1440 minutes

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editions d'autre part

jeudi 17 novembre 2011

ici l'on nomme

ici l’on nomme le sourire et l’inquiétude
des fleurs qui se fanent
le cendrier copain
l’almanach des jours de paie
le cortège des saintes en robe du soir

on tutoie le vide
on convoque la peur et les anges


il l’on nomme la joie et la blessure
des fleurs grignotent le soleil
l’orchestre des pinsons
le carnet du lait
les poussines en pâture dans le jardin des salades

on tutoie les nuages
on convoque la chance et les anges


ici l’on nomme la patrie et la frontière
des fleurs offertes à la sentinelle
la fève de la galette
le livret de famille
l’arbre généalogique taillé de biseau

on tutoie l’étrange
on convoque les annales et les anges


ici l’on nomme la perte et la déraison
des fleurs qui se racontent
l’amitié du cheval
la chronique des récoltes
le registre des mariages incorrects
 
on tutoie la passion
on convoque les amants et les anges


ici l’on nomme le calcul et l’abandon
des fleurs qui trahissent
le caillou dans la poche
le manuel des pansements
le protocole des chirurgies réparatrices

on tutoie le miracle
on convoque les miroirs et les anges


ici l’on nomme la découverte et l’oraison
des fleurs qui s’inventent
la lettre décachetée
la liste des cousines
l’inventaire des insectes sur la mappemonde

on vousoie l’habitude
on convoque le doute et les anges

17 novembre 2011


dimanche 13 novembre 2011

on fait quelques pas

cela remonte de la fumassière et de la salle d’accouchement
cela vient de la charcuterie
et de la potagère
cela franchit le portail du cimetière
et la devanture de la fleuriste

on fait quelques pas dans les fumées
on guette l’ombre
en tricotant sa foi


cela s’insinue sous les draps
et dans le courrier du cœur
cela suite du mur de l’usine
et des salles à boire
cela se dilue dans les secrets familiaux
et les carnets scolaires

on fait quelques pas dans les braises
on guette la chaleur
en consumant sa foi


cela pousse sous les ventrières
et derrière les persiennes
cela glisse le long des robes
et dans le jardin de l’évêché
cela jaillit du soupirail crevé
et de la fontaine aux pigeons

on fait quelques pas dans les cendres
on guette l’oubli
en repassant sa foi


cela dégouline sur les jalousies
et les ravaudages d’amoureux
cela s’accroche au paletot des dimanches
et au confessionnal
cela chute sur les toits de la ville
et les chagrins du soir

on fait quelques pas sur la glace
on guette son propre abandon
en brisant sa foi

13 novembre 2011

samedi 12 novembre 2011

c'est aujourd'hui samedi

souvent le poème s’invite à la même table
à des heures indistinctes
à des jours différents

je vois le même monde
le poirier centenaire
le cerisier ébouriffé
le talus des vignes
la colline chauve

et la montagne magique
qui parfois accueille
la lune sur son épaule

c’est aujourd’hui samedi
c’est aujourd’hui
un samedi domestique
un samedi de débarras et d’embarras

sous le soleil de novembre
on sort bébé ou le grand-père
on fait courir le chien
on s’agace des pies
on peste des processionnaires

c’est un samedi de soupe aux légumes
de fromage d’alpage
et de vin nouveau

le poème sait tout cela
me le dit
me le redit

et je passe des heures
à contempler le monde

une cloche sonne la fin d’un paroissien
le monde va son chemin

je suis un poète sans papier
sans patrie
et sans frontière

12 novembre 2011

vendredi 11 novembre 2011

j'ai attaché

j’ai attaché un sentiment
au piquet de ce matin
comme la chèvre de la fable

la flèche du faucon sur les vignes
la valse des feuilles dans le cerisier
la voisine nettoie son potager
le chat griffe un mauvais rêve

une prière devant le verre vide
la liturgie des tonneaux


j’ai attaché une émotion
au poteau de ce matin
comme le cheval chez le maréchal

la querelle des mésanges dans le saule
l’ombre tremblée des peupliers
la voisine taille ses rosiers
le chat attrape un fantôme

une respiration devant le piano
la chorégraphie des portées


j’ai attaché une photographie
au muret de ce matin
comme le condamné devant le peloton

