où pourrissent les promesses vendues à vil prix, où tourbillonnent les béatitudes et les louanges, où s’ensablent les amours turlupines, où se noie le doute scaphandrier

le goulet des désirs conscrits, méat où perle le plaisir, bourgeon gluant de sirop de rose, tige qui se croit tout permis, distillerie des spasmes de langueur, pamoison, frétillement, bourdon de fièvre, carillon d’orgasme

la dérupe des amitiés grotesques, trahison des « qu’est-ce que je t’ai dit », appui cassé des bâtons immortels, à la vie à la mort, au sang, à l’urine, lit de camp à sangles douteuses, tabouret de tortures, je renie ton âme, je tire le filin de la trappe, linceul dans la voile, garrot, poulie et palan

lorsque je descends

          je participe au réconfort des bannis
          j’assiste à la fermeture des portes
          j’assiste l’avocat des contritions
          je marie le fantasme à la geôlière

mardi 19 avril 2016

lorsque je descends 3

lorsque je descends

la corde raide du mépris, où les porcs épics s’érigent en remparts, où les sarbacanes projettent des crachats, où le plomb fondu coule dans les gosiers, où les fleurs de la passion lèvent le camp, où les menteries s’installent

la mue des vipères noires, glissade sur un tapis d’aiguilles, viandes à poison, cloaque de sang séché, écailles de la colère rentrée, attachement aux épines, desquamation des coudes et des genoux

les pattes de l’araignée le faucheux, filin tordu, acéré aux encoignures, file de marionnette funambule, fil de pêche interdite et corde de pendu analgésique, ressort sans muscle, morale sans envie, neurasthénie et pet-de-loup

le fil à ravauder les déchirures de l’âme, mélancolie béante sur un soleil absent, où sont brodées les fleurs anthracites des amours déchues, où les voltiges des chauves-souris dessinent des apocalypses, où est attachée la cathéter de l’urée et du scorbut

lorsque je descends

          je participe au renoncement du monde
          j’assiste au suicide de la renoncule
          j’assiste l’avalanche à naufrages
          je marie l’inculte au préconstruit

lorsque je descends

le labyrinthe du savoir, entre les équations du désir et la multiplication des bornes à compostage, parmi les assertions hideuses et les jurons multicolores, sous les trahisons, les promesses, le long des truismes moralo-perfect

le dictionnaire des hasards et des étoiles filantes, où s’accrochent les fées buboniques et contagieuses, où flotte le chandail médusé des mauvais jours, où balance l’alphabet vengeur des langues gutturales, où vagit l’enfant de la sécheresse

les méandres de la fiduciaire des âmes cicatrisées et des contritions interlopes, tapis-vert des marchandages assoiffés, paillasson pour les crottes du droit des pauvres, trémie pour la menue monnaie, caillebotis à dollars, dortoir à roubles, pince à sucres

l’écorce des anthologies forcenées monomaniaques, célébration du tout-venant, dissection du rien du tout, abécédaire des psaumes énamourés et des heures creuses, incunable mis à l’index et au doigt d’honneur, tapuscrit dyslexique et bible aphasique, vingt mille poèmes sous le ronéotype

lorsque je descends

          je participe à l’incendie de la bibliothèque
          j’assiste à la rescousse des mains jointes
          j’assiste la formule du nouveau roman
          je marie la constitution à l’iconoclaste

mercredi 6 avril 2016

lorsque je descends 2

lorsque je descends

le canal fluvial navigable de l’œsophage, parmi les crues des bourbes et des lies, dans la mangrove des orchidées et des lianes, au beau milieu du marigot des putréfactions, des pontes des mouches vertes

les poulies du pylore, agrippé aux filins des balustres, rincé des sucs perforants et chauds, démembré par les ressacs du diaphragme, cramé par les ulcères et les œdèmes, cramé puis noyé, noyé dans des jus d’astringence

dans les écluses de la veine cave supérieure, scaphandre balloté par les humeurs sombres, les idées de massacres et de conquêtes, nageur assommé par les radeaux en déroute, les humiliations compactées en pierres de taille, baigneur attardé dans les rétrécissements graisseux et grumeleux

lorsque je descends

          je participe à la destruction
          j’assiste au dépoitraillage
          j’assiste les amibes et les septicémies
          je marie la morve à la germination

lorsque je descends

vers la rébellion des tendons, effilochés d’efforts vains et répétés, disloqués de sautes de vent et des ressauts de la cognée, vers le dépiautage des nerfs usés, abusés, médusés, corridor des douleurs, paillasse des résignations

sous le démantèlement des cartilages, pistons ruinés de rouilles et d’acide, calcification des outrages, durcissement de l’âme et de l’affect, fragilisation des mortaises et des queues-d’ aigles, mutation du squelette vers l’armure et le bionique

