1440 minutes

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editions d'autre part

dimanche 20 septembre 2015

l'espace en désordre


l’espace en désordre qui respire la tentation
 
la profanation
la déchirure, le blasphème
la corde qui s’effiloche à la poutre de la grange
le don de soi, l’arrache-clou
la poule qui se marre devant le vilebrequin
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui git dans le lit défait
 
la désillusion
la cruauté, le déshabillage
le foulard de soie qui cache la cicatrice
le sourire maigre, le détachement
la poule qui pond un œuf de vendredi maigre
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui se recueille sur le prie-Dieu
 
l’insoumission
la serrure, le tourniquet
la cravate en raphia pour nouer la colère
le cri étouffé, le chant avorté
la poule qui nargue le chapon inutile
oui ma p’tite dame
 
l’espace en désordre qui se défoule devant le miroir

samedi 19 septembre 2015

le souvenir du myosotis


le souvenir du myosotis au Café du Rendez-vous
 
la célébration
l’espérance, la promesse
la flûte traversière sur le passage clouté
le petit cadeau, l’eau-de-lavande
la tête nue et bien coiffée pour rassurer le cœur
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis dans la chambre de l’hôtel
 
la componction
l’absoute, le baptême
la voix du baryton dans les coursives
le ciel en lambeaux, l’irradiation
les tempes incendiées pour consumer le péché
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis sur le siège arrière du taxi
 
l’expurgation
la mémoire cassée, le salut de l’oubli
le roulement de tambour annonçant la sentence
la porte grande ouverte, la solennité
le plexus en première ligne pour contrer la canonnade
non mais ça va aller
 
le souvenir du myosotis délaissé sur le compost

jeudi 17 septembre 2015

l'automne fait son marché


l’automne fait son marché au magasin des ombres bleues
 
la dissémination
la séparation, le partage
le mois de septembre fait l’inventaire des vents
le besoin de repos, l’envie d’abandon
les patates à ressuyer sur le préau
ah ! ça !
 
l’automne achète en gros la réserve de châtaignes
 
l’empilement
les récoltes, le bois de chauffe
le mois de septembre prépare les incendies
la folie chrysanthème, le dernier orage
la caisse de pommes pour le cheval et les enfants
ah ! ça !
 
l’automne achète au surplus de quoi habiller l’hiver
 
la stratification
la laine sur le chanvre, le lin sur la peau
le mois de septembre noue la mèche à la poudre
le jerrican de benzine, le détonateur
la brassée de feuilles humides pour une fumée bleue
ah ! ça !
 
l’automne fait ses comptes la veille de la grande foire

mardi 15 septembre 2015

l'oreille de la fosse


l’oreille de la fosse tendue vers le rempart
 
l’annonciation
la rumeur, le mensonge
l’œillet qui chuchote une litanie de formules erronées
la trahison, le parjure
le tambourin qui scande la sentence
tant qu’à faire
 
l’oreille du marigot couchée sous le vent
 
la diversion
la fugue, le demi-tour
l’ancolie qui se recueille avant l’éclatement
la peur au ventre, la désertion
le tambourin qui bégaie le repentir
tant qu’à faire
 
l’oreille de la marée déroutée d’acouphènes
 
la digression
l’échappée, la feuille d’absence
le pissenlit qui fait des grimaces à la vérité
le grotesque, l’éclat de rire
le tambourin crevé par la fureur rédemptrice
tant qu’à faire
 
l’oreille du siphon qui écoute l’envers du monde

dimanche 13 septembre 2015

la pluie de mots-sabres


la pluie de mots-sabres sur une vieille nostalgie
 
la réformation
le regret dénudé, le goût du sel
l’archet se rétracte sur une corde revêche
le jouet cassé, la boule à neige
le surplus de sentiments sur le plot du boucher
on devrait bien
 
la pluie de pistils de chrysanthèmes sur la table à langer
 
le repli sur soi
l’espérance rincée, l’oreiller distrait
le mât de la contrebasse fait face au mauvais grain
le poisson-volant, le poisson-clown
la friture d’élans amoureux à l’aïoli
on devrait bien
 
la pluie de coccinelles sur les fruits à confiture
 
la récollection
la consoude, la belladone
le marteau du piano se marie à la belle enclume
le menuet, le pied-bot
le clafoutis de la morale pour le cinq-à-sept
on devrait bien
 
la pluie de pattes de grenouilles sur la piste de danse

lundi 7 septembre 2015

la jambe de bois


la jambe de bois dans le vestiaire des filles

la prosternation
le questionnement, le fou rire
la savonnette qui se souvient des farces et attrapes
le coup de foudre, l’amour agenouillé
la musique se fait menuet, valse, ou rien
on croit bien faire
 
la jambe de bois oubliée dans l’abribus
 
la divination
la mémoire percée, la gourde vide
la bretelle de cuir accrochée à l’horaire du dimanche
l’aller simple, la disparition
la musique ricane sur un rythme à trois temps
on croit bien faire
 
la jambe de bois dans la vitrine de lingerie fine
 
la mystification
l’amour égalitaire, le fantasme
le vernis à ongle pour pied-de-nez
l’escalier du paradis, la béquille du plaisir
la musique en pamoison devant la porte de l’hôtel
on croit bien faire
 
la jambe de bois se fait reine du concours de beauté

 

mardi 1 septembre 2015

l'aiguille de la boussole


l’aiguille de la boussole cachée au fond de la poche
 
la désorientation
l’ombre portée, la mousse sur l’écorce
la rosée qui fait se recueillir les herbes
la noisette en avance, l’écureuil en retard
l’escargot qui enjambe les plaintes
à part ça
 
l’aiguille de la boussole pliée en direction de la cave
 
le désœuvrement
la grande soif, le dégoût
la pomme de l’arrosoir qui fait venir la pluie
le verre à moitié, la moitié de l’envie
l’escargot qui se moque de la prière
à part ça
 
l’aiguille de la boussole fichée dans le dos du martinet
 
la direction
le plan de vol, la certitude
le torchon préposé à la cueillette de la rosée
le ravitaillement, le plein à la pompe
l’escargot qui baie la litanie des saints
à part ça
 
l’aiguille de la boussole qui se prend les pieds dans la tangente