1440 minutes

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editions d'autre part

jeudi 4 août 2016

la caravane malheureuse


je devrais me dire que la caravane est malheureuse dans la plaine désertique, la halte n’est pas sûre, et sans eau, mauvais conseil du chamelier, mauvaise piste du fennec

je devrais dire les nuages pourpres, l’absence d’air, la théière cassée, feuille de menthe et fleur d’hibiscus

je dois me dire que la roulotte est inquiète dans l’éboulis du torrent, la nuit sera bancale, et sans soupe, gesticulation du berger, rassemblement de vipères

je dois dire les framboisiers sauvages de l’ubac parmi les chardons et les églantiers, sifflement de marmotte et fuite du lagopède

je me dis que la nuit à la belle étoile est vide de fantômes, et sans tisane, le génie de la forêt et les farfadets sonnent les heures sur les sonnailles, chant du parapentiste et celui du coq de gélinotte

je dis le grésil sur le toit de l’écurie d’alpage, la motte de beurre dans le bassin, et le petit lait pour le pâtre et le cochon

je me, essoufflement et myrtilles

je, trop longtemps j’ai compté les avalanches

mardi 2 août 2016

les deux balsanes de l'allant gauche


je devrais me dire que les deux balsanes à l’allant gauche de mon cheval font part de mon dédain pour les folles choses et les belles gens, jugement du taciturne et grogne de la blatte

je devrais dire le crottin qui sent le houblon fermenté et la poire surie, la herse qui se lamente des pierres du champ

je dois me dire que le toupet tressé fait plus Vaterland que cosaques du Don, que l’aventure est au bout du carré de sainfoin, promesse du ravi et rigolade du bousier

je dois dire le pain, le sel et la carotte pour soudoyer l’animal revêche et conquérant

je me dis que le sabot mal ferré est une arme redoutable contre les bonimenteurs calamiteux, menace du justicier et sentence du sphinx

je dis la graisse de marmotte pour apaiser la tendinite et le pétrole contre les taons

je me, galop du silence et coup de lune

je, trop longtemps j’ai bavé devant l’écuyère

lundi 1 août 2016

la renoncule qui ne s'assagit


je devrais me dire que renoncule ne s’assagit pas sous l’averse, erreur du jardinier et sauve-qui-peut de la couleuvre à collier

je devrais dire l’abnégation de la souche, rancœur du capricorne, senteur de l’humus et du sulfate de cuivre

je dois me dire que la pivoine est dépressive sous l’orage, désaveu de l’amoureuse et confusion de Pinocchio

je dois dire la faillite de la futaie, le rire de la foudre, l'odeur de la corne brûlée et du soufre

je me dis que la gaillarde est trop fière sous la rosée, orgueil de l’aquarelliste et ricanement du rouge-queue

je dis le renoncement de la racine le vendredi saint, désarroi du marguillier et silence du coq de saint Pierre

je me, litanie et fanfare

je, trop longtemps j’ai balbutié la forêt

dimanche 31 juillet 2016

la récolte sujette à caution


je devrais me dire que la récolte est sujette à caution, humeur de l’employée cap-verdienne et norme qualitative d’approximation

je devrais dire l’espièglerie des nuages, la frivolité des courses de l’ombre, l’obstination du basalte et de la vanesse

je dois me dire que la cueillette répond à la coutume, frayeur de la jeune pubère sur l’échelle et gesticulation des grands-pères

je dois dire la fuite de la brume, la bruine qui longe les bosquets, la luisance de l’ardoise et du machaon

je me dis que le chapardage est un réflexe mammifère, agilité des mères traquées et grogne du propriétaire

je dis la sueur de l’accomplissement du forfait, la lame de la coulpe sur la carotide, la fuite du sable et de la zygène

je me, dérupe et coup de sang

je, trop longtemps je me suis vautré dans la rapine

mercredi 27 juillet 2016

la chanson qui tourne court


je devrais me dire que la chanson a tourné court, qu’elle s’est cachée dans les vernes, traquant les adultères et les strangulations

je devrais dire la source tarie entre deux pierres de tuf, au désespoir de la fauvette et du martagon

je dois me dire que le chant relève d’une mécanique protocolaire spontanée, qu’il attend le déclic du piston et la fermeture de la pince

je dois dire la danse de la pluie un soir d’été, dansée par le héron et le millepertuis

je me dis que le poème est un petit voyou des vendredis maigres, qu’il ne dérobe que des lieux communs usés jusqu’au trognon

je dis la transpiration servant à torcher les mots obscènes et faconds véhiculant les grandes peurs du roitelet et de la renoncule