dans la stratégie des ongles, couteaux multiples, pinces et palans, la coordination des lacérations purulentes, les écartèlements des plaies, les distorsions des organes annexes et sentinelles, la mise à plat de diagrammes de survie

lorsque je descends

          je participe aux transplants nécessaires
          j’assiste aux prolongations acharnées
          j’assiste l’anesthésiste et le vampire
          je marie le plasma et l’eucharistie 

vendredi 1 avril 2016

lorsque je descends

lorsque je descends

dans le trou du souffleur, où les rimes coupent à cœur le masque de l’ennui, où le faux-pas tranche le lard du cosmétique, où le rire gras décapite le parler local

agrippé à la corde du puits, vers les moisissures véridiques de l’inconfort, vers le frétillement des scolopendres scrofuleux, vers les chaînes ADN des crapauds multicolores, vers les enregistrements des vindictes populaires, vers la fermentation de l’ego

dans la fosse où se vautrent les barbares amputés, où geignent les proscrites des places publiques, où gesticulent les monstres éborgnés et ventrus de nos abominations, où dorment les animaux repus qui ont faussé compagnie

dans le siphon du diable, écorcheur de pivoines, écornifleur des âmes humaines en reddition, rhabilleur de poules pondeuses et de canes de Barbarie, relaveur de paletots d’archanges frelatés

lorsque je descends
        j’allonge le pas vers l’inconstance
        je perds la sensation du tout à l’avenant
        je gagne du terrain sur le vide
        je me joue des culbutes imbéciles

lorsque je descends
         
dans les rapines iconoclastes, où se mirent les fées bâtardes, où se calculent les héritages tirés au sort, où s’empilent les formulaires polycopiés de l’amour, où se délitent les sommeils du juste

dans les cavernes des justifications, attentistes des maldonnes et des falsifications, expertes en faux-fuyants et lâchetés, réceptacles rémissions placebo, fourre-tout des trahisons sublimes

dans la salle des machines des ersatz affolés, où grincent les cordages des optimistes, où crochent les mécanismes de l’oubli, où s’encodent les directives et les guides, où s’argumentent les segments des vanités

lorsque je descends
        je respire l’organisme non filtré
        je perds le lien aventurier
        je gagne la confiance du dé à coudre
        je me joue de mes frontières fissurées


samedi 5 mars 2016

je repasse la chemise


la musique éberluée dans le couloir d’avalanche
le violoncelle qui rebrousse chemin devant le rocher du diable
la peur devant le fusil, la crainte devant dieu
le poème imprégné de la sueur du repris de justice

je repasse la chemise qui a traversé les outrages

le tamtam sur la tempe pour rythmer la terreur
le piano de la fugue dévalant la dérupe
la niverole qui pleure sa descendance gelée
l’ombre chinoise sur le mur du barrage masquant la faille

je repasse les futaines du contrebandier des fleurs

le cliquetis des ongles sur la table en formica
le tuba qui sépare les nuages des tempêtes
la chapelle cambriolée pour sa réserve d’eau bénite
l’oratorio du gel qui fait chanter les pierres

je repasse le bustier de la bergère désorientée

le sifflement de la trachée en recherche d’oxygène
le cor anglais affrontant les vents de Sibérie
la plaidoirie du casse-noix, la sentence de l’hermine
la condamnation du gypaète dans une bouteille de génépi

je repasse la cravate oubliée dans le confessionnal

je chiffonne le mouchoir qui se croit innocent

jeudi 11 février 2016

je fais la culbute


le sanglier sur le marchepied de la tempête de neige
le candélabre explosé par le musique de carnaval
les pétards sous les jupes, la bière dégoulinant dans le cou
l’ennui qui fait sa mue les nuits de nouvelle lune

je fais la culbute dans le square aux canards de Barbarie

le sanglier qui fait la gueule devant le baby-foot
la lampe-torche sous le toit du clocher
le mocassin déchiré, la sueur brouillant le maquillage
la facture du remords payée en mensualités

je fais la culbute dans l’escalier fiduciaire

le sanglier affairé à la surchauffe de la distillerie
la lumière d’un cierge de Pâques pour ambrer les liqueurs
le whisky à la paille pour ne pas se démasquer
l’intérêt usurier pour l’emprunt d’une danse lascive

je fais la culbute dans la prairie des péchés mortels

le sanglier qui s’invite à la noce de la maraîchère
le projecteur braqué sur la jarretière abandonnée
le vin pétillant pour calmer l’angoisse dans la poitrine
le contrat d’assurance-vie pour caler la commode à langer

je fais la culbute chez l’archiviste des malheurs

je donne un billet de loterie à la fille du croquemort