1440 minutes

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editions d'autre part

dimanche 14 août 2011

je suis un cadeau de bienvenue

je suis un cadeau de bienvenue
je dis les mots qu’il faut
ou je tais ma hargne
je suis de perles multicolores
en faux plastic des îles
j’ai le sourire des jours de congé
et des plaisirs en solde
je suis un gars de pacotille
je fume des calumets et des lianes
je bois des tisanes rares et des jus de serpents
je suis un bon fils

je suis un cadeau d’étrennes
je soulage les douleurs
ou ravive les plaies
je suis de frivolités et de friandises
j’ai le sourire des jours de fête
et des agapes à tiroir
je suis un gars de guirlandes
je fume des bâtons d’encens et du bois doux
je suce des os de bécasses et des jus de légumes
je suis un bon fils

je suis un cadeau de confiance
je parle en bouquets de roses
ou je tais les mensonges
je suis de fidélité rare et de bon commerce
j’ai le sourire des jours de foire
et des sentiments au rabais
je suis un gars de vente exceptionnelle
je fume des myosotis à la douzaine
je mange des fèves d’agrément des noisettes d’argent
je suis un bon fils

je suis un cadeau d’adieu
je siffle un requiem au goulot
ou je recrache les péchés
je suis de messe basse et de corbillard bleu
j’ai le sourire des jours de deuil
et des derniers repas
je suis un gars de gras testament
je fume des clous de cercueil et des pissenlits
je laisse une corbeille de figues et du vin de muscat
je fus un bon fils

14 août 2011

un carré de ciel

un carré de ciel
est tombé dans la maison
un vent décontenancé
une virgule d’orage
des nuages verticaux
et une comète à mon chevet

je bois des fanfreluches
et de sang de sureau
je décompte les rêves
et les chagrins des dimanches
j’écris des étincelles
sur un journal ancien


un carré de jardin
est tombé sur la colline
un vent de semailles
une pluie bienvenue
des merles à l’abordage
et une étoile dans l’arrosoir

je bois du carnaval
et une pressée de sauge
je décompte les repos
et le désespoir des prières
j’écris des chants d’orties
sur le salut du monde


un carré de fanfare
est tombé sur la ville
un vent au pas de l’oie
une brassée d’œillets
des plumes de pigeons
et l’anneau de Saturne à la fille d’honneur

je bois des dzim boum boum
et des tonneaux de bière
je décompte les pavés
et la folie des coquelicots
j’écris des libellules
sur un carnet de fête


un carré d’épilobes
est tombé sur le talus
un vent à bout de souffle
une pierre qui tombe
une fiente de chocard
et une météorite sur le glacier

je bois des brouillards vifs
et du jus de gentiane
je décompte les cairns
et l’abattement des cordées de secours
j’écris des avalanches
sur la cloche de la chapelle

14 août 2011

dimanche 7 août 2011

la sentinelle s'enfume

la sentinelle s’enfume à petits rêves
les pieds noyés dans l’imbécile
elle compte les chiens pisseux
et les enfants blonds
qui pleurent des désirs de glaces
elle attend l’automne
et ses amours rondes et chaudes
des femmes de passage
et celles qui reviennent

il faut bien manger sa paie
et mettre le feu à la chandelle


la sentinelle plisse le cœur
déforme et fait disparaître les silhouettes
transforme la rue en bowling
elle compte les graffitis salaces
et les chats trop maigres
elle attend les vendanges
et ses amours rondes et juteuses
des femmes en sarraus
et celles qui repartent

il faut bien boire sa paie
et faire fondre la chandelle


la sentinelle tutoie les fantômes
sur le mur de l’église
elle compte les attentats
dans une boîte à chaussures
et les hommes en liquette sous le mûrier
elle attend l’angélus et l’orage du soir
et ses amours rondes et mouillées
des femmes aux cuisines
et celles qui restent

il faut bien coucher sa paie
et moucher la chandelle


la sentinelle dépose le fusil
danse pieds nus dans la poussière
elle compte les temps de la valses
et les pétales des marguerites
elle attend le dimanche
et ses amours rondes et furtives
des femmes en voilette
et celles qui ne prient

il faut bien tuer sa paie
et bénir la chandelle

7 août 2011

un soleil appuyé

un soleil appuyé sur le dos du lézard
la palabre des chardons dans le matin
le pinceau camarguais du peintre du dimanche
le chant du romarin sur des lèvres blanches
l’effort de la machine à coudre pour zigzaguer l’amour
j’aime à te regarder
quand tu descends du songe

un soleil à genoux aux marches de l’église
la faux transfigurée d’un bouquet de mensonges
l’ordinateur en panne au calcul des sourires
le chant de l’alouette au chevet des moissons
la peine de la machine à coudre pour repriser l’armure
j’aime à te regarder
quand tu regagnes la rive

un soleil qui se vautre sur la dalle des terrasses
le nougat pour le café les glaçons pour la mauresque
le menu par camion le rosé par bonbonne
le chant de l’heure de chambre de sa serveuse asiate
le vain de la machine à coudre pour coudre un abandon
j’aime à te regarder
quand tu danses le quotidien

1 août 2011

ce n'est pas encore le repos

ce n’est pas encore le repos
du mouvement
des sautes de vent dans les chênes
un train de marchandises
un têtu moteur de pompe
et des fourmis désordonnées
s’affairent sur le cahier

ce n’est pas encore le calme
un geste
un ondoiement dans les vignes
un tracteur fatigué de labour
une rumeur d’autoroute
et des fourmis confuses
carrefourent sur le cahier

ce n’est pas encore la paix
un remugle
des roses trémières abimées
une faux dans le sainfoin
un fléchissement du chant des cigales
et des fourmis oublieuses
laissent des mots sur le cahier

29 juillet 2011

l'instant précis

quelque chose vibre dans l’air
un bruit un rythme
un reflet une senteur
c’est un moment précis et clair
l’instant précis
où cela peut commencer

et cela tombe du ciel
comme une averse de juillet
cela bouillonne comme un torrent
cela crépite et cela raconte

quelque chose est tombé
comme une figue blette
un voile un chant
un vacarme une dalle
c’est un moment sourd et lent
l’instant précis
où cela s’installe

et cela rampe
comme une vague du matin
cela envahit comme l’herbe
cela conquiert et cela convoque

je peux jeter mes mots dans la bataille

27 juillet 2011

derrière les barreaux de la fenêtre

derrière les barreaux de la fenêtre
le bleu des collines
un quarteron d’hirondelles en chasse
une guêpe colère dans la vigne vierge
la fin du jour frémit après la pluie
une femme lit dans le jardin du figuier
elle sait que je la vois

derrière les barreaux de la fenêtre
la ligne de crête mauve
un pic ricane dans les peupliers
un chien de chasse jappe dans les jachères
la fin du jour s’ébroue après la pluie
un femme lit dans le jardin
elle sait que je la regarde

derrière les barreaux de la fenêtre
un demi-mètre carré de ciel pourpre
un couple de corbeaux traverse la plaine
un frelon surveille un hortensia
le jour vacille
une femme lit
sait-elle que je l’aime

27 juillet 2011