je me, turlupinade et garde-feu

je, trop longtemps je me suis tu de bonne heure

samedi 28 mai 2016

lorsque je descends 7

lorsque je descends

les filins de l’outrage, couperets mensongers. Embuscades de fiel et d’immondices, ratonnades et complots, plages mémoires des envahissements, scrofules de l’âme, conscience purulente, je suis la haine et m’en délecte, pansements empoisonnés, plasma pourri, débâcle d’urée, bile noire

les lianes tressées de mauve vers l’examen de minuit, où les hyènes et les dingos pissent dans le fleuve, où l’antilope joue aux dés la panique et les olympiades de saut, où l’esturgeon dégaze une laitance Tchernobyl, où les miroirs condescendants sont jetés dans les gouffres inquisiteurs, où les chauves-souris bavent de l’incrédule

la corde de rappel des mémoires olfactives, marée qui sent un peu la moule cacochyme, l’huitre phtisique, le crabe pétomane, chemin des lisiers des cochons laineux et de purin charollais, fermentation des ruts de boucs, caleçons d’ivrogne, menstrues de nonne, œillet de poète qui sent la rime pourrie

lorsque je descends

          je participe à l’archéologie de la honte
          j’assiste à la germination du mépris
          j’assiste le conscrit au bizutage de l’alpe
          je marie le désespoir de la cerise à la girouette

lorsque je descends

le sentier du désert, où sèchent les fourrures de fennecs, les djellabas bleues et les mues des vipères à corne, où se réarment les papillons carnivores, où le typhus rampe après l’orage salé, où les outres se racontent des histoires de vins de miel et de chèvres sacrifiées

l’escalier de cave vers les conserves et les saumures, la choucroute et l’endive, le vin de la mariée et le fromage de l’enterrement, la piquette, le vinaigre, la madéré, le fusil militaire et le sac à pain, la confiture de couvent, le sucre candi et le costume du Père Noël

la trappe des travaux inconfortables, l’épandage des fumiers, le débroussaillage des ronces, le ravaudage des fûtaines, le décrottage de la marmaille le samedi dans le baquet de fer, la fabrication des saucisses, la confection des reposoirs de la Fête-Dieu, les chapelets des veillées funèbres, les répétitions de théâtre pour la mi-août dans les mayens

lorsque je descends

          je participe à la perpétuation des rites
          j’assiste à la révocation du dogme
          j’assiste la garde-malade lors du pèlerinage

          je marie l’alléluia à la fanfare de midi

mardi 24 mai 2016

lorsque je descends 6

lorsque je descends

la rue pavée d’étoiles et de dégueulis de parulines, où glissent les hôtesses de la bonne aventure, où se mirent les fauvettes de mai, où s’allongent parfois des ventres luxuriants, où les fouines jouent à la marchande avec des tuyaux de caoutchouc, où l’ivrogne pisse sa bière pour faire fleurir le réverbère

la dérupe des comètes refroidies de promesses malheureuses, quand la ravine charrie les chagrins et les écorchures, quand le géranium prend le car postal, quand le feu d’artifice sent la merde et le chou, quand la république fait sous elle, exténuée et no future

vers la place de demi-lune, relavée de frais par une voirie colorée et primesautière, décorée de lampions patriotiques désuets et trompeurs, article un, tout partira en fumée, dérobée au passage des tramways sauvages et mal peignés, claquemurée de panneaux de chantier annonçant l’ouverture prochaine d’un mouroir à côté du fleuriste

lorsque je descends

        je participe au petit-déjeûner des bêtes de boucherie
       j’assiste à l’équarrissage du service public
       j’assiste l’avocate-stagiaire à la rédaction d’une plaidoirie inaccessible
       je marie la tendresse au pied-de-grue

lorsque je descends

vers la sagesse apprivoisée de caresses et de bons mots, où le myosotis pardonne le coquelicot, où la feuille du calendrier sert de boutefeu à la folie, où le partage d’un fruit ou d’un baiser s’accroche au protocole, où la pharmacologie des insectes s’arroge le droit divin, où le dicton devient réclame

dans le trou du souffleur, patience des borborygmes et des onomatopées, dortoir des assassinats de cœur et de vengeances de cul, bouillon de culture des blancs, des noirs et des trous, cache à biffetons, réserve pour la gnôle, lupanar du taumaturge

dans le caniveau des infamies et des abandons, quand les landaus dégorgent leur trop-plein de pissats, quand les bidons de lait sèchent le ventre à l’air, quand les mamelles retrouvent la liberté et la joie des caresses, quand la culotte revient du bal trempée de sueur et de désir, quand le préservatif se demande s’il a bien fait

lorsque je descends

      je participe à l’émancipation des sauterelles
      j’assiste à l’autocritique des entomologistes            bolchéviques
      j’assiste la conférencière des atomes crochus
      je marie la quenouille au fil d’Ariane