1440 minutes

1440 minutes
editions d'autre part

mercredi 5 août 2015

l'absinthe écrasée


l’absinthe écrasée entre les doigts pour dérouter la sueur
 
la profanation
la langue épaisse, le caillou dans la chaussure
le banc de pierre, chauffé sous le cagnard, qui se refuse
le bâton cassé, la gourde percée
l’itinéraire mal choisi qui s’arrête dans un trou
faut pas croire
 
l’absinthe qui parfume un papillon nacré
 
la discrimination
le caillou blanc, l’ardoise bleue
le tronc de mélèze qui se prend pour un pont
la gerbe d’eau, le froid qui pénètre
l’itinéraire qui se trompe de raccourci
faut pas croire
 
l’absinthe bue au goulot de la fontaine
 
l’imprégnation
le poème acéré, la phrase choc
le rythme inversé du quatrain soliloque
la syncope, le rejet
l’itinéraire qui se moque du renvoi
faut pas croire
 
l’absinthe qui rend fou le remord paysan

mardi 4 août 2015

l'absoute de l'orage


l’absoute de l’orage sur les peupliers
 
la pulvérisation
le mouvement chaotique, le déhanchement
les branchages en apnée sur la voie ferrée
le jet de vapeur, le sifflement
l’agacement des xylophages dans ce vacarme
arrête un peu
 
l’absoute de l’orage sur le poteau télégraphique
 
la retranscription
la lancinance, le crépitement
le rappel de l’éclair sur la touche dièse
le message étranglé, l’horloge arrêtée
le bannissement des cigales dans un trou d’ombre
arrête un peu
 
l’absoute de l’orage sur le toit de la grange
 
la transmutation
la fleur de foin, la fourche
la génisse qui rumine le poids des responsabilités
la tétine gonflée, l’insémination
l’abandon du ver de farine noyé dans l’abreuvoir
arrête un peu
 
l’absoute de l’orage sur le coq du clocher

lundi 3 août 2015

le patrimoine qui range les fleurs


le patrimoine qui range les fleurs avec les pioches

la dissimulation
l’épine, le venin
la fanfare qui prend congé sur le chemin de terre
le bouquet, le vin d’honneur
la promesse de récolte dans les urnes
ça peut suffire

le patrimoine qui ficelle le rôti du dimanche

l’appropriation
la sauce Grand-Veneur, le vin de pays
la partition tombée sous le botte-cul
le pesage du lait, la part de sérac
l’ardoise qui tire la langue chez l’épicier
ça peut suffire

le patrimoine mis en bouteilles avant la Fête-Dieu

la répartition
le prix des denrées, les fournitures scolaires
le chant patriotique par le chœur de castrats
l’impôt sur le sang, le PIB du bonheur
le budget du troufion les soirs de permission
ça peut suffire


le patrimoine outragé pour un franc au bilan

samedi 1 août 2015

le bestiaire de la poésie


le bestiaire de la poésie qui vient à l’abreuve
 
la stupéfaction
le clepsydre, la foudre
la respiration qui scande la frénésie
le guet-apens, le massacre
l’esquisse à la craie sur le trottoir inculte
béni soit dieu merci
 
le bestiaire de la poésie dans une classification propre
 
la juxtaposition
le mélange, l’isolement
les sentiments qui deviennent des choses et des gestes
le survol, le calcul
l’embarras des afflictions à l’entrée de la grotte
béni soit dieu merci
 
le bestiaire de la poésie devant la vitrine charcutière
 
la décomposition
l’ergot, le fiel
les épices qui font s’ébouriffer la vie
la salaison, la fumigation
le courage du lendemain agrippé aux rides
béni soit dieu merci
 
le bestiaire de la poésie en liberté dans les pacages

vendredi 31 juillet 2015

la couleuvre qui fait son marché


la couleuvre qui fait son marché dans l’impasse des nids
 
la transformation
la vilenie, le rapt
la rose trémière qui sent le soufre
la trêve, l’absence
le jeudi plié en quatre à la petite semaine
et sans vergogne
 
la couleuvre qui fait un nœud coulant à l’abstinence
 
la grande soif
la flaque, la bonbonne
le pilier public qui dit le procès
la colère, la vindicte
le jeudi des casseroles chez l’ostéopathe
et sans vergogne
 
la couleuvre qui hiéroglyphe son pansement
 
la transhumance
la paillasse, la halte
le livre des morts abonné à l’oubli
le registre, les anniversaires
le jeudi se prothèse un avenir difforme
et sans vergogne
 
la couleuvre qui dit merci à longueur de psaumes

mercredi 29 juillet 2015

le taureau qui s'assied


le taureau qui s’assied devant l’œillet-de-poète
 
la soustraction
la ligne rouge, le repli
le vent qui va chercher de l’eau
le souffle coupé, l’odeur du foin
le solstice s’est mis dangereusement en avance
c’est bien ou bien
 
le taureau minutieux qui remet de l’ordre dans son herbier
 
les divisions
le lignage, la tribu
l’eau qui discute le partage
l’estagnon, le flacon
l’évaporation qui fausse les prévisions
c’est bien ou bien
 
le taureau qui étudie la mécanique des racines
 
la révolution
les cycles, la perpétuation
le temps qui se mesure à la longueur de la marche
la perspective, l’oubli
l’astronome qui a perdu sa propre constellation
c’est bien ou bien
 
le taureau qui remâche la recette du matin du monde

la cigale qui prend le frais


la cigale qui prend le frais à l’heure de la messe
 
la réconciliation
le savoir, la patience
le repos qui se cherche dans les feuillages
le soupir d’anxiété, l’inquiétude
le tube de peinture qui sèche trop vite
sinon quoi
 
la cigale qui répète sur le poteau téléphonique
 
la retransmission
le rythme, l’abandon
l’agacement de la peau sous un remord d’insecte
l’oubli du tambourin, la partition muette
la femme qui apprend son texte à la boulangerie
sinon quoi
 
la cigale qui change l’huile de sa friture
 
l’exécution
les nouvelles du monde, l’inutile
le télégramme perdu dans le fouillis du réseau
la lettre d’amour, le timbre-poste
le piston des sentiments qui manque de graisse
sinon quoi
 
la cigale qui descend dans la salle des machines