1440 minutes

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editions d'autre part

jeudi 12 juin 2014

le quartier des fleurs d'Orient


c’est le quartier des fleurs d’Orient vendues pour les peines de cœur
c’est le quartier des femmes voilées pour les fantasmes des simples
c’est le quartier des nourritures épicées et des bâtons de khôl
c’est le quartier des moulins à prières et des ventres parfumés
 
le fauconnier en chasse des lièvres infidèles
le teinturier d’ocre avaleur de poussières
le chamelier boiteux attaché à un pieu d’étoile
la fileuse de coton au corsage de safran
 
on convoque des animaux pour supporter le deuil
on croque des élytres et des antennes en contrepoison
on apprend la langue des couleuvres pour mieux prier
on boit du sang d’oiseau avec du kérosène
 
quartier des robes indiennes patchouli
quartier des soutien-gorge en mues de serpents
quartier des guenilles aux ajours érotiques
quartier des corsets en bois de rose
 
faucon borgne rendu muet par le chagrin
chameau ankylosé par le froid et l’abandon
faucon colérique mis à terre sans oxygène
chameau sur le bas-côté en attente d’une bosse de secours
 
quartier des fleurs orientales jetées dans la soupe du cochon
j’épouserai pour rire la lingère promise au baron sans jardin
 

lundi 9 juin 2014

c'est la stratégie


c’est la stratégie du remonte-pente vers la tendresse
c’est la stratégie du laisser-venir et du laisser-faire
c’est la stratégie du tire-fesses vers le stupre
c’est la stratégie du courant continu vers le désir
 
du jus de fraise sur la poitrine
de la sueur de rinquinquin
des tranches de papillon dans l’eau de mélisse
un clafoutis d’amour dans un jeu de langues
 
le chant de l’alouette au zénith du lit
le vol du machaon rincé de lumière
la soif de la fourmi au frisson du pubis
l’accouplement des libellules sur un roseau discret
 
c’est la stratégie du scoubidou
c’est la stratégie de la séduction du nœud de boucle
c’est la stratégie du phéromone à l’entrée du vertige
c’est la stratégie de l’orchidée qui bande
 
la peau est scarifiée de boutons de lavande
la peau est parfumée d’algue et d’orgeat
la peau est tatouée de kamasoutra
la peau est badigeonnée d’iris et de salive
 
la stratégie des plaisirs dans la marée du soir
j’épouserai la cueilleuse de couteaux et d’oursins

jeudi 5 juin 2014

la chanson du blé


c’est le blé qui lève et pousse la fenêtre imbécile
c’est le blé qui murit sur le décret arbitraire
c’est le blé qui pourrit sous la pluie ingrate
c’est le blé qui germera sur le champ de bataille
 
chanson idiote, rengaine fade
sonatine pour cloches
rengaine sirop, chanson vide
romance de l’été
 
la boulangère est sans souci qui embrasse le meunier
le vent amoureux baise les ailes du moulin
le ver des farines souille le pain de seigle
la meunière est sans vergogne qui couche avec le moissonneur
 
blé qui fermente dans la panetière du roi
blé qui gonfle dans l’armoire à levain
blé qui jouit sous la pierre
blé qui renonce aux enfantements
 
la partition paysanne sur le fumier
la pastorale pendue à la grange
l’accord mineur sous la herse
la polyphonie dans le râtelier
 
la chanson du blé dans un gramophone trisomique
j’épouserai la campagnole dans le cortège des moissons

mardi 3 juin 2014

le bruit de la hache


c’est le bruit de la hache contre le montant de la porte
c’est la lame effilée de la hache fichée dans la souche
c’est la hache haut levée au-dessus du billot
c’est le manche de la hache tendue comme un rempart
 
la symphonie de la forêt sur l’orphéon
les tambours maladroits devant le tribunal
la trompette qui siphonne l’oxygène
le glockenspiel du diable sur la nappe du dimanche
 
l’enfant benêt et ses agates
l’enfant rebelle et sa joue giflée
l’enfant malhonnête aux doigts crochus
l’enfant tordu replié sous le silence
 
la cognée danse dans les vernes
la cognée débite le ciel
la cognée rampe parmi les racines
la cognée défie la carotide
 
la musique enfante les maléfices
la musique terrorise les simples
la musique enterre le docile
la musique étouffe le non-dit
 
le bruit de la hache sur l’horloge périmée
j’épouserai la bûcheronne mise à nu dans les ronces

lundi 2 juin 2014

le ciel pèse une tonne


le ciel pèse une tonne sur les épaules du soir
le ciel est un container de fuel et de solvants
le ciel est un dictionnaire de malfaçons ouvert dans la galerie marchande
le ciel est un sachet de guimauves pour les belles demoiselles
 
on nage à contre-courant dans les remous du lendemain
on cultive la ciguë dans les plates-bandes de la morale
on cuisine, hé oui !, on cuisine des ragouts de vilenies
on dresse la table des reproches pour le grand jubilé
 
la poule picore dans la boite à bijoux
elle pond un œuf en bois pour le vendredi saint
elle se lave le croupion avec un jus de réglisse
elle pond une grenade dégoupillée
 
ciel pelé par les galets roulés de la rivière
ciel martelé d’aluminium et de cuivre
ciel rincé de morve et de crachats
ciel décrucifié mis en terre un jour de reddition

coq aux couilles recuites
coq cul par-dessus tête au clocheton
coq coqueluche et tuberculose
coq coquin d’anecdotes de baise
 
le ciel a triché sur la tare
j’épouserai celle qui voudra ma plume et mon bec

dimanche 1 juin 2014

sans importance


c’est sans importance que l’anémone frissonne dans le petit matin
c’est sans importance que le passeur soit étranglé à mains nues sur une plage tenue secrète
c’est sans importance que le vin soit frelaté au bal des étudiants
c’est sans importance également que l’amertume soit recuite dans le cassoton de l’âme
 
le nageur disparu dans un trou de rivière
le cycliste exsangue sur la route du sel
le pèlerin culbuté dans les ronces laïques
le poète fatigué couché dans le pierrier
 
un gypaète oublié dans une confiture de moelle
un agneau repenti dans la mâchoire du tocsin
un grand paon de nuit crucifié au poteau télégraphique
un lièvre miserere dans un chagrin de grenaille
 
sans importance l’angélus à midi
sans importance l’insuffisance rénale
sans importance les kyries de basse-cour
sans importance aucune la prothèse rouillée
 
le nageur mort, échoué sur la grève
le cycliste dans les barbelés, le poumon atrophié
le pèlerin suicidé, pendu dans l’ossuaire
le poète rendu muet, garroté à sa rime
 
sans importance vraiment
j’épouserai la bergère écartelés sur le chemin du reposoir

samedi 4 janvier 2014

pêche miraculeuse


composition
 
fanfreluches et verroteries
tension et surprise
imperdable et fil de coton
rideau et fou rire
jouet et guimauve
tristesse et déception
 
utilisation
 
jours de pluie
colonie de vacances
et bonnes œuvres
salle d’attente
arrière-cuisine
et salle des fêtes
 
effets secondaires
 
excès d’adrénaline
excitation et larmes
triche et chapardage
mauvais goût
niaiserie et abrutissement
morsures et bouderies
 
contre-indication
 
jour de soleil
bord de rivière
et salle d’étude
chasse aux papillons
heure de la sieste
et place au cirque
 
numéro d’homologation 15 :35_04.01.14