le piaulement de la buse
la solitude du noyer dans le pré
la voisine harponne le facteur
le chat surveille la plume à Pierrot

un morceau de vie devant le miroir
la trajectoire des rencontres


j’ai attaché un mémorial
à la fenêtre de ce matin
comme une invite au visiteur

le troisième chant du coq
le renfrognement de la ronce
la voisine danse la capucine
le chat signe son courrier

un serment de vide et de vanité
la célébration des questions

11 novembre 2011


mercredi 9 novembre 2011

le boxeur de la pleine lune


le boxeur de la pleine lune
mange des souris en chocolat
transpire une vieille colère mal rasée
il met le monde en boîte
en petites boîtes noires
pour remonter la trajectoire

le boxeur de la pleine lune
suce une orange de Noël
s’entraine sur une tendresse
il met le monde en pot
en petits pots de yaourts
pour collectionner les protège-dents

le boxeur sous la pleine lune
croque des coques de noix
s’épuise sur une rancœur de pierre
il met le monde à sa coupe
en petites coupes de fraises au sucre
pour contrôler les neurones

le boxeur sous la pleine lune
boit du petit lait sucré
terrasse les pigeons de la fontaine
il met le monde à sac
en petits sacs de plasma frais
pour célébrer le bourre-pif

le boxeur à la pleine lune
mange son pain noir en fonte
supplie le maître du gong
il balaie le monde en tas
en petits tas sous le tabouret
pour démazouter la plage du ring

le boxeur à la pleine lune
suce ses dents de loup
s’allonge sur un tapis de rêve
il jette le monde au ciel
en petits ciels douillets et blonds
pour décompter les nouvelles étoiles

9 novembre 2011


dimanche 6 novembre 2011

c'est un bout du savoir

le noisetier
nu
ne reçoit rien de l’inquiétude
il donne
de sa bonhommie
aux merles et aux mésanges

la grande mauve a cassé sa superbe
mesure ses respirations
et plonge vers l’humus

c’est un bout du savoir
qui ouvre et qui désarme


le torrent
s’assagit
repose ses colères et ses galets
il donne
de son chant
aux cincles et aux grèbes

l’églantier défait son chignon
mesure ses pulsions
et griffe ses rêves

c’est un bout du savoir
qui éclate et qui tache


le cornouiller
refleurit
mais refleurit à peine
il donne
de sa jovialité
au rouge-gorge et à l’alouette

le cerisier lance ses flammèches aux nuages
mesure sa passion
et défait sa robe

c’est un bout du savoir
qui caresse et qui invite


le pommier
sommeille
dans le pré du voisin
il donne
de ses pommes suries
aux geais et aux pies

la pâquerette oubliée frissonne dans le pré
mesure ses jours volés
et baise la rosée

c’est un bout de savoir
qui jouit et qui libère


6 novembre 2011


samedi 5 novembre 2011

ce vent fait barrage

maintenant un vent
sombre et teigneux
martèle aux tempes
renfrogne et mâche

à défaut de pluie
c’est une mine de charbon
qui s’abat sur le pays

la vigne s’éprend d’une danse mortuaire
la grive est soûle d’ennui et de vermine
la ville se bougonne et s’anthracite


ce vent fait barrage à la pluie
aux deuils et aux agapes
lève une armée de feuilles
de chants glaciaires et mercenaires

Ötzi m’emmène au bal
un tuba serpent une caisse une trompe
un harmonica toundra
un triangle épineux

le lac est pris d’angoisse
dans la pourriture des joncs et des nénuphars
le merle fiente de l’argousier et du gratte-cul
et je sais le renard qui ronfle
sous un ressaut de tuf


ce vent démonte le meccano
des sentiments et des révoltes
la balayeuse de la voirie
emporte le tout et la notice

c’est un vent de samedi
qui déchante et déroute
chauds les marrons et vin nouveau

une corneille sur le clocher
un ciel de chocards et de dettes


c’est un vent qui dégoûte
et qui ravine la cervelle
c’est un vent abortif
et qui corrode la ventraille

c’est un vent qui dessoude la raison
c’est un vent qui dissout le rêve

c’est un vent

5 novembre 2011